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Perpétuité requise au premier procès en France sur le génocide rwandais

L'accusation a requis mercredi devant la cour d'assises de Paris la perpétuité pour génocide contre Pascal Simbikangwa, premier Rwandais poursuivi en France en lien avec le drame de 1994, fustigé comme "génocidaire négationniste".

Ce maximum doit permettre "que la peine fasse sens, pour les morts, pour les vivants, pour les générations futures", a lancé l'avocat général Bruno Sturlese, au terme de quelque sept heures de réquisitoire à deux voix.

L'accusé, ex-capitaine de la garde présidentielle en fauteuil roulant depuis un accident en 1986 et qui n'a cessé de nier en minimisant son rôle pendant les six semaines de procès, était entré dans le box pour complicité de génocide et de crimes contre l'humanité.

Mais l'avocat général a justifié sa demande de requalification du premier chef d'accusation en "génocide". "Le code pénal met explicitement au même niveau les instigateurs que les exécutants. Cela me semble moral. Et l'attitude de Pascal Simbikangwa s'apparente à celle d'un instigateur."

"Il a galvanisé, armé, ceux dont il savait qu'ils étaient devenus des chiens enragés (...) des massacreurs, des purificateurs. C'est un choix conscient et délibéré dans la ligne de son engagement politique", un engagement "radical, extrémiste" pour le régime hutu.

Plus tôt, l'avocat général avait souligné devant le jury la portée "historique à plus d'un titre" du procès, l'importance de juger "une page effrayante, une de plus, du livre noir de l'humanité", écrite il y a deux décennies à plus de 6.000 kilomètres.

Mais il a aussi souligné qu'il s'agissait de "la première fois qu'une cour d'assises en France est saisie d'un tel chef d'accusation, du crime des crimes, le génocide".

Kigali a souvent reproché à la France d'avoir soutenu le régime génocidaire hutu et protégé ses responsables. Pascal Simbikangwa avait été arrêté en octobre 2008 à Mayotte dans une affaire de faux papiers. Le verdict de son procès tombera à quelques semaines des commémorations des 20 ans du génocide.

- 'Instruments de mort' -

Aurélia Devos, vice-procureur et chef du pôle crimes contre l'humanité créé à Paris en 2012, est longuement revenue sur les faits reprochés à l'accusé, abandonnant finalement ceux dans sa région natale de Gisenyi (nord-ouest), où sa présence à une réunion cruciale d'organisation des massacres "ne peut être considérée démontrée".

Elle s'est donc concentrée sur ses actions à Kigali, l'accusant d'avoir encouragé et armé les miliciens tenant des barrières, "instruments de mort chargés de filtrer, d'éliminer" les Tutsi.

"Ces armes distribuées par Pascal Simbikangwa ont tué, elles ont tué et il le savait et il le voulait", a-t-elle dit, "distribuer ces armes à des (miliciens) interahamwe aux barrières, c'est donner l'ordre de tuer". Et de le dépeindre comme "un de ceux qui pour rien au monde n'auraient pas voulu aller jusqu'au bout", après l'assassinat du président hutu Juvénal habyarimana le 6 avril 1994, déclencheur des massacres.

Avant de requérir, Bruno Sturlese a déclaré à l'accusé : "Vous n'avez pas quitté votre rôle de génocidaire négationniste, et c'est dommage" que cela "a contraint à tenir des propos insoutenables".

Tout au long du procès le capitaine Simbikangwa a nié jusqu'à avoir vu un seul cadavre pendant les 100 jours au cours desquels 800.000 personnes, principalement des Tutsi, ont été massacrées d'avril à juillet 1994.

Jeudi, la parole est à la défense, qui devrait notamment s'attacher à mettre en cause la fiabilité des témoins, que le capitaine Simbikangwa décrit comme manipulés ou intimidés. L'avocat général en a appelé au "bon sens" du jury "pour distinguer le mensonge des pièges inévitables de la mémoire, de la langue", nombre de témoins s'étant exprimés via un interprète.

Vendredi, les derniers mots seront pour l'accusé, avant les délibérations du jury et le verdict.

AFP

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