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Egypte: le candidat de la gauche craint un retour

Le leader de gauche Hamdeen Sabbahi, seul candidat déclaré à la présidence de l'Egypte, redoute un retour à un pouvoir autoritaire, des craintes que le chef de l'armée et probable candidat à l'élection, le maréchal Sissi, est, selon lui, loin de dissiper.

Agé de 59 ans, il se réclame de l'héritage politique du charismatique président égyptien et champion des Non-Alignés Gamal Abdel Nasser et avait fini troisième lors de la dernière présidentielle en 2012. 

Quatre points tout juste derrière l'islamiste Mohamed Morsi, destitué début juillet par l'armée, avec à sa tête le maréchal Abdel Fattah al-Sissi, en bonne position pour remporter le scrutin, prévu d'ici la mi-avril et pour lequel il ne s'est pourtant pas encore officiellement déclaré candidat.

Si M. Sabbahi a, lui, publiquement annoncé qu'il se présentait, c'est parce que les jeunes de son parti, le Courant populaire, fondé en 2012, redoutent que "cette élection n'ait qu'un unique candidat (Abdel Fattah Sissi) et s'apparente en fait à un plébiscite", explique-t-il lors d'un entretien avec l'AFP.

Pour cet inlassable militant, opposant sous Morsi, et, avant lui, sous Hosni Moubarak, c'est la "révolution" qui a mis fin début 2011 à 30 ans de pouvoir absolu du "raïs" qui est aujourd'hui en danger. 

Les jeunes manifestants de janvier-février 2011 contre Moubarak puis des défilés anti-Morsi le 30 juin, trois jours avant son éviction par l'armée, "ont le sentiment que leur révolution a été volée (...) car leurs camarades ont été emprisonnés et certains tués sous leurs yeux", estime l'homme à l'épaisse chevelure blanche.

Après la sanglante répression des partisans islamistes de M. Morsi lancée dans la foulée du coup de force des militaires, le pouvoir s'en prend désormais aux mouvements progressistes de la jeunesse. Ce bras de fer avec les jeunes non-islamistes a été lancé fin novembre lors de la promulgation d'une loi interdisant toute manifestation n'ayant pas obtenu l'aval du ministère de l'Intérieur. "Une faute politique" selon Sabbahi qui dit "partager" avec ces jeunes "une colère légitime et une peur", renforcée par le fait que "les hommes de Moubarak mènent une bataille avec pour objectif de revenir aux affaires".

Et face à cela, Sissi "n'a pas adopté une position qui rassurerait la jeunesse devant ce danger: le retour au pouvoir de ceux qui incarnaient la corruption sous Moubarak".

- La jeunesse, force électorale clé - 

 

"Les meurtriers de Khaled Saïd (un blogueur battu à mort par la police en 2010 devenu l'icône de la révolte de 2011) n'ont toujours pas été condamnés mais les jeunes qui ont manifesté pour réclamer qu'ils soient jugés ont été jetés en prison", poursuit M. Sabbahi.

Appelant à "affronter le terrorisme de la façon la plus ferme" alors que des dizaines de soldats et de policiers ont été tués dans des attentats, qui ont également visé récemment des touristes, M. Sabbahi dénonce les dérives de l'anti-terrorisme égyptien, exhortant à "trouver un juste équilibre entre les impératifs de la lutte anti-terroriste et ceux du respect des libertés".

Depuis la destitution et l'arrestation de Morsi, désormais jugé dans plusieurs affaires pour lesquelles il encourt la peine de mort, au moins 1.400 de ses partisans ont été tués, selon Amnesty International, et des milliers de personnes arrêtées, notamment dans les rangs des Frères musulmans, la confrérie du président destitué qui avait remporté toutes les élections depuis 2011.

Aujourd'hui déclaré "terroriste", le mouvement islamiste doit "dire qu'il respecte la volonté populaire, arrêter de qualifier la révolution du 30 juin de coup d'Etat et cesser de fournir une couverture politique au terrorisme" pour pouvoir réintégrer la vie politique, estime Sabbahi.

Pour l'emporter, le leader de la gauche compte sur "la jeunesse qui représente une force électorale clé" en Egypte dont la majorité de la population a moins de 30 ans. Boudant la scène politique, les jeunes avaient été les grands absents du dernier scrutin, le référendum constitutionnel de la mi-janvier.

Alors pour convaincre les quelque 50 millions d'électeurs égyptiens, Sabbahi prône la mise en place des objectifs de "justice sociale" et de "démocratie" de la révolte de 2011.

Et même en cas de défaite, dit-il, sa candidature aura "au moins servi à rétablir le contact entre les forces révolutionnaires et le public égyptien".

 

AFP

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