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Côte d'Ivoire: 3 ans après la chute de Gbagbo, boom économique et difficile réconciliation

La Côte d'Ivoire, trois ans après la chute de l'ex-président Laurent Gbagbo, connaît une euphorie économique avec son successeur Alassane Ouattara aux commandes, mais peine à achever sa réconciliation politique.

Le 11 avril 2011, M. Gbagbo était arrêté à l'issue d'une offensive des forces pro-Ouattara, appuyées par la France et l'ONU, sur sa résidence abidjanaise. Des photos de l'ex-chef de l'Etat, assis, KO, sur un lit et de sa femme Simone, hirsute et prostrée, faisaient le tour du monde.

Trois ans plus tard jour pour jour, la Côte d'Ivoire semble être un autre pays. Pour l'oeil étranger, peu de stigmates demeurent de la crise postélectorale, liée au refus de M. Gbagbo de reconnaître la victoire à la présidentielle de son adversaire, qui a pourtant fait plus de 3.000 morts.

Economiquement, le pays connaît une croissance digne des tigres asiatiques - + 9,8% en 2012, +8,7% en 2013 et de 8 à 10% prévus pour 2014 -, portée par l'Etat, notamment via la construction d'infrastructures. 

L'autoroute Abidjan-Yamoussoukro, une deux fois deux voies de 230 km aux standards occidentaux relie depuis novembre la métropole économique et la capitale politique. Le monumental chantier du "troisième pont" enjambant la lagune abidjanaise, qui doit permettre de désengorger la ville, accueille tout visiteur y entrant depuis l'aéroport.

-On me mange pas route!-

Les investisseurs étrangers reprennent progressivement confiance. La Banque africaine de développement (BAD), qui s'était réfugiée à Tunis durant les évènements, retrouvera son siège historique en septembre.

Mais un fort niveau de corruption rafraîchit l'euphorie ambiante. La population se plaint surtout de ne pas ressentir les fruits de la croissance. L'expression populaire "on ne mange pas route!" tranche avec le discours officiel qui veut "remettre les Ivoiriens au travail".

A Yopougon, vaste quartier pro-Gbagbo ayant connu les plus grosses éruptions de violences durant la crise, le bilan du gouvernement est disséqué avec sévérité. 

"Il n'y a même pas l'eau à Yopougon, rien du tout. Dans les hôpitaux, on vous promet la gratuité, mais c'est de la comédie. C'est une honte totale. L'éducation, c'est du n'importe quoi", s'étrangle Guy-Roche Gnakalé, la cinquantaine, un juriste.  "Si la Côte d'Ivoire est en chantier mais (...) qu'aucun Ivoirien ne fait partie de ces chantiers, l'argent se trouve où?", s'interroge David Samba, de la Coalition des indignés de Côte d'Ivoire, un mouvement pro-Gbagbo, qui dénonce un "quadruplement" "insupportable" du coût de la vie.

A Abobo, qui a également beaucoup souffert en 2010-2011, l'augmentation du "prix des denrées" est tout aussi critiquée. Mais dans ce quartier pro-Ouattara, l'aura du chef de l'Etat ne saurait être écaillée.

"La situation s'est normalisée, les choses ont bien repris", estime Armand Kouamé, 30 ans, qui "remercie le bon Dieu et le président" pour "tous les bienfaits" touchant la Côte d'Ivoire.

- Justice indépendante? -

Au plan politique, les violences de 2010-2011 ont clos une décennie de crise, marquée par une partition en deux du pays, entre un Sud contrôlé par les forces loyales à Laurent Gbagbo et un Nord tenu par une rébellion pro-Ouattara.

Quelque 12.000 anciens miliciens ont depuis lors rejoint les rangs des forces de sécurité, selon une source sécuritaire. D'anciens chefs de guerre pro-Ouattara, les "com'zones", pointés du doigt pour leur comportement brutale durant la crise, les encadrent.

L'impact sur la justice, pilier de la réconciliation nationale, est énorme. Si l'exécutif assure que celle-ci ½uvre en toute indépendance, un seul camp est pour l'instant inquiété, celui des pro-Gbagbo, ce qui provoque l'ire des partisans de l'ancien régime.

Le Front populaire ivoirien (FPI), dont le président Pascal Affi N'Guessan et d'autres cadres ont été mis en liberté provisoire dans une volonté apparente de décrispation, multiplie les déclarations agressives.

Fin mars, quelques jours après le transfèrement à La Haye de Charles Blé Goudé, un proche le Laurent Gbagbo accusé de crimes contre l'humanité par la Cour pénale internationale, le FPI annonce qu'il prépare de "grandes actions de masse" "dans les meilleurs délais et dans une logique de ripostes graduées" face aux "graves dérives totalitaires" du régime.

Il demande aussi à ses partisans de refuser de participer au recensement de la population en cours et aux audiences de la Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR), à l'inefficacité constatée par tous. Bailleurs et société civile craignent la répétition des violences passées.

"Nous avons connu ici les effets de positions maximalistes, qui ont provoqué des morts par milliers. Le FPI tend à donner une dimension politique à toute action, même pour le recensement", déplore Yacouba Doumbia, du Mouvement ivoirien des droits de l'Homme, pour qui ce parti devrait au contraire "saisir la main tendue du gouvernement". La réconciliation est à ce prix, estime-t-il.

AFP

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