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Egypte: encore 700 pro-Morsi jugés après 529 condamnations

Près de 700 partisans du président islamiste destitué Mohamed Morsi comparaissaient mardi devant un tribunal égyptien qui en a déjà condamné 529 à mort la veille, de manière si expéditive que les peines seront très probablement annulées, après un tollé international.

Le verdict dans ce nouveau procès a été fixé mardi au 28 avril en Egypte, a annoncé l'un des avocats de la défense à l'AFP.

Mohamed Badie, le guide suprême des Frères musulmans, l'influente confrérie de M. Morsi, figure parmi les accusés mais n'a pas été amené à la barre mardi.

Les 529 peines capitales prononcées lundi par le tribunal de Minya (sud) ont provoqué un tollé dans la communauté internationale, préoccupée par la sanglante répression qui s'est abattue sur les partisans de M. Morsi depuis sa destitution le 3 juillet par l'armée.

Il s'agit "du plus grand nombre de condamnations à mort simultanées que nous ayons vu ces dernières années, pas seulement en Egypte mais dans le monde entier", s'est ému Amnesty International.

Sur les 529 condamnés à mort, seuls 153 sont détenus en Egypte, le reste étant en fuite. Dix-sept personnes seulement ont été acquittées lundi.

Ces peines ont été prononcées, dès le lendemain de l'ouverture du procès de 1.200 islamistes et autres manifestants pro-Morsi, par un juge manifestement courroucé par une demande de récusation formulée par les avocats de la défense.

Les accusés, jugés dans leur grande majorité par contumace, comparaissent pour leur implication présumée dans des violences ayant causé la mort de deux policiers dans le gouvernorat de Minya et d'attaques contre des biens publics et privés, survenues le 14 août, le jour où soldats et policiers tuaient plus de 700 manifestants pro-Morsi au Caire.

Les experts dans le domaine judiciaire sont unanimes: ce verdict, susceptible d'appel, sera probablement annulé ou les peines commuées parce que le tribunal n'a respecté ni la procédure, ni les droits les plus élémentaires de la défense.

Mardi, le reste des accusés --683 exactement-- doivent comparaître devant le même tribunal et le même juge, dont le guide suprême des Frères musulmans, la confrérie qui avait remporté tous les scrutins démocratiques depuis la chute du président Hosni Moubarak début 2011. M. Badie comparaît notamment pour avoir "incité" aux violences de Minya, selon l'accusation.

 

- Climat délétère -

 

Les avocats de la défense ont indiqué qu'ils allaient de nouveau demander la récusation du juge Saïd Youssef Sabry qui, selon certains médias égyptiens, est connu pour prononcer des peines extraordinairement lourdes même dans des affaires mineures. Il a par exemple dans le passé infligé 30 années de prison à un homme qui avait volé une robe dans un magasin, selon eux.

Le juge Sabry a pu se sentir pousser des ailes dans un climat extrêmement délétère depuis la destitution de M. Morsi en Egypte où une large majorité de la population, à l'unisson des médias quasi-unanimes, applaudit la répression extrêmement sanglante qui s'est abattue sur les islamistes.

Plus de 1.400 manifestants pro-Morsi ont été tués depuis --dont plus de 700 au Caire dans la seule journée du 14 août--, et plusieurs milliers de Frères musulmans ont été arrêtés, dont la quasi-totalité de leurs leaders qui, à l'instar de M. Morsi en personne ou M. Badie, encourent la peine de mort dans divers procès.  

La communauté internationale s'émeut régulièrement de cette répression implacable, mais lundi, les 529 condamnations à mort ont déclenché un nouveau tollé.

Les Etats-Unis se sont dits "profondément inquiets" de ce verdict. "Il ne semble simplement pas possible qu'un examen juste des preuves et des témoignages, conformément aux normes internationales, ait pu être effectué pour 529 accusés en deux jours de procès", a dénoncé un responsable du département d'Etat.

La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a pressé les autorités égyptiennes d'assurer aux accusés "le droit à un procès juste et respectant les délais" pour la défense.

Ce procès, "criblé de violations graves des procédures, a donné lieu à des peines scandaleuses qui s'apparentent à une grave erreur judiciaire", a jugé Sarah Leah Whitson, directrice de Human Rights Watch pour le Moyen Orient.

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