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Génocide rwandais: la France annule sa participation aux commémorations

La France a décidé samedi d'annuler sa participation aux commémorations du 20e anniversaire du génocide rwandais, après une nouvelle charge du président Paul Kagame l'accusant d'avoir "participé" aux massacres qui ont fait 800.000 morts en 1994.

Cette décision marque un nouveau coup d'arrêt à la normalisation des relations entre les deux pays, empoisonnées par le soupçon malgré une réconciliation officielle en 2010. Au c½ur du contentieux, la question du soutien de la France et de son armée au régime hutu rwandais, coupable du génocide contre la minorité tutsi.

Dans une interview à paraître dans l'hebdomadaire Jeune Afrique dimanche, veille des commémorations du 20e anniversaire, le président Kagame a dénoncé le "rôle direct" de la Belgique, ancienne puissance coloniale, et de la France "dans la préparation politique du génocide" et "la participation de cette dernière à son exécution même". 

Il a également accusé les soldats français de l'opération militaro-humanitaire Turquoise, déployée en juin 1994 sous mandat de l'ONU dans le sud du pays, d'avoir été "complices certes" mais aussi "acteurs" des massacres qui se sont déroulés entre avril et juin 1994.

Pour Paris, qui a annulé le déplacement prévu lundi à Kigali de la ministre de la Justice Christiane Taubira, les déclarations du président Kagame "sont en contradiction avec le processus de dialogue et de réconciliation engagé depuis plusieurs années". 

"La France regrette de ne pouvoir prendre part aux commémorations du 20e anniversaire du génocide car elle tient à s'incliner devant la mémoire des victimes et à s'associer au deuil des familles et du peuple rwandais", a souligné le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Romain Nadal.

Interrogé par l'AFP, le ministère belge des Affaires étrangères n'a pas souhaité réagir.

Maintes fois démenties par Paris, les accusations du président Kagame, ancien chef de la rébellion tutsi à la tête du Rwanda depuis 1994, reprennent celles déjà formulées par Kigali à plusieurs reprises et notamment en août 2008 à l'occasion de la publication du rapport de la commission d'enquête rwandaise sur le rôle supposé de la France dans le génocide.

En janvier dernier, les militaires français nommément cités par Kigali, et notamment le général Jean-Claude Lafourcade, patron de l'opération Turquoise, avaient jugé que "leur honneur était sauf", considérant que le gouvernement rwandais avait été "incapable d'apporter la moindre preuve" de ses accusations "infondées, indignes et inacceptables".  

 

 - Paris et Bruxelles comme 'exutoires' -

 

Les nouvelles déclarations de Paul Kagame surviennent alors que les relations franco-rwandaises, rompues entre 2006 et 2009, semblaient s'être apaisées, surtout depuis la condamnation en mars à 25 ans de prison de Pascal Simbikangwa, premier Rwandais jugé en France pour génocide.

Un procès dont Paul Kagame a également minimisé l'enjeu: "On nous présente cette sentence comme un geste, presque comme une faveur de la France à l'égard du Rwanda, alors que c'est le rôle de la France dans le génocide qu'il conviendrait d'examiner", a-t-il insisté.

Pour le sociologue André Guichaoua, spécialiste du Rwanda et témoin-expert auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), le président Kagame, par ses propos, "se moque des avancées comme des usages diplomatiques".

M. Guichaoua relève par ailleurs que "les derniers mois ont été marqués par d'importants revers diplomatiques et politiques rwandais". "On peut se demander si la France et la Belgique, étonnamment associée à ces graves accusations en tant qu'ex-puissance tutélaire, ne servent pas d'exutoires à l'expression d'une animosité plus profonde du chef de l'État rwandais vis-à-vis de bien d'autres pays et institutions internationales qui n'hésitent plus à mettre en cause sa gouvernance autoritaire personnelle et ses interventions à l'extérieur du pays".

Cette nouvelle "sortie" de Paul Kagame survient en effet alors qu'"il est actuellement en position délicate vis-à-vis de ses alliés traditionnels (Etats-Unis, Afrique du sud...) en raison du +traitement+ de ses opposants", abonde Antoine Glaser, expert des relations franco-africaines et auteur de "AfricaFrance - Quand les dirigeants africains deviennent maîtres du jeu" (Fayard).

Après avoir bénéficié depuis le génocide d'une forme de "diplomatie dérogatoire en matière de démocratie et de droits de l'homme", selon les termes de M. Guichaoua, le président Kagame a été sévèrement critiqué ces derniers mois pour son rôle jugé déstabilisateur dans l'est de la République démocratique du Congo, et plus récemment pour son implication supposée dans l'élimination d'opposants en exil.

Par ailleurs, estime M. Glaser, Paul Kagame, qui avait adressé une invitation personnelle à son homologue français François Hollande, n'était "sans doute pas très heureux que le chef de l'Etat français se fasse représenter par sa ministre de la Justice".

 

AFP

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