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Moubarak entretenait son yacht avec l'aide militaire américaine

Les aides militaires accordées par les Etats-Unis au régime de Moubarak auraient considérablement servi les intérêts personnels du président déchu. Son yacht de 145,7 mètres baptisé Freedom (Liberté), 5e du classement mondial des yachts personnels les plus longs, aurait bénéficié des largesses financières de l’aide américaine pour être remis à neuf.

D’après le site Mother Jones (un magazine de la gauche américaine), l’aide militaire annuelle de Washington à l’Egypte est estimée à 1,3 milliards de dollars (960 millions d’euros). A l’endroit des investissements destinés à renforcer l’armée égyptienne, le site révèle qu’«en 1999, la US Navy a approuvé le fait qu’une partie de l’aide militaire du Congrès serve à la modernisation du Freedom […] à hauteur de 645.480 dollars (476.600 euros)».

Avec un rapport publié en 2003, l’inspecteur général du département de la Défense est le premier à attirer l’attention sur le détournement de ces fonds. Une partie de ceux de la Navsea (la direction technique de la marine américaine, dont l'objectif principal est la construction et l'entretien les bâtiments de guerre et la frégate américaine) a servi «aux travaux d’entretien sur le yacht présidentiel ainsi que pour d’autres dépenses non spécifiées», rapporte-t-il.

Le clan Moubarak se défend de tout détournement, étant donné que le Freedom n’est pas un bien privatif mais un «vaisseau d’entraînement de l’armée égyptienne». Le rapport d’enquête considère au contraire le Freedom comme «une pièce du musée, un bateau d’Etat destiné au plaisir et aux fêtes du président».

L’aide militaire américaine pour l’Egypte date de 1979, au moment du traité de paix conclu avec Israël. Après ce dernier, l’Egypte est le pays qui reçoit le soutien financier américain le plus improtant, avec 2 milliards de dollars annuels (1,47 milliard d'euros) —dont 65% reviennent à l’armée.

D’après Al Jazeera, le gouvernement  américain aurait commencé à réévaluer son aide militaire à l’Egypte dès fin janvier, au début des manifestations.

En 2009, Ahmed El-Sayed El Naggar, économiste à la Fondation Al-Ahram au Caire (qui possède l'hebdomadaire égyptien du même nom), écrivait pour la Fondation Carnegie pour la paix internationale:

«ces fonds ne sont pas destinés à renforcer le pouvoir de l’armée égyptienne contre une menace extérieure […]  mais plutôt à renforcer la sécurité intérieure du pays et la capacité du régime à faire face aux mouvements populaires».

Un argument développé par l’économiste William Easterly dans le quotidien britannique le Guardian. Sa théorie du «secret inavouable» du «système des aides internationales» dénonce l’indifférence des pays donateurs quant au caractère répressif des régimes qu’ils soutiennent.

«L’aide étrangère pour le régime de Moubarak a largement soutenu le gouvernement dans les affrontement avec les manifestants.»

Le Guardian ajoute que la police anti-émeute égyptienne avait des pistolets à gaz lacrymogène fabriqués aux Etats-Unis.

Al Jazeera ajoute que le 28 janvier 2011, un câble de WikiLeaks révélait une «frustration de la part des officiers de l’armée égyptienne qui pensent que 1,3 milliard de dollars, ce n’est pas suffisant».

Lu sur Mother Jones, Al Jazeera, The Guardian