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Procès Rwanda: un long cauchemar

Ils sont deux Pascal, un jeune Tutsi et le capitaine Simbikangwa. Ensemble ils ont traversé les trois mois du génocide de 1994 au Rwanda. Mais si l'ex-officier hutu affirme ne s'être quasiment rendu compte de rien, son protégé, lui, a vécu "l'enfer". 

Pascal est le troisième des frères Gahamanyi, réfugiés chez Pascal Simbikangwa à Kigali au début du génocide, à témoigner devant la cour d'assises de Paris qui juge l'ancien officier rwandais pour "complicité de génocide", premier procès du genre en France.

Sauf que là où ses petits frères Albert et Michel, évacués assez rapidement de la capitale grâce au capitaine, remercient l'accusé de leur avoir "sauvé la vie", Pascal se replonge dans ce long cauchemar, quand "matin et soir j'étais candidat à la mort". Sans un regard pour l'accusé.

Tout commence au matin du 8 avril 1994, deux jours après l'assassinat du président hutu Juvénal Habyarimana. La famille Gahamanyi - père haut fonctionnaire tutsi, mère hutu - est terrée chez elle. Un groupe de militaires investit la maison. Tous fuient mais Pascal est pris, jeté à terre, fusils sur la tempe. Sa mère revient, supplie. "Où est ton Tutsi ?", hurlent les soldats. Ils voient leur fin. Mais un des militaires stoppe tout : leur voisin, le capitaine Simbikangwa.

La famille se répartit dans le voisinage. Les trois fils atterrissent chez le capitaine. Et là "pour moi c'est l'enfer qui commence", lâche Pascal. Deux de ses agresseurs du matin sont là, gardes du corps de son hôte. "Ils m'ont harcelé tout le temps que je suis resté là bas."

Et ça dure. Il a eu 18 ans le 14 avril 1994 mais fait plus que son âge et "plus tutsi" que ses frères de 14 et 15 ans. "Personne n'osait me prendre" en voiture pour m'exfiltrer, dit-il. "Ils disaient tu es +inyenzi+ (cancrelat, comme les extrémistes hutu appelaient alors les Tutsi, NDLR), tu n'iras pas loin, on va se faire tuer tous."

- 'Tu es le prochain' -

 

Il espère que son protecteur l'emmènera plus tard, mais "ça a duré jusqu'en juillet", les 100 jours de terreur pendant lesquels 800.000 personnes, en grande majorité tutsi, ont été massacrées.

Pascal Simbikangwa sort le matin "comme s'il allait au travail", revient déjeuner. Pendant sa sieste, les gardes du corps sortent. "Ils revenaient couverts de sang, ils me disaient +tu es le prochain+." Leur patron était-il au courant? "Probablement, il n'avait pas de réaction."

Une fois, se souvient le témoin, le capitaine revient avec une cinquantaine de fusils d'assaut à l'arrière de son pick-up. Le lendemain, il repart avec les armes, disant se rendre dans sa région d'origine de Gisenyi (nord-ouest). Pascal n'est pas du voyage, mais le sera d'autres fois.

Quand ils sortent à Kigali, le capitaine encourage les miliciens aux barrages : "Ne laissez pas passer les +inyenzi+". "On le reconnaissait, il passait facilement." Sauf une fois. Un soldat ne le croit pas hutu, veut le faire descendre. "Il a dit, est-ce que moi, Simbikangwa, je peux prendre un +inyenzi+ avec moi!" Ils croisent ces cadavres, que l'accusé assure n'avoir jamais vus, ce que Pascal Gahamanyi juge "pas possible".

Il restera, terrorisé, dans le sillage de son protecteur jusque dans la fuite de dizaines de milliers de réfugiés hutu vers le Zaïre voisin (aujourd'hui République démocratique du Congo). Là, on avertit le jeune Pascal Gahamanyi qu'un frère de Simbikangwa, militaire, a décidé de le tuer. Il s'enfuit, rejoint le Rwanda, finit par retrouver ses parents, ses frères et une soeur qui ont tous miraculeusement survécu.

L'avocat général, Aurelia Devos, lui demande pourquoi à son avis l'accusé l'a sauvé. Long silence. "Je ne sais pas", même s'il le remercie. "La plupart des Tutsi qui ont été protégés l'ont été par quelqu'un qui avait du pouvoir, de l'autorité".

"Avec tout ce que j'ai fait pour ce garçon...", réagit Pascal Simbikangwa, s'indignant du "spectacle pitoyable" de cette "récitation". "J'avais cru l'avoir sorti de la tombe plusieurs fois. Avec ce qu'il a fait ici, malheureusement je pensais mal."

AFP

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