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Rwanda: une émission de radio populaire prône la réconciliation

Deux fois par semaine pendant vingt-cinq minutes, le temps s'arrête sur les collines du Rwanda. En famille, entre amis, les Rwandais, collés au poste radio, suivent "Musekeweya", l'"Aube nouvelle" en langue kinyarwanda, feuilleton radiophonique qui prône la réconciliation.

Cette émission, diffusée entre autres sur la station officielle Radio Rwanda, prend le contre-pied de la tristement célèbre Radio des Mille Collines et ses appels à l'élimination de la minorité tutsi durant le génocide, perpétré par des extrémistes hutu il y a tout juste 20 ans. 

La radio des Mille Collines a joué un rôle majeur dans la planification et la mise en ½uvre du génocide qui, en à peine 100 jours à partir d'avril 1994, a fait environ 800.000 morts, essentiellement au sein de la minorité tutsi.

Depuis 2004, Musekeweya se donne elle pour mission d'éduquer les populations et d'éradiquer la violence.

Pour y parvenir, l'émission de théâtre radiophonique relate le quotidien des habitants de deux villages fictifs -- Bumanzi et Muhumuro -- qui, après des années de conflit instrumentalisé par les autorités, tentent de panser leurs plaies.

Depuis dix ans, le feuilleton décortique l'origine des comportements destructeurs des deux villages en s'appuyant sur les travaux du psychologue et survivant de la Shoah Ervin Staub, qui, dans son livre "Les racines du Mal; Essai sur les génocides et les violence collectives", a analysé le processus menant à la violence de masse, ses racines psychologiques et sociales.

Recherche d'un bouc émissaire, déshumanisation... Si les mots "Hutu" et "Tutsi", aujourd'hui tabous au Rwanda, ne sont jamais prononcés, le conflit qu'ont connu les deux villages se pose en miroir du génocide qui s'est déroulé dans le pays il y a deux décennies.

"On a beaucoup suivi (les ordres des dirigeants) pendant le génocide", explique Aimable Twahirwa, à la tête du projet réalisé par l'ONG néerlandaise La Benevolencija.

"Notre rôle est de responsabiliser les gens", d'en faire des "témoins actifs" qui peuvent "oser dire +non+ aux actions qui mènent à la violence", poursuit-il.

Dix ans plus tard, les personnages ont atteint "l'étape du dialogue, de la réconciliation, malgré quelques problèmes que les personnages peuvent surmonter", détaille Charles Lwanga Rukundo, l'un des scénaristes de l'émission.

"Le génocide a laissé des séquelles, comme le traumatisme, mais nous montrons que malgré cela, il est possible de dialoguer, de demander pardon", poursuit-il.

 

- Des rebelles parmi les auditeurs -

 

Suspense, humour, histoires d'amour, l'émission utilise tous les ingrédients d'une série à succès. Selon une étude diligentée par La Benevolencija en 2013, 84 % des Rwandais qui ont accès à un poste de radio dans le pays suivent chaque semaine Musekeweya.

Et ce qui a fait la force de la Radio des Mille Collines reste valable : "La radio est un média qui touche tout le monde, c'est un compagnon des Rwandais, surtout dans les milieux ruraux", assure M. Twahirwa.

"A l'heure de l'émission, j'allume la radio pour mes clients au bar et lorsque j'oublie, ils me le rappellent", confirme Jean-Paul Nabanda, 34 ans, gérant d'un débit de boissons à flanc de colline dans la petite ville de Musanze, dans le nord du pays.

A 10 kilomètres de là, à Remera-Ruhondo, le prêtre polonais Zdzislaw Zywica, présent depuis 30 ans au Rwanda, voit l'impact du feuilleton sur sa communauté de croyants.

"Chaque semaine, les gens discutent, échangent au sujet de l'émission", dit-il. Pour le prêtre, le succès de cette série radiophonique repose sur sa "pédagogie", car elle "s'inspire de la vie quotidienne des Rwandais".

"On s'est même rendu compte que des FDLR (Force démocratiques de libération du Rwanda, une rébellion hutu rwandaise qui compte d'ex-génocidaires dans ses rangs) écoutaient cette émission depuis les forêts" de l'est de la RDC voisine où ils opèrent, renchérit M. Twahirwa, s'appuyant sur des témoignages d'ex-rebelles, récoltés dans un camp de démobilisation dans l'ouest du Rwanda.

L'histoire de Musekeweya, "c'est comme ce qu'il s'est passé ici au Rwanda, lorsqu'il y a eu un conflit entre les hommes", explique pudiquement Jean Pierre, chauffeur de vélo-taxi de 25 ans. "Musekeweya est venu comme un enseignement, pour que la tragédie de 1994 ne se reproduise pas".

AFP

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