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Rwanda: les enfants des viols, victimes oubliées du génocide

"Je dis que je n'ai pas de père"... Quand on l'interroge sur son géniteur, David, 19 ans, préfère cacher qu'il est l'un des milliers d'enfants nés d'un viol commis durant le génocide de 1994 au Rwanda.

Impossible de savoir combien de femmes furent violées durant le massacre qui, entre avril et juillet 1994, fit environ 800.000 morts, essentiellement dans la minorité tutsi. Ni combien d'enfants exactement en sont le fruit. Les victimes qui ont échappé à la mort préfèrent se taire, le sujet restant largement tabou, vingt ans après.

Il n'existe "pas de statistiques (...) pour avoir une idée, sinon précise, à tout le moins approximative" du nombre de femmes violées durant le génocide, estimait en 1996 un rapport de l'ONU, mais "les violsŽétaient systématiques, utilisés comme +arme de guerre+ (...) la règle étant le viol et l'exception le non-viol".

Après la "surprise" et la "colère", David n'a "pas eu d'autre choix que d'accepter" d'être le fruit d'un viol, parvenant même à évoquer son père: "Ma mère a la peau très claire et moi je suis plus sombre, j'aimerais bien voir à quoi il ressemble".

"Il est au courant qu'il est né d'un viol, mais ne connaît pas tous les détails; il a arrêté de poser des questions", explique Ester, sa mère: "mon fils ne parle pas beaucoup, il est difficile de savoir ce qu'il pense vraiment".

Tutsi, Ester a fui Kigali au début des massacres. A Cyangugu, localité frontalière de la République démocratique du Congo (RDC), une femme a proposé de la cacher, avec d'autres femmes, dans une maison, avant de les dénoncer au chef des miliciens hutu locaux: "nous avons passé une nuit terrible dans cette maison", raconte-t-elle seulement.

Ester n'a osé parler qu'à sa petite soeur, pas même à sa mère. "Après l'avoir mis au monde, je me suis dit que je n'avais d'autre choix que d'aimer mon enfant", explique-t-elle. Mais elle n'a révélé son histoire à son fils qu'après avoir découvert que son bourreau lui avait transmis le virus du sida. David, lui, est séronégatif.

 

- Sujet tabou -

 

"Le viol est toujours un sujet tabou (...) mais on commence à en parler. Les choses bougent, même si beaucoup reste à faire", constate Samuel Munderere, un des responsables de l'ONG Survivor Fund (Surf), qui aide les femmes violées et leurs enfants. "Beaucoup d'enfants ne connaissent pas leur histoire car leurs mères refusent d'en parler".

Nyiramwiza, 19 ans, a elle aussi "décidé de ne plus poser de questions" sur son père. "La première fois que j'ai posé la question, c'était il y a 8 ans (...) Ma mère n'a rien dit et s'est mise à pleurer", se souvient la jeune fille au regard dur et au sourire rare.

Augustine, sa mère, explique ne "pas vouloir perturber" sa fille. Celle-ci est née peu avant le déclenchement du génocide du viol d'un milicien hutu qui avait fait d'Augustine, tutsi, son esclave sexuelle durant un an.

Durant le génocide, Augustine, 42 ans, sera à nouveau violée "par plusieurs hommes durant plusieurs jours". Elle aussi contracte le sida et donne encore naissance à un garçon, Saligoma.

"Après le génocide, je détestais tout le monde et je me détestais", explique cette femme aux larmes silencieuses, dont le reste de la famille a péri dans les massacres. "Je n'aimais pas mes enfants car ils me renvoyaient à ce que j'avais vécu".

Nyiramwiza est en bonne santé et poursuit des études. Mais son frère refuse de se faire dépister, a accumulé échecs scolaires et séjours dans la rue et est "très agressif", selon sa mère.

Inconsciemment, ces enfants "ont toujours honte d'être enfants de miliciens", selon Emilienne Kambibi, conseillère à l'ONG Surf. Héritant du traumatisme de leur mère, rejetés par leur communauté, les enfants nés de viols sont confrontés au quotidien à leur passé.

Ils "sont souvent rejetés" par leurs familles, explique Jean-Pierre Dusingizemungu, président de l'association de rescapés Ibuka.

En outre, ils ne sont pas considérés comme des rescapés du génocide car ils sont nés après, et donc pas éligibles au Fonds d'assistance aux rescapés (FARG) qui pourrait notamment financer leurs études.

"Le FARG devrait les aider, ils ont une histoire directement liée au génocide, ce sont nos enfants", plaide M. Dusingizemungu.

 

AFP

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