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Un Espagnol au Sénégal en 2007 by nopodemosmas via Flickr
Un Espagnol au Sénégal en 2007 by nopodemosmas via Flickr

Et si les jeunes Européens émigraient en Afrique

La «vieille Europe» déprime. La zone euro est au bord de l’implosion et la récession menace. En Afrique, la croissance économique se maintient. Et si les jeunes Européens traversaient la Méditerranée pour émigrer?

Mise à jour du 22 mai 2012: Le Premier ministre marocain Abdelilah Benkirane a invité les Espagnols à venir travailler au Maroc. "Il faut que les entrepreneurs espagnols se rendent compte qu’ils peuvent trouver un ballon d’oxygène au Maroc", a-t-il déclaré en plaidant pour un renforcement de la collaboration économique lors de sa viste en Espagne du 18 au 20 mai.

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Et si la fiction devenait réalité? Et si l’Afrique, forte de sa jeunesse, de ses talents et de ses richesses, devenait un nouvel eldorado?

Les artistes anticipent souvent les grandes tendances à venir, c’est peut-être le cas du cinéaste béninois Sylvestre Amoussou.

Souvenez-vous, son film «Africa paradis», sorti en 2007, décrit les aventures d’un couple de Français qui tentent d’émigrer en 2033 aux Etats-Unis d’Afrique, dont la prospérité contraste si violemment avec la pauvreté et le chômage en Europe.

Oliver est informaticien et Pauline institutrice, tous les deux sans emploi. Mais en Afrique, la police des frontières les arrête, les péripéties commencent alors…

Le film a été diffusé sur les grands écrans juste avant la crise économique de 2008, premier avertissement  à un Occident surendetté. Mais c’est aujourd’hui que cet excellent film prend tout son relief.

Le miracle africain en chiffres

Les toutes dernières statistiques du Fonds monétaire international (FMI) sont, pour une fois, favorables à l’Afrique subsaharienne. Il faut se frotter les yeux avant de voir écrit que l’Afrique au sud du Sahara est une des rares régions au monde avec une croissance qui continue d’augmenter (5,3% en 2011 et 5,8% en 2012).

Bien sûr, on est toujours loin de la Chine qui flirte avec les 10%, mais bien au-dessus des Etats-Unis (1,5% en 2011), de la zone euro (1,6%), notamment de la France (1,5%). Les niveaux de développements ne sont certes pas comparables et l’Afrique a besoin d’une croissance encore et toujours plus forte pour sortir ses populations de la pauvreté.

Mais les bonnes nouvelles sont suffisamment rares pour ne pas les apprécier. Si le Ghana, boosté par son pétrole caracole toujours en tête avec 13,5% de croissance attendue en 2011, l’Afrique du Sud, poids-lourd du continent, sauve les meubles (+ 3,4%) et les pays pétroliers, comme le Nigeria et l’Angola, peuvent espérer un bon 6%.

Des dizaines de millions d’Africains qui survivent chaque jour avec un dollar attendent maintenant que le «miracle africain» soit mieux partagé par des élites souvent plus kleptocrates qu’altruistes.

Les jeunes européens à l'assaut de l'Afrique

En Afrique comme en Europe, les attentes du peuple sont grandes. Il y a quelques jours, sur la place de la Bastille, lieu mythique de la Révolution française de 1789, j’ai croisé plusieurs dizaines d’«indignés» européens –espagnols mais aussi français- en route pour Bruxelles. Ils représentent cette «génération sacrifiée» européenne qui ne trouve pas d’emploi et qui a le plus grand mal à se loger décemment en raison de l’explosion des prix de l’immobilier.

Combien d’entre eux, les «nouveaux pauvres» d’aujourd’hui, tenteront demain l’aventure africaine, comme Olivier et Pauline du film «Africa paradis»?

Déjà plusieurs jeunes Français partis en Afrique dans le cadre du Volontariat international en entreprises (VIE) hésitent avant de revenir dans l’hexagone et prospectent, souvent avec succès, le marché local du travail.

Des jeunes Français issus de l’immigration font également le chemin inverse de leurs parents ou grands-parents pour s’installer à Dakar et Abidjan mais aussi Alger ou Casablanca. Et leur pays d’origine, comme le Maroc et le Sénégal, ne comptent pas leurs efforts pour attirer ces «têtes bien faites» qui participeront à leur développement.

Le Maroc, qui a su gérer avec habileté le «printemps arabe», tire son épingle du jeu, avec une croissance attendue à 4,6% cette année et quasiment identique l’année prochaine. Même l’Algérie, grâce à son gaz et à son pétrole, affiche une croissance autour de 3%.

L'Europe, le moral économique en berne

Lorsqu’ils scrutent l’avenir de l’Occident, de plus en plus d’observateurs évoquent la «Grande dépression» des années 30 aux Etats-Unis. Loin d’être réjouissant…

Dans les pays riches de l’OCDE, plus de 44 millions sont déjà sans emploi. En Espagne, un habitant sur cinq est au chômage et… un jeune de moins de 25 ans sur deux.

Au Portugal, l’un des pays les plus fragiles de la zone euro, les jeunes ont repris le chemin de l’exil. Leurs parents et grands-parents se sont souvent rendus en France. Eux choisissent l’Angola et ses pétrodollars, un pays qui sort lendemain d’une terrible guerre civile et où tout est à reconstruire ou même à construire.

Les Africains aussi choisissent leur immigration

Ils seraient 30.000 à demander chaque année un visa pour cette ancienne colonie portugaise d’Afrique australe. Mais attention Luanda est la capitale la plus chère au monde pour les expatriés, devant Tokyo et N’Djamena. Et ces nouveaux émigrants se trouveront en concurrence avec les locaux, tout aussi pressés de trouver un emploi et un bon salaire.

Les poussées xénophobes ne sont pas réservées aux pays du Nord. Les émeutes anti-étrangers en Afrique du Sud ont montré en mai 2008 que la solidarité africaine avait ses limites.

Alors, l’Afrique, nouvelle terre d’émigration pour jeunes Européens déprimés et sans emploi? Ils ne seront pas les premiers, ces dernières années, des dizaines de milliers de Chinois se sont installés en Afrique. Ils repartent souvent une fois leur contrat terminé. Mais d’autres s’installent pour faire de commerce et fondent souvent une famille.

Une fois de plus, les Chinois sont en avance.

Adrien Hart

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Adrien Hart

Adrien Hart est journaliste, spécialiste de l'Afrique.

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