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Les présidents nigérian, Goodluck Jonathan, et français, François Hollande, Paris, février 2013. REUTERS/Philippe Wojazer
Les présidents nigérian, Goodluck Jonathan, et français, François Hollande, Paris, février 2013. REUTERS/Philippe Wojazer

François Hollande au Nigeria, Boko Haram en embuscade

La visite du président français au Nigeria se tient dans un contexte où la secte Boko Haram fait plus peur que jamais.

Dans une France économiquement sinistrée, socialement fracturée, moralement déboussolée, c’est sur le continent noir que le président français, François Hollande, a pris l’habitude de venir chercher un réconfort moral, politique et diplomatique. Aujourd’hui et demain, il est l’invité d’honneur du Nigeria pour le centenaire de l’unification du pays. En marge de cette célébration proprement dite, Hollande sera le seul chef d’Etat occidental à participer à une conférence internationale sur «la sécurité, la paix et le développement en Afrique».

Soulignons que cette visite du président socialiste français apportera également au président Goodluck Jonathan, une bouffée d’air frais, puisqu’il fait face lui aussi à une forte contestation politique au sein de son parti, le PDP, qui se traduit par des démissions en cascade.

Mais pourquoi le Nigeria a-t-il choisi de célébrer le centenaire de l’unification du pays? Rappelons qu’avec le Nigeria, nous avons affaire à un pays qui a connu une tentative de sécession suivie d’une guerre civile, et qui connaît actuellement la violence terroriste de la secte satanique Boko Haram.

Escalade de menaces de Boko Haram

En effet, le 30 mai 1967, lorsque Odumegwu Ojukwu déclare «l’indépendance de l’Etat du Biafra», le Nigeria ne constitue plus une famille très unie: la guerre entre Fédéraux et Biafrais devient inéluctable. Se souvenant avec une précision chimique, de cette période tragique dans l’histoire du Nigeria, Wole Soyinka, l’éternel tigre, écrit:

«Ce fut une période étrange et sinistre: on aurait dit que rien ne se passait, que le cœur de la nation s’était arrêté de battre tandis que son corps demeurait suspendu dans le vide.» Et, la tristesse existentielle de Soyinka atteignait son zénith face au soutien que l’immense Chinua Achebe, ainsi que d’autres intellectuels célèbres du Biafra, apportaient à Ojukwu, l’homme de la dissidence. Etrange paradoxe de l’histoire, à l’époque, la France s’était activement rangée du côté des sécessionnistes. Heureusement, la cause fédérale a triomphé et l’unité du Nigeria a été sauvegardée.

Cette célébration de ce centenaire réveille aussi la mémoire douloureuse du martyr de cette ethnie minoritaire du Sud du delta du Niger, les Ogonis, dont la terre est très riche en ressources pétrolières. Ici, les compagnies pétrolières occidentales ont toujours fait la loi, ruinant l’environnement, et maintenant les populations dans une pauvreté inexplicable.

Pire, ces immenses richesses pétrolières ne profitent qu’à une caste de prédateurs nationaux et internationaux. Et, l’on se souvient que, pour dénoncer cette injustice et exiger un meilleur sort pour son groupe dont il était devenu un porte-parole tenace, le grand écricain, Ken Saro-Wiwa, avait été assassiné par le brutal et psychopathe dictateur militaire, Sani Abacha.

S’il existait une certaine « justesse » dans les causes des Biafrais et des Ogonis, on ne peut en dire autant de la cause défendue par la secte terroriste Boko Haram.

Bien que toutes les forces de la police et de l’armée du Nigeria soient engagées dans la lutte et le combat contre cette secte, celle-ci reste indéracinable. D’ailleurs, à la veille de la visite de Hollande, Boko Haram a choisi d’intensifier ses attaques terroristes, notamment dans la région Nord de l’Etat fédéral. Comme si la secte avait décidé de réserver un comité d’accueil spécial, peu festif, à l’éminent hôte du Nigeria, François Hollande.

L'urgence de la sécurité

Il ne faut pas du tout se tromper sur la nature satanique de la secte Boko Haram: elle savoure la violence, la recherche consciemment. Jamais, elle ne renoncera à son cogito macabre: «Je tue, donc je suis». Dans la guerre militaro-psychologique qu’elle mène contre le Nigeria, Boko Haram a un coup d’avance, puisque, durant des années, elle a réussi à infiltrer de manière homéopathique, les plus hautes instances décisionnelles du pays. C’est pourquoi, en vue de vaincre cette hydre, le Nigeria seul, à l’heure actuelle, ne détient pas la solution.

D’où la nécessité du soutien de l’Europe, en général, et de la France en particulier, à l’Etat fédéral nigérian dans sa louable et juste lutte contre Boko Haram. A ce titre, la présence à la célébration de ce centenaire du président de la Commission de l’Union européenne, José-Manuel Barroso, constitue un symbole important et qui traduit l’attachement européen à la stabilité intérieure du Nigeria. Car ne nous voilons pas la face: tant que Boko Haram ne sera pas décapitée, détruite et son rêve criminel de balkanisation religieuse du pays définitivement enterré, les intérêts économiques et stratégiques occidentaux resteront constamment menacés, précaires. Le monde a besoin d’un Nigeria uni et stable. Et, la France, au-delà des déclarations d’intention, doit impérativement préciser sa stratégie au Nigeria, de surcroît quand ce sont ses ressortissants qui sont régulièrement la cible privilégiée de Boko Haram.

Avec cette visite du président Hollande, la France entend diversifier ses relations diplomatiques, et surtout commerciales sur le continent noir. D’ailleurs, l’opinion française est elle-même acquise à cette diversification.

Mais on ne le soulignera jamais assez, ce dont le géant africain a désespérément besoin, c’est la sécurité.

Et, pour que ce géant renoue avec celle-ci, Goodluck Jonathan, l’homme à l’insondable chapeau noir, loin d’être un idéaliste en politique, devra faire montre de véritables qualités d’homme d’Etat.

Afin que la visite de Hollande soit une chance pour le Nigeria, et qu’on n’assiste pas à une vaste comédie politico-diplomatique, la France doit aider le Nigeria à rétablir les fondements d’une coexistence démocratique, pacifique et stable. Boko Haram ainsi que tous ceux qui rêvent de faire du Nigeria un champ de bataille permanent où le sang ne cesse de couler, ne peuvent pas continuer d’agir librement à leur guise.

Sinon, avec ses attentats terroristes en série, Boko Haram réussira, en fin de compte, à ridiculiser, chaque fois, la visite de tout dirigeant occidental au Nigeria.

Cet article a d’abord été publié dans Le Pays

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