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Ouganda: recours devant la Cour constitutionnelle contre la loi antihomosexualité

Des défenseurs des droits des homosexuels ont réclamé mardi devant la Cour constitutionnelle d'Ouganda l'annulation d'une récente loi durcissant la répression de l'homosexualité, déjà passible de la prison à perpétuité dans ce pays et qui reste largement réprimée en Afrique.

Cette législation, promulguée un mois après l'entrée en vigueur d'un loi restreignant encore les droits des homosexuels au Nigeria, a suscité les virulentes critiques des défenseurs des droits de l'Homme et des gouvernements occidentaux, dont certains ont gelé une partie de leur aide à Kampala, des mesures pour l'heure sans effet.

Les défenseurs des droits des homosexuels ont également demandé que la Cour interdise aux médias de publier les identités d'homosexuels affichés ou présumés. Un quotidien ougandais à scandale, Red Pepper, avait publié une liste de 200 personnalités présentées comme homosexuelles, au lendemain de la promulgation fin février de la loi par le président Yoweri Museveni.

Le groupe français de télécommunications Orange a par ailleurs indiqué mardi avoir mis fin au contrat publicitaire liant sa filiale ougandaise à Red Pepper, dénoncé ces derniers jours par les défenseurs de la cause homosexuelle.

"Bravo! Orange a retiré ses pubs du tabloïd ougandais qui mène la chasse antigays", s'est réjoui l'ONG internationale de défense des homosexuels All Out, alors qu'Orange s'est défendu en affirmant n'avoir "aucun contrôle sur la politique éditoriale" des médias dans lesquels il place de la publicité.

A Kampala, devant la Cour constitutionnelle, les requérants - sept individus et deux organisations - ont argué que la loi violait plusieurs principes constitutionnels dont les droits à la dignité et à la vie privée, à ne pas être victime de discrimination et à ne pas être soumis des traitements cruels, inhumains ou dégradants.

La nouvelle loi antihomosexuelle est "nocive, redondante, non nécessaire et non conforme à la Constitution", a expliqué à la presse le député Fox Odoi, l'un des neufs requérants.

"Cette loi est non seulement une tentative de l'exécutif et du Parlement de faire d'une minorité impopulaire un bouc émissaire à des fins politiques, mais (...) elle viole également la loi suprême de notre pays", a déclaré le journaliste Andrew Mwenda, autre requérant.

 

- Manoeuvre politique -

 

La publication de noms de prétendus homosexuels "n'est pas une parole légitime (...) c'est motivé simplement par la haine et la volonté d'engranger des gains commerciaux", a estimé Jacqueline Kasha Nabagesera, célèbre militante de la cause homosexuelle en Ouganda et autre requérante, dont le nom a été publiée par le Red Pepper.

En 2011, David Kato, figure de la cause homosexuelle dans le pays avait été assassiné à son domicile, quelque mois après la publication par un journal d'une liste de 100 prétendus homosexuels, où figurait son nom et celui de Jacqueline Kasha Nabagesera, sous le titre "Pendez-les!".

Emmenés par la Coalition de la société civile sur les Droits de l'Homme et le Droit constitutionnel - qui regroupe 50 organisations ougandaises luttant contre les discriminations - les requérants ont dénoncé plusieurs cas de "violences et représailles" contre des homosexuels affichés ou présumés, depuis la promulgation de la loi.

Ils ont affirmé également que dix homosexuels ou présumés homosexuels avaient été arrêtés depuis et avoir enregistré trois cas d'expulsions de locataires.

Les relations homosexuelles sont depuis longtemps passible de la prison à perpétuité en Ouganda, mais cette nouvelle loi prohibe notamment en outre la "promotion" de l'homosexualité et exige de dénoncer quiconque affiche son homosexualité.

Adoptée à une large majorité, la loi est perçue comme une manoeuvre politique à l'approche de la présidentielle de 2016, à laquelle M. Museveni - au pouvoir depuis 1986 et chrétien évangélique à la piété affichée - envisage de se représenter, dans un pays où l'homophobie, relayée par les puissantes Eglises évangéliques, est largement répandue.

Le chef de l'opposition ougandaise, Kizza Besigye, a récemment estimé que cette législation visait à cacher les véritables problèmes du pays, tout en critiquant la mobilisation occidentale contre cette loi alors des droits humains "bien plus fondamentaux que le droit à l'orientation sexuelle" sont, selon lui, bafoués quotidiennement en Ouganda.

Près des trois-quarts des pays d'Afrique disposent de législations interdisant ou réprimant l'homosexualité, souvent héritées des lois coloniales. L'Afrique du Sud est le seul pays africain à reconnaître le mariage entre personnes de même sexe, ce depuis 2006.

AFP

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