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Maroc: Ouarzazate veut redevenir la Mecque du cinéma

Décrite autrefois comme la "Mecque" de l'industrie cinématographique pour ses studios et la beauté de ses sites, Ouarzazate, dans le sud du Maroc, s'efforce de retrouver les sommets du 7e art après une traversée du désert.

"Lawrence d'Arabie" (1962), "Un thé au Sahara" (1990), "Gladiator" (1999) "Kundun" (1997) ou encore "Babel" (2006) sont parmi les dizaines de chefs d'½uvre dont les tournages ont eu lieu au pied des massifs du Haut-Atlas.

Mais ces dernières années, la célèbre cité du sud marocain a perdu de son attrait pour le grand écran. 

En cette fin d'hiver, sur fond de cimes enneigées, un petit groupe attend son tour pour passer un casting au "studio Atlas", l'un des principaux de la ville. 

"J'ai commencé le cinéma en 1967. Depuis trois à quatre ans, les producteurs ne se bousculent plus", affirme Larbi Agrou, un figurant qui a joué dans "Astérix et Obélix mission Cléopâtre" (2000).

"La plupart des gens qui travaillent dans le cinéma ici ont d'autres métiers: menuisiers, agriculteurs, forgerons. Mais sans le tourisme et le cinéma, Ouarzazate serait morte", dit-il.

Après des premiers signes encourageants en 2013, M. Agrou remarque néanmoins que 2014 "commence bien".

Ouarzazate attire surtout les films historiques à grand budget et des productions qui font appel à un nombre important de figurants. Il a vu défiler Nicole Kidman puis Tom Hanks en ce début d'année. 

"Pourvu que ça dure", enchaîne Aziz, un autre figurant. "Il y a déjà quatre films actuellement en tournage", note-t-il. De quoi assurer du travail à des centaines d'habitants.

En 2005, de grandes productions comme "Indigènes" de Rachid Bouchareb et "Les dix commandements" de Robert Donhelm ont été tournés à Ouarzazate. Rien de tel entre 2010 et 2013.

 

 - Plateau à "corbeaux" -

 

Flashback en 2010-2011: les manifestations du "Printemps arabe" parviennent à renverser des régimes dictatoriaux en Tunisie, en Egypte et en Libye. Les problèmes de sécurité dans la région font grimper les coûts des assurances, selon le critique Adil Semmar. 

"Cela a renchéri le coût des tournage au Maroc et les films ont été tournés à la place en Espagne et en Israël." 

Dans un paysage lunaire parsemé de petits oasis, l'imposant studio "Tifoutout", construit par des producteurs italiens en 1994, "tombe en ruine", avance Saïd Soussou, un habitant de la région.

Les Italiens l'ont "cédé à notre tribu après leur départ en 1997. Du fait de la crise, certaines parties sont délabrées", explique un habitant Mohamed Hbibi. "Aujourd'hui, le plateau attire moins les réalisateurs que les corbeaux".

Adossé à un mur décati, Saïd Soussou fixe le plafond d'une coupole à moitié détruite qui a servi lors du tournage du téléfilm "The Bible Project", de David Betty, en 2009. "Tifoutout ressemble du point de vue architectural à l'ancienne Jérusalem. Mais tout ça est en train de perdre de la valeur".

"Même lorsqu'une société vient, elle répare la partie qui l'intéresse, donne à la tribu 500 ou 600 euros puis disparaît", raconte-t-il.

"Sauver ce beau plateau" nécessite son rachat, fait valoir Abderrahman Drissi, maire de la ville et vice-président de "Ouarzazate Film Commission" (OFC), qui regroupe des représentants du Centre cinématographique marocain (CCM) et du ministère du Tourisme.

"Or le studio est sur une terre collective appartenant à la tribu. Le contact reste pour l'instant difficile à établir", explique-t-il.

En février, l'OFC a annoncé divers projets pour relancer l'activité autour du 7e art, dont une mise à niveau technologique ainsi que le développement du "Musée du cinéma", afin de renforcer son attrait touristique.

Paradoxalement, Ouarzazate sombre dans l'oubli au moment où le cinéma marocain, très subventionné, connaît un vrai essor, avec 22 films tournés en 2013 contre cinq une décennie plus tôt.

Récemment, son dynamisme a été illustré par le succès des "chevaux de Dieu" de Nabil Ayouch, primé en 2012 à Cannes. Il raconte le cheminement de frères originaires d'un bidonville de Casablanca et futurs kamikazes des attentats sanglants de 2003.

Mais il s'agit de films à petits budgets, racontant la vie quotidienne au Maghreb, qui n'ont guère besoin des constructions néopharaoniques ou des paysages spectaculaires de Ouarzazate, relève M. Semmar.

AFP

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