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Au Nigeria, le succès des boissons aphrodisiaques inquiète les médecins


Des bouteilles de boissons aphrodisiaques vendues dans la rue, le 19 mars 2014 à Lagos AFP Pius Utomi Ekpei

Des centaines de vendeurs se faufilent entre les voitures, dans les embouteillages monstres de Lagos, pour proposer des petites bouteilles de ce qu'ils appellent des boissons "viagra", censées améliorer les performances sexuelles de leurs consommateurs.

Personne ne connaît la composition exacte de ces potions aphrodisiaques aux noms évocateurs, du "koboko", "coup de cravache", au "kondo", "le bâton", vendues pour à peine deux dollars (1,40 euro).

Si leur popularité laisse imaginer qu'elles tiennent leurs promesses, le milieu médical craint, lui, des dommages sur la santé de leurs usagers, à long terme.

"On fait beaucoup de ventes parce que les clients sont nombreux", se réjouit Nike Ajibde, 27 ans.

"La plupart des mes clients font un travail manuel, ils ont besoin d'avoir un regain d'énergie au lit, après une dure journée de travail", explique la vendeuse, installée avec trois collègues sur un trottoir de Lagos, sa bassine remplie de petites bouteilles en plastique.

Olukemi Odukoya, doyen de la faculté en pharmacie de l'Université de Lagos, s'inquiète cependant des effets secondaires de tels produits, qui n'ont pas été testés scientifiquement. 

"Certains de ces produits contiennent des substances chimiques qui peuvent causer des problèmes de foie et de reins ensuite très compliqués et onéreux à soigner", estime M. Odukoya.

- La promesse du nirvana -

 

Le Viagra, un médicament prescrit pour soigner des troubles de l'érection, coûte entre cinq et dix dollars la petite pilule bleue au Nigeria --une somme importante dans un pays où la majorité de la population vit avec moins de deux dollars par jour.

Les clients se replient donc vers une offre meilleur marché fabriquée localement ou dans la région.

L'"Alomo bitter", un mélange de racines et d'herbes médicinales provenant du Ghana, où il est vendu comme un remède pour les maux de dos, est aussi considéré comme un aphrodisiaque au Nigeria.

Des contrefaçons de la boisson ghanéenne très alcoolisée (42 degrés) sont disponibles pour environ quatre dollars (2,80 euros) la bouteille de 750 millilitres.

Toutes ces boissons --dont les noms promettent un nirvana de prouesses sexuelles-- inondent le marché nigérian via ses frontières terrestres et maritimes très poreuses.

"J'ai une sensation d'euphorie chaque fois que j'ai des relations sexuelles après avoir consommé des boissons comme le 'koboko' (coup de cravache) ou le 'kondo' (le bâton) et ma partenaire me donne l'impression d'être satisfaite" explique un jeune mécanicien qui vient de s'acheter un des breuvages.

Au Togo et au Bénin voisins, des produits similaires rencontrent un franc succès parmi les jeunes hommes attirés par leurs noms prometteurs, du "XXL" à l'"atomique" en passant par le "Rox".

Ces substances ne font l'objet d'aucun contrôle officiel et les contre-indications du corps médical à leur encontre sont peu prises en compte.

 

- Des risques encore méconnus -

 

Au Nigeria, presque aucun de ces produits n'a été testé et approuvé par l'Agence nationale pour l'administration et le contrôle des aliments et des médicaments (NAFDAC).

La NAFDAC a notamment la mission de démanteler des usines de contrefaçon, dans un pays où, selon les estimations officielles, 70% des médicaments en circulation sont des faux.

"Nous ne pouvons donc pas garantir l'efficacité" de ces aphrodisiaques, estime Abubakar Jimoh, le porte-parole de cette organisation. 

"Nous sommes très inquiets de la distribution de tels médicaments illicites", ajoute-t-il.

Selon le corps médical, ces boissons pourraient notamment provoquer des anémies, des cirrhoses du foie, une hypertrophie de la prostate, ou encore l'augmentation des risques de cancer.

"Si (ces boissons) étaient bonnes, nous les aurions sur les étagères de nos hôpitaux, de nos dispensaires et de nos pharmacies", souligne Kunle Abifarin, un pharmacien.

 

- Problèmes de fertilité -

 

Un professeur de la faculté de pharmacie de l'Université de Lagos, sous couvert d'anonymat, avertit que les personnes qui consomment ces boissons régulièrement pourraient voir leur fertilité baisser... Et même mettre leur vie en danger. "Ils créent de l'emploi pour les fossoyeurs".

"On doit tous mourir de quelque chose", lance Moruf Adeyemi, un mécanicien de 29 ans du quartier populaire d'Obalende, à Lagos.

"Ma femme est satisfaite de mes performances au lit quand je prends (ces boissons), et ça me rend heureux".

AFP

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