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La fille d'un penseur soudanais exécuté veut faire revivre son message de paix

Près de 30 ans après son exécution pour apostasie, les idéaux du militant pacifiste soudanais Mahmoud Muhammad Taha lui survivent à travers sa fille, qui tente de ressusciter son parti dans un pays qu'elle qualifie de "dictature".

Depuis sa pendaison, le 18 janvier 1985, le message de ce défenseur d'un islam tolérant et de l'égalité entre citoyens soudanais survivait grâce à un groupe de fidèles et d'intellectuels mené par sa fille, Asma Mahmoud Muhammad Taha, 67 ans.

Mais il est temps aujourd'hui de se faire entendre, estime cette dernière, qui essaye de relancer le Parti républicain après 25 ans de règne de "fondamentalistes" islamistes.

"Ces personnes dénaturent l'islam. Ce n'est pas ça l'islam. Nous allons montrer aux gens ce que le véritable islam veut dire", explique-t-elle dans la maison de terre et de bois où son père vivait et travaillait.

Ce ne sera pas facile, avoue-t-elle. Le matin même, un officier des services de sécurité lui a d'ailleurs rendu visite.

Le jour de sa mort, sa fille se trouvait non loin, chez une tante.

"Lorsque ses bourreaux lui ont enlevé sa cagoule, il les a regardés, ainsi que ses juges, et leur a souri", raconte-t-elle.

De Mahmoud Muhammad Taha, le directeur de l'Organisation soudanaise de défense des droits et des libertés, dit que "c'était vraiment un grand homme".

Certaines de ses idées étaient étranges, admet Farouk Mohammed Ibrahim, 83 ans, mais ses efforts pour conjuguer "la foi et la raison" laissaient entrevoir une solution au conflit entre sécularisme et fondamentalisme, ainsi qu'une solution aux problèmes du Soudan.

 

- Ses idées 'terriblement nécessaires' -

 

"Ses idées sont terriblement nécessaires aujourd'hui" poursuit-il, "elles sont le compromis parfait entre la religion et l'Etat séculier".

Les efforts de sa fille pour raviver la pensée de Taha --dont les livres sont interdits au Soudan, explique-t-elle-- interviennent alors que les critiques contre le gouvernement s'intensifient.

En septembre, des manifestations ont éclaté pendant plusieurs jours. Il s'agissait du plus important mouvement de protestation depuis l'accession au pouvoir d'Omar el-Béchir en 1989 à la faveur d'un coup d'Etat.

Depuis la maison de son père, Asma affirme qu'il avait prédit tout ça, la prise de pouvoir des fondamentalistes tout comme les divisions au sein du pays qui allaient suivre.

Dans son livre, "Le second message de l'Islam", Mahmoud Muhammad Taha explique que les lois de l'islam doivent évoluer "pour construire une bonne société, où la démocratie et le socialisme sont réconciliés, et où l'égalité prévaut".

Une telle société, associée à une soumission complète à Dieu, mènerait à la liberté individuelle absolue, selon lui. "Le rêve de l'humanité n'a pas été d'envoyer des astronautes en orbite, mais de tout temps il a été d'envoyer les individus dans l'orbite de leur propre réalisation", écrivait encore Taha.

L'homme a écrit plus d'une trentaine de livres dans une pièce de sa maison peinte en bleu et transformée aujourd'hui en musée. Son portrait, souriant, est accroché au mur.

Cette maison à Omdourman, la ville-jumelle de Khartoum, est désormais un "centre culturel" et un point de ralliement pour ses quelque 1.000 disciples. "C'est un petit groupe, isolé", dit avec dédain Mekki Elmograpbi, un éditorialiste membre du parti au pouvoir. 

Sa fille elle-même a quitté le pays pendant quelques années. "Il arrive un moment où vous n'avez plus aucun espoir dans ce pays qui tue ses penseurs", reconnaît-elle. 

Elle est néanmoins revenue et aspire à "une démocratie où tout le monde partage le pouvoir, où tout le monde a le droit de s'exprimer".

AFP

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