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Centrafrique: la force africaine déclare la guerre aux anti-balaka

La force africaine en Centrafrique (Misca) a ouvertement déclaré la guerre mercredi aux miliciens majoritairement chrétiens anti-balaka après la nouvelle flambée de violences qui a fait près de 20 morts ces derniers jours à Bangui.

"Désormais, nous considérons les anti-balaka comme des ennemis de la Misca. Et nous les traiterons en conséquence", a annoncé mercredi le chef de la Misca, le général congolais Jean-Marie Michel Mokoko, dans un entretien à la radio privée centrafricaine Radio Ndeke Luka, après les récentes violences à Bangui au cours desquelles les soldats africains ont essuyé des tirs de la part d'anti-balaka et riposté.

"Ils se permettent de tirer sur des gens qui sont venus ici pour essayer de mettre un terme à cette crise au bénéfice du peuple centrafricain dont ils font partie", a accusé le général Mokoko, ajoutant: "nous les tenons pour responsables des attaques ciblées qui ont visé nos éléments ces derniers jours".

Samedi et dimanche, des affrontements ont éclaté dans le quartier PK-5 entre des groupes armés, opposant notamment des anti-balaka et des pillards à des musulmans encore retranchés dans ce secteur.

Lundi, un soldat congolais de la Misca - qui compte 6.000 hommes - a été tué dans une embuscade à Boali (90 km au nord de Bangui), a indiqué de son côté l'Union africaine (UA) qui en a attribué la responsabilité aux anti-balaka.

"La Misca et la (force française) Sangaris travaillent dans une impartialité totale. Et il n'est pas tolérable que ces forces deviennent des cibles de certains groupes armés qui ne veulent pas la paix", a réagi la présidente Catherine Samba Panza mercredi soir.

Le représentant spécial de l'ONU à Bangui, le général Babacar Gaye, a lui aussi condamné ces attaques "très graves" et a appelé les anti-balaka à "se ressaisir".

Formées en réaction aux exactions contre la population perpétrées pendant des mois par les combattants essentiellement musulmans de la Séléka après leur prise du pouvoir en mars 2013, les milices anti-balaka s'en prennent depuis à la population musulmane, qui fuit massivement le pays.

L'ancienne colonie française est livrée au chaos depuis et traverse une crise humanitaire sans précédent avec des centaines de milliers de déplacés.

 

- L'urgence d'une force européenne -

 

Les forces internationales se sont d'abord attaquées à la neutralisation (désarmement, cantonnement) des combattants Séléka dans Bangui, suscitant au passage des critiques sur une supposée mansuétude - que les militaires ont toujours niée - à l'égard des agissements des anti-balaka.

Depuis plusieurs semaines, les forces internationales et les autorités centrafricaines, dont la présidente de transition Catherine Samba Panza - qui a succédé au chef des Séléka Michel Djotodia contraint à la démission en janvier - multiplient toutefois les avertissements à l'égard des anti-balaka, déjà qualifiés d'"ennemis de la paix".

Le 20 mars, l'état-major de l'armée française avait indiqué "avoir noté une forme de raidissement des anti-balaka, qui traduit sans doute l'impact qu'ont la force Sangaris et la Misca sur les zones où ils sont implantés".

Interrogé mercredi par des journalistes sur les accusations du général Mokoko, un des "coordonnateurs" autoproclamés des anti-balaka, Emotion Brice Namsio, a affirmé que des soldats de la Misca avaient tiré sur la population.

"Des éléments de la Misca se sont déployés samedi et dimanche au quartier Foûh et se sont mis à tirer sur la paisible population et on veut à chaque fois faire endosser la responsabilité aux anti-balaka. Non, trop c'est trop", a assuré ce chef anti-balaka.

"Les anti-balaka ne riposteront à aucun tir, ni à aucune attaque. Ils ne sont pas des ennemis de la paix, mais c'est la Misca qui est l'ennemi du peuple centrafricain", a-t-il menacé à son tour.

Deux mille soldats français sont actuellement déployés aux côtés des 6.000 hommes de la Misca. 

Mercredi, l'organisation Amnesty International a demandé le déploiement "immédiat" d'une force européenne (Eufor) en appui aux forces déjà présentes, qui était censée arriver sur place la semaine dernière. 

Mais une centaine de soldats européens manquent toujours à l'appel, les pays européens ayant surtout les yeux rivés sur la crise ukrainienne.

AFP

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