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En France, le procès sur le génocide au Rwanda dans une phase décisive

Le premier procès jamais organisé en France sur le génocide au Rwanda, qui a fait 800.000 morts en 100 jours en 1994, entre lundi dans une phase décisive, avec l'audition des témoins directs des faits reprochés à l'accusé, Pascal Simbikangwa.

Cet ancien capitaine de la garde présidentielle rwandaise, chargé ensuite des affaires de presse au Service central des renseignements, est accusé par la cour d'assises de Paris d'avoir organisé et armé des miliciens qui tenaient des barrages où étaient filtrés et massacrés les Tutsi durant le génocide, d'avril à fin juillet 1994. Les cartes d'identité portaient à l'époque mention de l'ethnie.

Ce sont des membres des milices hutu Interahamwe, dont plusieurs ont été condamnés au Rwanda par des "gacaca" (tribunaux populaires), qui vont déposer devant la justice française, qui juge des faits commis il y a 20 ans et à des milliers de kilomètres. Ils sont agriculteurs à Gisenyi, région d'origine de l'accusé dans le nord-ouest du pays, ou gardiens de maisons dans son quartier huppé de Kiyovu à Kigali.

La défense, qui a cherché à pointer les contradictions de certains des témoins rwandais entendus lors des trois premières semaines d'audience consacrées au "contexte" de ce procès historique, ne devrait pas manquer de poursuivre dans cette voie. La plupart des témoins s'exprimeront par le truchement d'interprètes.

Pascal Simbikangwa est poursuivi pour complicité de génocide et crimes contre l'humanité. Les accusations initiales de participation directe aux massacres ont été abandonnées, les témoignages ayant été jugés trop tardifs et fragiles.

 

 - Donner armes et instructions -

 

Dès le 7 avril 1994, au lendemain de l'attentat qui coûta la vie au président hutu Juvénal Habyarimana et fut le déclencheur des massacres, le capitaine Simbikangwa aurait participé, selon l'accusation, à une réunion dans sa région d'origine pour organiser la mise en place des "barrières" et "donner pour instruction d'aller tuer les Tutsi".

Il aurait également stocké des armes dans sa maison de la capitale pour les distribuer ensuite dans le nord-ouest et à Kigali, où il aurait aussi organisé les barrières et encouragé les miliciens à ne laisser "aucun Inyenzi (cancrelat, nom donné aux Tutsi) franchir leur barrage".

L'accusé, cloué dans un fauteuil roulant depuis un accident de la route en 1986, nie tout rôle dans les tueries, même s'il se revendique toujours partisan du président Habyarimana. Et il affirme parfois, au grand étonnement du président de la cour d'assises, qu'il n'avait pas vraiment compris l'ampleur des massacres, "qu'il était très difficile de savoir ce qui se passait" et qu'il y avait peu de morts dans son quartier. Il explique avoir passé la plupart du temps dans le Nord-Ouest et met en avant le fait d'avoir hébergé et sauvé des voisins tutsi de Kigali, dont plusieurs témoigneront début mars.

La cour ne devrait finalement pas entendre Georges Ruggiu, le seul non-Rwandais condamné par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). L'ex-animateur belge de la tristement célèbre Radio Mille Collines (RTLM), qui a croisé le capitaine durant cette période et devait déposer mercredi, a refusé de venir à la barre si l'audience ne se déroulait pas à huis-clos.

Une autre animatrice de la RTLM, Valérie Bemeriki, condamnée à perpétuité et détenue au Rwanda, témoignera par visio-conférence.

Arrêté pour trafic de faux papiers dans l'île française de Mayotte, Pascal Simbikangwa est jugé au titre de la "compétence universelle" conférée par des accords avec le TPIR, la justice française ayant refusé de l'extrader vers le Rwanda comme elle l'a jusqu'à présent toujours fait pour les suspects de génocide. Il risque la perpétuité. 

Le génocide au Rwanda a fait quelque 800.000 morts en 100 jours, principalement des Tutsi, ainsi que des Hutu modérés. 

Le procès est prévu jusqu'à mi-mars.

 

AFP

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