mis à jour le

Au PK-12

"Ici, c'est l'Alcatraz de l'Afrique", s'exclame Ibrahim al Awad, l'un des 2.500 musulmans "prisonniers" dans leur mosquée et quelques maisons noyées sous des trombes d'eau en ce début de saison des pluies, qui veulent fuir Bangui et les machettes des anti-balaka.

"Ici", c'est la commune de Bégoua, près du PK-12, le point kilométrique 12 au nord de Bangui, seule issue pour rallier les provinces et les deux pays voisins, le Tchad et le Cameroun, destinations d'exil pour des dizaines de milliers de musulmans depuis le début de l'année.

PK 12 est un haut lieu des tensions en raison de la traque des musulmans par les milices majoritairement chrétiennes anti-balaka dans la capitale centrafricaine depuis le départ de la Séléka, la rébellion musulmane qui avait commis de terribles exactions contre la population après avoir pris le pouvoir en mars 2013.

"C'est l'enfer de l'enfer", poursuit Ibrahim, qui patauge en tongs dans la boue rouge avant d'entrer dans la mosquée. Dans la pénombre, des silhouettes spectrales recouvertes de tissu s'agitent un peu, d'autres sont allongées sous des couvertures, les regards sont vides et remarquent à peine le visiteur.

"Ce matin l'un de nous a été tué par balle par les anti-balaka, un autre blessé. Vers neuf heures", chuchote Ibrahim, en désignant un corps allongé sous un voile blanc. Il en soulève un coin: il s'agit d'un homme, qui se nommait Aminou, et était parti acheter du sucre.

A la sortie de la mosquée, deux hommes, tête couverte d'une cape contre la pluie, armés d'arc et de flèches, viennent saluer Ibrahim. Ce sont des peuls bororos, éleveurs de bétail, ils font partie de ceux qui, avec leurs armes ancestrales, assurent la sécurité des lieux.

Ibrahim al Awad est l'un "des responsables du comité" mis en place par les musulmans. Ses racines "sont au Soudan", et, parlant l'arabe, il s'exprime avec bien plus de facilité en anglais qu'en français.

Il vit en Centrafrique depuis 10 ans et il est chercheur d'or. "C'est un bon business", dit-il. L'or, le diamant sont des richesses naturelles dans l'ancienne colonie française, mais elles profitent bien peu à la population, l'une des plus miséreuses au monde.

Ibrahim voudrait partir à Bambari, dans le centre du pays, où se trouve déjà sa femme.

 

- "Une seule voie de sortie : vers la mort" -

 

Dans sa maison remplie de paquets, de bassines et d'ustensiles de cuisine, il explique être, comme tous les autres musulmans qui restent encore au PK 12, en attente de départ pour Bambari.

L'office des migrations internationales et le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies sont venus les enregistrer, mais, depuis, affirme Ibrahim, les candidats au départ sont toujours coincés.

"Ils nous disent maintenant qu'il nous faut attendre encore deux à quatre semaines". Impossible de partir seuls, la route, ponctuellement contrôlée par des anti-balaka, est trop dangereuse.

D'un geste de la main il désigne la chaussée ruisselante : "Une seule voie de sortie: vers la mort".

Certains de ces musulmans habitent Bégoua depuis longtemps, d'autres, originaires d'autres quartiers, sont venus s'y réfugier, souvent à la hâte sous la pression des milices et sont bien souvent démunis.

Mahamadou fait aussi partie du groupe qui assure la sécurité des lieux. Il tient à montrer une roquette qui a explosé, et il affirme qu'il s'agit d'un engin de fabrication française.

Ce qui ne veut pas dire une roquette tirée par la force française Sangaris, dont des soldats contrôlent au PK12 les véhicules dans les deux sens, les fouillent. Les soldats tchadiens sont aussi équipés d'armes françaises et, ici, un violent accrochage a eu lieu samedi entre des militaires tchadiens roulant vers Bangui dans des véhicules de la Misca, la force africaine, et des anti-balaka.

AFP

Ses derniers articles: Le prix Nobel Wole Soyinka répond aux attaques sur les réseaux sociaux  Angleterre: Bolasie (Everton) va être opéré d'un genou  Abus sexuels en Centrafrique: des Casques bleus mis en cause