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Karima «Ruby» El Mahroug pose à la discothèque Karma, à Milan, Italie, le 14 novembre 2010. REUTERS/Stringer/Files
Karima «Ruby» El Mahroug pose à la discothèque Karma, à Milan, Italie, le 14 novembre 2010. REUTERS/Stringer/Files

Ruby, l’escort girl qui décontenance le Maroc

A Casablanca, les médias veulent oublier l’origine marocaine de Ruby, la beauté qui fait vaciller Silvio Berlusconi. Et pour cause, l’opinion publique est très sensible à l’honneur de la femme marocaine.

Mise à jour du 22 octobre 2012: «Je n'ai jamais eu de rapports intimes avec Karima El Mahroug (alias Ruby). Je n'ai jamais exercé de pressions sur les fonctionnaires de la préfecture de police de Milan», a assuré Silvio Berlusconi, qui comparaissait pour la première fois devant les juges de son procès le 19 octobre à Milan, rapporte le site marocain Yabiladi

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Mise à jour du 26 avril 2012: «Berlusconi me donnait 47.000 euros par semaine. C'était fou pour moi, complètement fou», a déclaré Karima El Ma Karima El Mahroug alias Ruby. Une confidence obtenue par la police italienne dans les écoutes des conversations téléphoniques de la jeune marocaine avec une de ses amies.

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«Ruby, la Marrocchina». La presse italienne rappelle avec insistance le pays d’origine de celle qui fait trembler Silvio Berlusconi et son gouvernement. Mais au Maroc, son histoire ne déchaîne pas les passions. Ses frasques sexuelles avec Il Cavaliere ont bien sûr fait les choux gras de la presse people qui a souligné les ravages de «son charme mauresque», faisant souvent le parallèle avec Zahia, l’autre maghrébine qui avait fait tourner la tête des stars du football français.

Ses lèvres charnues, ses formes éloquentes, ses poses lascives, son sourire coquin ont été exposés à longueur de tabloïds. L’histoire aussi de cette fille du peuple, née en 1992 à Fquih Ben Saleh, une bourgade rurale connue pour l’immigration massive de ses habitants vers les cieux plus cléments de l’Italie.

Lorsque le Guardian a révélé la véritable identité de la jeune Karima El Mahroug alias Ruby, les quelques journaux qui ont relaté son parcours chaotique de sa ville natale jusqu’aux villas luxueuses de la jet-set italienne ont surtout souligné la déshérence de ces filles de joie qui comme elle, quittent leur patrie à cause de la misère.

«Cette pauvreté, Karima veut l’éloigner de sa vie. Poursuivant le bonheur et la célébrité, elle s’enfuit de chez elle» relate avec empathie la presse. Et lorsque La Repubblica publie les photos de sa maison familiale, un édifice délabré à Letojanni, petite cité de la province de Messine en Sicile, c’est surtout de la compassion qu'éprouve la presse marocaine.

Et pour la dédouaner un peu, on parle des autres filles de l’écurie Berlusconi, en mettant l’accent sur le caractère à part de son origine étrangère:

«Avant Karima, il y a eu Noemi, Patrizia, Barbara, Nicole… Et toutes ont déclaré être intimes avec le Cavaliere. Mais Karima est spéciale: dans cette galerie de jeunes beautés dangereusement proches du septuagénaire Berlusconi, elle est la première étrangère qui a réussi à vraiment faire parler d'elle.»

Aucune leçon de morale, y compris dans la presse populiste ou conservatrice, ne vient entacher la sombre histoire de cette pauvre hère, présentée presque comme une Cendrillon. Mais lors d’un passage à la télévision italienne en janvier dernier, l’escort girl avait tenté d’émouvoir le public en expliquant qu'elle avait été opprimée dans sa jeunesse, violée par ses oncles à l’âge de 9 ans et mise à la porte par un père violent à 12 après avoir été aspergée d’eau bouillante parce qu’elle voulait se convertir au catholicisme.

La presse marocaine a pris alors ses distances avec cette jeune fille à la vie dissolue, refusant de souligner sa «marocanité». Karima est redevenue Ruby, une italienne à la lointaine origine marocaine.

Les prostituées marocaines sont légion au Moyen-Orient

Au Maroc, les histoires de prostitution de filles du pays à l’étranger, notamment dans les pays du Golfe, sont si récurrentes que le phénomène n’étonne plus personne. Mais à chaque fois qu’un scandale éclate à propos de ces réseaux, c’est de la «traite des blanches» dont on parle. Et lorsqu’il s’agit de tourisme sexuel, on parle plus volontiers de vice, de dépravation, et d’atteintes aux bonnes mœurs.

