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Des hommes devant une maison attaquée par Boko Haram, Etat du Borno, Nigeria / Reuters
Des hommes devant une maison attaquée par Boko Haram, Etat du Borno, Nigeria / Reuters

Lutte contre Boko Haram: le réveil tardif du Cameroun

Longtemps attentiste et indifférent, le Cameroun comprend enfin que Boko Haram est aussi un danger lui.

Tout le monde sait aujourd’hui, avec l’excès des horreurs et de cruauté accumulées depuis 2009 par la secte islamiste Boko Haram, combien coûterait au monde en général, et à l’Afrique en particulier, la victoire sur cette hydre.

Boko Haram est une organisation terroriste extraterritoriale, disposant de soutiens internationaux occultes. Et, pour combattre efficacement cette secte qui cherche à établir une forme d’Etat totalitaire dans le Nord du Nigeria, il est utile de ne pas du tout céder à la distinction entre un «intérieur» et un «extérieur». Malheureusement, le Cameroun de Paul Biya, obnubilé par le contentieux territorial autour de l’île de Bakassi avec le Nigeria, a succombé fatalement à une telle erreur stratégique.

Enjeux sous-régionaux

Ainsi, malgré la récurrence et la permanence des attaques de la secte et dont leurs auteurs, pourchassés par les forces de défense et de sécurité nigérianes, trouvaient facilement refuge sur une partie bien identifiée du territoire camerounais, Paul Biya restait fidèle à sa doctrine attentiste.

Mais récemment et ce, depuis les enlèvements des membres d’une famille française et d’un prêtre français au Nord Cameroun, Biya a réalisé qu’avec Boko Haram, il n’avait pas affaire à une question sécuritaire strictement nigéro-nigériane. Jusque-là, il était resté curieusement passif, voire indifférent, faisant ainsi du Cameroun, le ventre mou de la lutte contre Boko Haram.

D’ailleurs, nul n’est besoin de rappeler le sabotage diplomatique par Biya des sommets africains, voire internationaux dédiés à la lutte anti-terroriste.

Les enlèvements de ressortissants étrangers sur le sol camerounais ont nui gravement à l’image du pays, quand ils n’ont pas entraîné le secteur touristique vers une descente économique aux enfers.

Rappelons qu’entretemps, une cellule de Boko Haram avait été démantelée sur le sol nigérien. Contrairement à Paul Biya, le président Mahamadou Issoufou a pris très au sérieux, depuis son arrivée au pouvoir, les menées terroristes subversives de cette secte engagée dans une lutte à mort continuelle contre l’identité politique du Nigeria.

Il ne faut jamais cesser de le répéter: il n’existe pas un conflit entre islam et christianisme ; deux religions monothéistes qui ont toujours vécu en bonne intelligence. Et, il y a longtemps que cette secte a trahi les authentiques valeurs islamiques dont elle se réclame. Comme si, au fond, le dessein secret de Boko Haram consistait à inviter le monde à se moquer de la foi islamique. Avec le mépris et la haine que les adeptes dévoués de Boko Haram vouent à la raison, ainsi qu’à la démocratie, au libéralisme, on se demande bien si un jour, on réussira à leur enseigner la science.

Car le fonds de commerce de cette secte reste la fabrication de fantasmes idéologiques et l’organisation sociopolitique de l’intolérance, le tout reposant sur un refus absolu de tout horizon d’universalité. A l’heure actuelle, certaines autorités nigérianes ont raison d’insister sur la nécessité du renforcement d’un partenariat international plus intense avec tous les Etats de la planète, en premier lieu, les Etats occidentaux dont les intérêts stratégiques vitaux sont régulièrement au centre des attaques de Boko Haram.

Que cela coïncide avec le réveil tardif de Paul Biya ne peut que contribuer à rendre efficace cette stratégie multidimensionnelle.

Unité et cohésion

Cela dit, il convient de souligner que la sécurité et la paix sur le continent noir, dépendent aussi des régimes politiques établis au sein des différents pays. C’est pourquoi l’expansion de la démocratie apparaît comme une des conditions de la sécurité collective africaine. Seul l’avènement d’Etats démocratiques solides, qui impliquent tous les citoyens, est en mesure de conjurer le péril islamiste totalitaire incarné par Boko Haram. On pourra toujours multiplier les torrents d’indignation contre les attaques terroristes de cette secte, ils ne serviront à rien, si l’on ne fait pas de l’expansion de la démocratie, une sorte d’impératif catégorique de la lutte contre Boko Haram. Faute de quoi, la tragédie que le Nigeria, voire l’Afrique subsaharienne est en train de vivre avec cette secte, menace, à chaque instant, de se perpétuer. On peut triompher de Boko Haram par les armes, mais on ne peut conjurer sa menace et ses attaques meurtrières que par la politique. De ce paradigme stratégique dépendent et le destin du Nigeria, et le destin du Cameroun.

Mais en aucun cas, le Nigeria ne peut et ne doit s’identifier à l’entreprise de purification religieuse de Boko Haram. Au Nigeria et au Cameroun, au-delà de la dimension exclusivement sécuritaire, il s’agit, avant tout, de faire vivre ensemble, sur un pied de stricte égalité, toutes les religions. Rien n’indique que le réveil tardif de Biya pourra immédiatement mettre fin au règne du sang de Boko Haram.

Mais en sortant de son long sommeil anti- sécuritaire vis-à-vis de cette secte satanique, le réveil de Biya est salutaire. Car c’est aussi le salut du Cameroun, et la sauvegarde de ses grands intérêts nationaux qui sont en cause.

Décidément, face à Boko Haram, le sort de chaque Etat est solidaire de la destinée collective de l’humanité libre et démocratique.

Cet article a d’abord été publié dans Le Pays.bf

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