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Rwanda: au mémorial de Rubavu, la flamme du "souvenir" poursuit sa route

Le 7 avril 1994, quand le génocide contre les Tutsi a commencé au Rwanda, Innocent Kabanda se souvient que "des gens sont venus" prendre son père. "Ils ont aussi emmené mon grand frère. Je ne les ai jamais revus".

Les miliciens extrémistes hutu Interahamwe trompaient les Tutsi en leur promettant de les amener aux bureaux communaux de la petite ville de Rubavu, dans l'ouest du Rwanda, pour les protéger des massacres, raconte M. Kabanda, rescapé d'un génocide qui, selon l'ONU, a fait au moins 800.000 morts, essentiellement parmi la communauté tutsi, entre avril et juillet 1994.

En réalité, les miliciens transportaient les Tutsi jusqu'au cimetière de la ville, où ils les tuaient et les jetaient dans des fosses communes.

Devenu lieu de mémoire, le cimetière a depuis pris le nom de "Commune rouge", en référence au sang qui a coulé. Quelque 5.000 victimes y reposent.

Jeudi, le jeune homme de 33 ans, devenu responsable local de l'association de rescapés Ibuka, s'exprime devant des centaines de personnes à Rubavu, autrefois appelée Gisenyi, à l'occasion du passage de la "flamme du souvenir", qui transite par les lieux les plus symboliques du génocide depuis début janvier.

Pendant plus de deux heures, les témoignages vont se succéder. Des auteurs de tueries s'expriment aussi.

"Je viens d'une famille mixte, mon père était hutu et ma mère tutsi", raconte Ibrahim Ndayambaje. "Les Interahamwe me disaient: +Tu as du sang de Tutsi en toi, pour être sauvé, tu dois venir tuer les gens avec nous+".

Ce quadragénaire a été condamné en 1995 à 14 ans de prison. Il dit avoir été libéré en 2001 à la faveur d'une grâce présidentielle.

"J'ai vu tout ce qui s'est passé pendant le génocide, les massacre des Tutsi", poursuit-il. "Venir ici et raconter, c'est ma contribution à la reconstruction de ma nation".

La flamme du "souvenir" symbolise, selon les organisateurs de son parcours, "la résilience et le courage des Rwandais durant ces 20 dernières années".

Elle est partie du mémorial de Gisozi, à Kigali, le 7 janvier. L'événement avait alors marqué le début des commémorations du génocide perpétré il y a tout juste 20 ans dans le petit pays d'Afrique des Grands Lacs.

 

- "Signe d'espérance" -

 

A Rubavu, l'arrivée de la flamme a attiré une foule d'habitants et d'officiels. Pour l'occasion, les magasins ont fermé.

Portée par un jeune homme et une jeune fille âgés de 20 ans et vêtus de vastes drapés gris et blanc, des "umushanana", les tenues traditionnelles rwandaises, la flamme a été déposée dans une amphore à côté du mémorial de la "Commune rouge".

"Les habitants sont très intéressés" par la cérémonie, estime Irène Niyitanga, l'un des organisateurs. Il reconnaît que les autorités ont "mobilisé" la population, tout en assurant que personne n'a été "forcé" à venir.

Cette cérémonie est "importante car elle éduque les jeunes pour qu'ils ne commettent pas les mêmes erreurs que leurs aînés", dit dans la foule Théogène Dusabirema.

"Voir cette flamme (...) me permet de rendre hommage aux personnes qui ont été tuées", poursuit ce survivant de 34 ans, qui a perdu tous les membres de sa famille dans les massacres.

Après le génocide, "ça a été très dur de me reconstruire, je n'avais nulle part où aller", poursuit-il. Mais il affirme que le temps a fait son travail et s'être désormais "réconcilié" avec les familles qui ont tué ses proches.

"Cette flamme est un signe d'espérance", renchérit Patrice, 65 ans. Elle "nous montre que ceux qui ont planifié le génocide ne viendront plus nous tromper" tandis que "l'entente entre la population s'améliore visiblement", se réjouit-il.

A Rubavu a aussi été rendu un hommage aux victimes de massacres antérieurs au génocide de 1994 - des tueries perpétrées dès 1991 contre les Bagogwe, d'anciens pasteurs nomades de la région apparentés aux Tutsi, et considérées comme un prélude au génocide.

La flamme du souvenir est aujourd'hui à mi-parcours. Avant de revenir à Kigali, elle doit avoir fait le tour des 30 districts du pays. S'ouvrira alors, le 7 avril, une période de deuil national.

AFP

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