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La Tunisie veut récupérer les mosquées contrôlées par des radicaux

Confrontée depuis la révolution de 2011 à un essor de la mouvance islamiste jihadiste, la Tunisie veut reprendre en main les mosquées tombées aux mains de radicaux, devenues selon les autorités des foyers d'appels à la violence.

"Nous avons commencé il y a deux semaines à appliquer une stratégie visant à récupérer les mosquées hors de contrôle, sur une période ne dépassant pas les trois mois", a affirmé à l'AFP Abdessattar Badr, un haut responsable du ministère des Affaires religieuses.

D'après M. Badr, 149 des 5.100 mosquées tunisiennes échappent au contrôle de l'Etat, dont environ 50 sont aux mains de radicaux. Certains observateurs affirment toutefois que leur nombre serait plus élevé.

Le reste des 150 mosquées est contrôlé par "des gens qui n'ont pas la moindre qualification pour être imam" et qui "ont transformé les mosquées en dortoirs et en restaurants", a déploré M. Badr.

Selon le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Mohamed Ali Aroui, au lendemain de la chute du président Zine El Abidine Ben Ali, dont le régime réprimait impitoyablement toute opposition -notamment islamiste- et contrôlait étroitement les mosquées, "plus de 1.000" d'entre elles sont tombées aux mains de radicaux.

Ils "ont expulsé par la force les imams nommés par le ministère des Affaires religieuses, sous prétexte qu'ils étaient des restes de l'ancien régime", a-t-il dit à l'AFP.

Aujourd'hui, "ils incitent dans leurs prêches (à la violence) contre les forces de l'ordre et l'armée, qu'ils qualifient de tyrans", a-t-il ajouté. "Ils incitent aussi au jihad en Syrie et tentent de répandre des idées extrémistes étrangères à la société tunisienne".

En 2013, deux opposants de gauche ont été assassinés devant chez eux et une vingtaine de militaires, de policiers et de gendarmes ont été tués dans des heurts ou des embuscades, des crimes non revendiqués, attribués par les autorités à des jihadistes.

 

- Neutralité -

 

La nouvelle Constitution tunisienne, adoptée fin janvier, charge l'Etat de garantir la neutralité des mosquées et des autres lieux de culte. 

Lorsque le parti islamiste Ennahda était au pouvoir il y a encore un mois et demi, avant d'être remplacé par un gouvernement apolitique, l'opposition l'accusait de laxisme envers les radicaux.

D'après M. Badr, un comité rassemblant des représentants des ministères de l'Intérieur, des Affaires religieuses et de la Justice a été chargé d'appliquer la nouvelle stratégie des autorités.

"Chaque semaine, nous fixons une liste de mosquées devant être récupérées, après avoir officiellement chargé des imams aux idées modérées et tolérantes de les superviser", a-t-il ajouté.

"Avant d'agir, nous dialoguons avec ceux qui ont pris ces mosquées, qui signent des engagements écrits" à les quitter, a-t-il ajouté, sans préciser les mesures prévues en cas de refus.

Mardi, le prédicateur salafiste Khamis Mejri, connu pour son admiration pour le fondateur d'Al-Qaïda Oussama Ben Laden, a été placé en détention provisoire pour avoir prononcé des prêches sans autorisation dans des mosquées de Bizerte (nord) et des environs.

Une loi de 1988 interdit en effet "l'exercice de toute activité dans les mosquées, sous forme de discours, de réunions ou d'écrits par les personnes autres que celles appartenant à l'organe chargé de leur fonctionnement, sauf autorisation du Premier ministre".

Le ministère des Affaires religieuses a aussi annoncé lundi avoir décidé de fixer les horaires d'ouverture et de fermeture des mosquées, une première depuis trois ans.

Certains craignent que cette reprise en main ne soit le signe d'un retour en arrière sous couvert de lutte contre le terrorisme.

"La +neutralisation+ des mosquées, c'était le plan adopté par (les anciens présidents) Bourguiba et Ben Ali, ce qui a transformé les mosquées en porte-voix de ces régimes", a ainsi estimé Houcine Labidi, l'imam de la mosquée Zitouna, à Tunis, en qualifiant les nouvelles mesures de menaces à la démocratie.

Sous Ben Ali, les Tunisiens fréquentant les mosquées, surtout ceux qui se rendaient à la prière de l'aube, étaient l'objet d'enquêtes ou étaient convoqués au ministère de l'Intérieur, qui décidait du contenu des prêches de la prière hebdomadaire du vendredi.

AFP

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