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Procès Pistorius: des témoins réveillés par une dispute et des cris de femme

L'avocat du champion paralympique sud-africain Oscar Pistorius s'est attaqué mardi aux témoins-clé de l'accusation au deuxième jour de son procès pour meurtre: des voisins qui, s'ils n'ont rien vu, ont été réveillés par une dispute et des hurlements de femme la nuit où l'athlète a tué son amie.

Epuisée par quatre heures d'interrogatoire agressif et parfois humiliant, mené par l'avocat de Pistorius, le premier témoin, Michelle Burger, une maître de conférences à l'Université de Pretoria dont la maison est à moins de 200 mètres du lieu du drame, a craqué et fondu en larmes. 

"Quand je suis sous la douche, je revis ses cris!", a-t-elle lâché, après avoir décrit et répété à maintes reprises à la barre, en anglais comme en afrikaans, les hurlements de femme "absolument pétrifiants" entendus la nuit du drame avant quatre coups de feu. 

Depuis la veille, Barry Roux, le défenseur de Pistorius, n'a jamais cessé de mettre en doute successivement son honnêteté, celle de son mari, l'ordre dans lequel elle a perçu les cris et les tirs, ou encore sa capacité à distinguer une voix de femme de celle d'un homme qui aurait pu être, selon lui, Pistorius lui-même, au comble de l'anxiété.

Il a lourdement insisté pour savoir si elle savait seulement reconnaître le bruit d'une arme à feu, suggérant qu'elle aurait pu confondre les tirs avec les coups de batte de cricket portés par Pistorius pour défoncer la porte fermée à clé des WC de sa chambre.

L'athlète de 27 ans soutient la thèse de la méprise tragique et plaide non coupable. Il soutient qu'il a cru à un cambriolage, et qu'il a tiré sur la porte sans savoir qu'il tirait sur sa petite amie Reeva Steenkamp, 29 ans.

Mais si le parquet parvient à prouver qu'il l'a tuée en connaissance de cause, il risque 25 ans de prison.

- Des voix en colère -

 

Michelle Burger est restée stoïque, presque jusqu'au bout, face à un Barry Roux cherchant des incohérences dans sa version, la poussant à se contredire, lui suggérant "de prendre du recul", l'accusant de "refuser toute concession qui pourrait bénéficier à l'accusé", reposant maintes fois les mêmes questions, au point d'impatienter le parquet et même la juge Thokozile Masipa qui l'a rappelé à l'ordre après un commentaire sarcastique déplacé. 

"Je m'excuse", a-t-il lâché. 

La nuit du drame, Michelle Burger a cru vivre en direct un cambriolage sanglant chez ses voisins. Un de ces épisodes qui font que les Sud-Africains aisés vivent entre de hauts murs hérissés de clôtures électriques ou possèdent une arme, comme Pistorius. 

Elle a même demandé à son mari, qui a commencé à comparaître mardi et confirmé ce récit, d'appeler le vigile de sécurité de leur complexe.

En ce 14 février 2013, en plein été austral, a-t-elle souligné, elle avait gardé les "fenêtres ouvertes" dans sa chambre à coucher. Il n'y avait "aucun bâtiment" entre son domicile et celui de son illustre voisin qu'elle ne connaissait pas et "le quartier est particulièrement calme, voisin d'une réserve naturelle".

Son témoignage a laissé cependant une question en suspens. Outre les cris de femme "à glacer le sang", elle a aussi entendu un homme appeler au secours. 

"Vous avez entendu un homme crier à l'aide (...) Cela n'a pas de sens qu'un homme sur le point de tuer sa petite amie se mette à crier ainsi", a pointé M. Roux.

Barry Roux s'est ensuite attaqué au deuxième témoin, une autre voisine, Estelle van der Merwe, tirée du lit elle aussi par du bruit la nuit du drame.

Tétanisée par sa comparution, au point que le parquet lui a suggéré de "se détendre", cette voisine a raconté avoir été interrompue dans son sommeil à 01H58 (23H58 GMT) par "des gens qui parlaient fort", trop loin pour comprendre la conversation ou la langue utilisée mais suffisamment fort pour se mettre un oreiller sur la tête et s'inquiéter que cela ne réveille son fils qui avait un contrôle le lendemain à l'école. 

"Ca a duré environ une heure" et ce n'est qu'après qu'elle a entendu quatre bruits d'explosions correspondant aux tirs, a-t-elle dit, certifiant que les voix étaient bien celles de personnes "en colère" ou "fâchées". 

"Le fait est que vous n'avez jamais entendu personne se disputer!" cette nuit-là, venait de lui asséner Barry Roux, hautain et intimidant.

Le procès est prévu pour durer jusqu'au 20 mars.

AFP

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