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L'électro, bande-son de la révolution tunisienne

En Tunisie, depuis la chute de Ben Ali, la jeunesse revit et compte bien profiter de ses nouvelles libertés. Dans son numéro d'octobre, le magazine musical Tsugi évoque la passion de cette jeunesse pour la musique électro.

Du 23 au 26 juin, s’est déroulée à l’Acropolium de Carthage (dans le bâtiment de l'ancienne cathédrale Saint Louis) la cinquième édition du Fest, le festival des cultures numériques, qui réunit des artistes tunisiens et internationaux de la scène électronique.

En Afrique, la musique électro est peu représentée dans les manifestations culturelles. Hormis le 100Live du Caire, le Fest est le seul festival consacré à ce genre.

Malheureusement, le public n’a pas toujours répondu présent. DJ Ogra, figure de proue de la scène tunisienne, propose une explication:

«Rien d’étonnant à cela. Dans la cathédrale, la vente d’alcool est interdite et on ne peut pas vraiment prendre de drogue. En ce moment, les gens ont juste envie de se défoncer la tête. Ils veulent écouter de la musique. Mais aussi partir loin. Ce qui est normal après plus de trente ans de pression». 

Il y a dix ans, la techno, un genre de la musique électronique, s’emparait de Tunis, la capitale tunisienne. ZRK, Ogra, Shinigami San et Skndr comptent parmi les précurseurs. Skndr raconte:

«J’ai découvert l’électronique à la fin des années 1990, grâce à la chaîne allemande Viva, que je regardais via le satellite. Daft Punk et l’album Homework ont été comme une révélation. J’ai commencé tout de suite à faire de la musique après les avoir découvert».

Les fans d’électro n’ont pas attendu le Fest pour fêter la fin du régime autoritaire. Deux semaines après la chute de Ben Ali (le 14 janvier 2011), Ogra, DJ tunisien, a organisé une grande soirée baptisée «Under Couvre-Feu». L'événement a également permis de collecter des fonds pour les hôpitaux de Sidi Bouzid, ville d’où est partie la contestation, avec l’immolation par le feu de Mohammed Bouazizi:

«Grâce à Facebook, on a rassemblé plus de 1.200 personnes, dix DJ et 6 VJ, dans un hôtel qu’on a littéralement pris d’assaut. Les flics n’ont rien pu faire. Tu avais là toutes les castes de la société, des gens de Sidi Bouzid […], des friqués, des homos…»

Le DJ ne cache pas ses ambitions:

«J’ai récemment monté Le Plug, un lieu plutôt techno, destiné aux afters. Mais je planche surtout sur un centre de musique actuelle, un truc privé, à la fois café-concert, studio et structure d’aide à la diffusion».

Lu sur Tsugi