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La faim guette les grévistes du platine sud-africains

Chez Nomfanelo Jali, on n'a pas mangé de viande depuis un mois et on se demande de quoi seront faits les prochains repas, alors que la grève s'éternise dans les mines de platine sud-africaines.

Son mari a cessé le travail le 23 janvier, comme 80.000 autres mineurs d'Anglo American Platinum (Amplats), Implats et Lonmin. Et comme eux, il a juré de ne pas retourner travailler avant d'obtenir un salaire minimum de 12.500 rands (860 euros) par mois - plus du double des niveaux actuels.

Après plus de 10 semaines de grève, Nomfanelo a servi de la bouillie de maïs au petit-déjeuner. "Nous n'avons pas mangé de viande depuis un mois, mes enfants pleurent pour avoir de la viande", se désole-t-elle dans son baraquement de tôles à l'ombre des chevalements de la mine de Marikana (nord).

Sa famille nombreuse a "passé toute la semaine sans nourriture à la maison", jusqu'à ce qu'elle touche les allocations familiales - 600 rands (41 euros) pour ses deux enfants les plus jeunes - la veille. Privée du salaire du père, la famille dépend de l'aide sociale, des amis et de la famille élargie.

Dans un baraquement semblable du bidonville de Marikana, Gogo (grand-mère) Sophie lèche le carton d'amasi, un lait fermenté particulièrement calorique, pour ne pas en perdre une goutte.

Le syndicat radical Amcu, qui a appelé à la grève, dit qu'il ne cèdera pas, quand bien même le mouvement doit durer six mois. En face, les patrons répètent que sa revendication est totalement irréaliste et menacent de fermer des puits.

En attendant, ce sont plus de 5 milliards de rands (près de 350 millions d'euros) de salaires qui n'ont pas été versés aux mineurs. Et plus la grève s'éternisera, plus ils devront d'argent à leurs propriétaires, aux écoles, aux amis, aux usuriers...

"Souvent, je n'arrive pas à trouver le sommeil la nuit", dit Wendy Pretorius, une mère célibataire de trois enfants qui vit aux crochets de son père mineur.

 

- Des pattes de poulet -

 

Marikana avait déjà été très affectée par une longue grève sauvage à l'hiver 2012, émaillée de nombreuses violences. La petite ville poussiéreuse assise au bout du plus riche gisement de platine du monde était devenue tristement célèbre quand la police avait ouvert le feu sur des mineurs, faisant 34 morts.

Les commerçants font grise mine, leur chiffre d'affaires ayant selon certains diminué des trois quarts depuis fin janvier. 

"Les magasins ferment. (...) S'ils (les mineurs) ne retournent pas au travail, Marikana sera une ville fantôme", dit l'un d'eux sous couvert d'anonymat, de peur de représailles de militants d'Amcu.

Au supermarché de Susan Ribeiro, les ventes du rayon boucherie ont baissé de 90%. "Désormais, je ne vends plus que des têtes de poulet et des pattes de poulet, le moins cher qu'ils (les mineurs) peuvent trouver", dit-elle.

"Nous ne pouvons nous réapprovisionner. Nos dépenses sont plus importantes que nos revenus. Nous ne pouvons pas payer le loyer, nous ne pouvons plus nous permettre de payer l'électricité..." Elle arrête ses réfrigérateurs la nuit pour économiser le courant.

Jeff Mpahlele, le secrétaire général d'Amcu, admet qu'"il y a des souffrances". Mais les travailleurs ne réussiront jamais à mettre fin à des décennies d'exploitation s'ils jettent l'éponge, explique-t-il.

Dans Marikana, on peut rencontrer des grévistes aussi stoïques que lui, qui tuent le temps sous les arbres. Comme Lovers Mathaseni, 31 ans, qui est prêt à poursuivre le mouvement. "Jusqu'à 12 mois, jusqu'à ce qu'on obtienne 12.500 rands!"

Urgent Mavundza, 26 ans, travaille dans une mine voisine et n'est pas en grève. Il doit maintenant venir en aide à ses quatre frères, à leurs femmes et à leur douzaine d'enfants. 

Il n'a jamais dû emprunter d'argent mais va sans doute devoir pousser bientôt la porte d'un usurier, quand bien même les taux d'intérêt sont prohibitifs.

"Si les choses continuent à aller comme ça, il n'y a pas vraiment le choix", soupire-t-il. "Il faut mettre un pot sur la table. Les gens doivent manger!"

AFP

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