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Sénégal - Le procès du naufrage du Joola s'ouvre enfin

Neuf ans après le naufrage du bateau le Joola au large des côtes gambiennes, le juge d’instruction français chargé du dossier devrait prochainement émettre une ordonnance de renvoi devant un tribunal de correction, rapportait Seninfos dimanche 25 septembre 2011.

L’instruction, qui a été ouverte le 1er avril 2003 au tribunal d’Evry à Paris, a été «bien menée. On en arrive aujourd’hui à la fin, et on devrait aller prochainement vers un procès», a affirmé Alain Versatche, président de l’Association des familles des victimes françaises du Joola (AFV-Joola).

Ces dernières, qui sont parties civiles dans le dossier, ont été informées en juin par le juge d'instruction «de son désir de terminer l'instruction le 30 juin», avant d'observer «un délai de trois mois» prévu pour recevoir les réquisitions du parquet et une éventuelle demande de prolongation de l'instruction des parties civiles, a expliqué Versatche au cours du forum du Comité d’initiative du Mémorial, qui s’est tenu le 24 septembre 2011 à Dakar (Sénégal). 

«Nous, familles des victimes, on est rassurés sur le fait qu'aujourd'hui, à la fin de cette instruction, le juge d'instruction émettra une ordonnance de renvoi qui terminera l'instruction. Et nous devrions aller en correctionnelle et obtenir un procès. [...] Au moment où je vous parle, on est à ce point précis où on attend l'ordonnance de renvoi du juge d'instruction», a indiqué le président de l’association.

Walf Fadjri ajoute que le procès, qui va s’ouvrir probablement l’année prochaine en France, vise sept personnalités sénégalaises considérées comme les présumés coupables du naufrage. A cet effet, elles devront «répondre physiquement ou par défaut» lors de ce procès pour «homicides involontaires, violation de l’obligation particulière de sécurité ou de prudence et défaut d’assistance à personnes en péril».

Les parents des 22 victimes françaises avaient saisi la justice de leur pays après que la justice sénégalaise a classé le dossier sans suite en 2003. Selon cette dernière, le commandant du bateau, «seul maître de bord et […] principal responsable dans cet accident», avait péri dans ce naufrage.

Par la suite, le juge d’instruction du tribunal d’Evry avait lancé neuf mandats internationaux contre de hauts responsables sénégalais, en poste au moment du naufrage. Les mandats d’arrêt visant Mame Madior Boye, Premier ministre du Sénégal et Youba Sambou, ministre des Forces armées, ont été annulés en 2009, au motif qu’ils bénéficiaient d’une immunité liée à leur fonction.

Aujourd’hui, sept responsables civils et militaires sénégalais sont encore visés par ce mandat d’arrêt, dont l’un d’entre eux, Gomis Diedhiou, chef du bureau de la sécurité maritime lors du naufrage, a été arrêté à Paris en 2010.

Selon Assane Dioma Ndiaye, avocat sénégalais qui soutient les familles des victimes dans ce procès:

«Puisque la justice sénégalaise a refusé de situer les responsabilités techniques et politiques sur la plus grande catastrophe maritime au monde, la justice française, n’en déplaise à ceux qui crient au "néocolonialisme", va faire la lumière sur ce qui s’est réellement passé afin que cela serve de leçon».

Le Joola, qui assurait la liaison maritime entre Dakar et Ziguinchor (ville située au sud du pays, dans la région de Casamance) a chaviré le 26 septembre 2002 au large des côtes de la Gambie. Le naufrage du bateau a fait plus de victimes que le Titanic: il y aurait 1.863 morts selon un bilan officiel, alors que les familles des victimes évoquent plus de 2.000 disparus.

Lu sur Seninfos, Walf Fadjri