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Oscar Pistorius au 2e jour de son procès, 4 mars 2014, Pretoria. REUTERS/Kim Ludbrook
Oscar Pistorius au 2e jour de son procès, 4 mars 2014, Pretoria. REUTERS/Kim Ludbrook

Afrique du Sud: le procès Pistorius doit être pédagogique avant tout

Le procès Pistorius qui s'est ouvert hier est révélateur d'une Afrique du Sud toujours pas guérie de ses tourments.

Le 3 mars 2014, s’est ouvert l’un des procès les plus médiatiques en Afrique du Sud. Cela, au regard de la personnalité de l’accusé: Oscar Pistorius, champion paralympique sud-africain riche et célèbre, amputé des deux jambes, et qui court plutôt très vite grâce à des prothèses, accusé du meurtre de sa petite amie Reeva Steenkamp, top model, abattue de plusieurs balles, le 14 février 2013, dans la résidence de luxe de l’athlète.

Cette Saint Valentin 2013 n’aura pas été pour eux une fête des amoureux, mais un jour noir. Au contraire, elle aura marqué la fin de l’idylle entre les deux tourtereaux, de la façon la plus violente qui soit, avec plusieurs zones d’ombres à la clé.

Feuilleton judiciaire épique

Ce procès qui va tenir en haleine toute l’Afrique du Sud, voire au-delà, est d’autant plus complexe que l’athlète sud-africain jure, la main sur le cœur, que c’est un accident dramatique et malencontreux, pendant que le parquet soutient que c’est bel et bien un acte prémédité. Et c’est là que se joue toute l’intrigue de l’affaire parce que si la préméditation est prouvée, Pistorius risque une lourde peine de prison qui sonnerait en même temps le glas de sa carrière.

Cela serait l’une des plus tristes fins pour un athlète qui aura connu la gloire et la notoriété à force de travail et de persévérance. Par contre, si c’est la thèse de l’accident qui l’emporte, il pourrait s’en sortir avec une peine de prison avec sursis, assortie d’une simple amende. En tout cas, ce feuilleton judiciaire s’annonce des plus épiques, compte tenu de la mobilisation médiatique qui verra, du reste, la retransmission du procès en direct sur certaines chaînes de télé, mais aussi de la détermination des deux parties en présence.

Alors que Oscar Pistorius s’entoure des meilleurs spécialistes (médecins légistes et experts en balistique renommés) aux côtés de ses avocats pour sa défense (démontrer qu’il a eu peur et a tiré en état de légitime défense), l’Etat sud-africain compte prouver la préméditation en s’appuyant notamment sur des témoignages de voisins qui auraient entendu des cris, laissant penser à une scène de ménage qui aurait mal tourné.

Pendant trois semaines, plus d’une centaine de témoins vont défiler à la barre, pour espérer faire éclater la lumière dans cette affaire dont une seule personne détient aujourd’hui toute la vérité: Oscar Pistorius. Mais avec l’instinct de conservation et de survie, l’on subodore que sa version des faits ne saurait aller à l’encontre de ses propres intérêts, et qu’il peut masquer ou déformer les faits en sa faveur pour ne pas subir la dure loi de la Justice. On imagine que Pistorius, que l’on dit bon vivant, n’a aucune envie d’aller croupir en prison, d’où ce déploiement de moyens colossaux pour sa défense, après avoir réussi à obtenir une liberté provisoire avant l’ouverture de son procès. Mais cette fois-ci, la partie risque d’être beaucoup plus serrée.

Procès médiatique et pédagogique

A l’analyse, ce geste de l’athlète peut être lié au contexte général de violences quasi endémiques qui caractérise l’Afrique du Sud. Dans un pays où le taux de criminalité est l’un des plus élevés au monde, où la violence se vit au quotidien, posséder une arme à feu et s’en servir y est quasiment chose banale.

Chaque jour, des crimes sont commis en Afrique du Sud dans l’anonymat le plus total. L’on peut donc dire que l’ampleur de ce drame est en partie due à la gravité des faits, mais aussi à la notoriété de l’accusé. Parce que quand on s’appelle Oscar Pistorius, qu’on a bataillé dur pour montrer que son handicap n’est pas une fatalité, arrachant au passage la sympathie d’un public admiratif pour qui sa réussite s’apparentait à une revanche sur le sort qui l’a privé de ses deux jambes, qu’on a réussi à hisser haut le drapeau de son pays, focalisant ainsi l’attention de sponsors prestigieux autour de son nom, bref, quand on a réussi à se faire un nom et une place au soleil, on n’est plus un citoyen lambda dont les faits et gestes peuvent passer inaperçus.

Pour tout dire, l’homme se devait d’être un modèle. Mais il y a lieu de penser que l’homme avait aussi ses défauts et ses excès, et que l’un de ses péchés mignons était de s’adonner à des jeux dangereux sur fond de violence. Pistorius est certes un sportif de haut niveau, mais il est loin d’avoir le charisme et l’humanisme d’un Nelson Mandela.

En tout état de cause, ce procès, en plus d’être médiatique, doit être un procès pédagogique où le droit doit être dit et la justice rendue sans état d’âme. Cela est un défi pour la justice sud-africaine qui doit prouver aux yeux du monde qu’elle n’est pas à la solde des riches et des puissants, mais qu’elle peut être équitable et qu’elle protège aussi bien le riche que le pauvre.

Outélé Keita

Cet article est d’abord paru sur LePays.bf

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