Une façon peut-être de minimiser un vrai phénomène de société: les prostituées marocaines sont légion au Moyen-Orient. D’ailleurs, des familles marocaines ont souvent essuyé un refus de visa des autorités saoudiennes à l’ambassade de Rabat parce que «les candidates sont jeunes, ou qu’elles veulent faire ce voyage pour une autre raison que la pèlerinage à La Mecque».

D’autres pays, tels que la Syrie ou la Jordanie, refoulent également aux frontières les jeunes femmes de moins de trente ans non accompagnées et sans motif professionnel de voyage. La presse a d’ailleurs rapporté l’anecdote d’une journaliste marocaine qui transitait par l’aéroport jordanien d’Amman, et à qui le douanier en service avait dit que c’était la première fois qu’il voyait passer une Marocaine qui exerçait un autre métier que le plus vieux du monde.

La décision des autorités consulaires saoudiennes a fait polémique auprès des internautes marocains. Certains ont appelé à ne plus se rendre à La Mecque, d’autres à imposer le visa aux ressortissants saoudiens voulant se rendre au Maroc ou encore de refuser l’entrée aux Saoudiennes dans le Royaume.

Défendre l'image de la femme marocaine

Si les origines de Ruby ne sont plus autant ressassées dans la presse, c’est aussi à cause du déshonneur ressenti par le grand public. Lorsque la télévision égyptienne et d’autres chaînes satellitaires arabes ont diffusé en plein Ramadan la série Déshonneur (!) où l’actrice Imane Chaker, Miss Maroc 2009, joue le rôle d’une call girl marocaine, l’opinion publique nationale s’est révoltée.

Indignée, l’Union de l’action féminine (UAF) est allée jusqu’à condamner dans un communiqué «ces campagnes qui ternissent l’image de la femme marocaine dans le monde arabe», appelant à ce que «la femme soit impliquée dans le processus de décision politique et à l’adoption d’une loi contre le trafic humain».

L’UAF, qui a qualifié certains feuilletons arabes «d’œuvres rétrogrades»  qui «ignorent les droits dont jouissent les femmes au Maroc», avait à l’occasion annoncé la création de «l’Observatoire marocain pour la promotion de l’image de la femme dans la presse», un organisme censé combattre les stéréotypes dont est souvent victime la femme marocaine.

Le site Internet du ministère de la Communication égyptien a même été piraté par un hacker marocain. A la suite de la controverse née de ce feuilleton, le président de la Fédération égyptienne de la radio et télévision, Oussama el-Cheikh, a ordonné un contrôle de toutes les séries diffusées sur les écrans égyptiens, afin de vérifier qu’elles ne «nuisent pas à l’image de la femme arabe en général». Mieux, l’actrice marocaine et la réalisatrice de la série, Chirine Adil, se sont excusées officiellement du préjudice porté par le feuilleton à l’image de la femme marocaine.

Autre exemple en août dernier, quand le Maroc s’est officiellement plaint auprès du Koweït de la diffusion des dessins animés Bouktada et Abou Nabil sur la chaîne satellitaire Al Watan. Ils auraient «porté atteinte à l’histoire et la culture du royaume et à la dignité de la femme marocaine», dépeinte comme une femme de mauvaise vie.

Rabat a obtenu des excuses officielles du ministère des Affaires étrangères koweïtien, qui a exprimé ses regrets et affirmé que cet incident n’affectera en aucun cas «le fond des relations fraternelles excellentes existant entre les deux pays».

Et lorsque l’affaire, comme celle de Ruby, ne crée pas de clash diplomatique, c’est l’honneur patriotique du pays que l’on tourne en dérision:

«On a envie de croire, pour notre part, que Ruby a fait cracher au bassinet le Rex Imperator Silvio sans même avoir eu à retirer sa petite culotte» écrit avec malice le chroniqueur de la revue TelQuel. «Car si Berlusconi a vraiment payé Ruby sur l’ongle, elle mériterait de figurer au Guinness Book des records pour la “non-passe” la plus chère du monde. On a vu déjà pire au Maroc: le plus grand drapeau de la terre, le plus grand couscous du globe, le plus grand tagine de l’univers. Des records sans influence sur le cours du monde, contrairement à Ruby».

Ali Amar

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Ali Amar

Ali Amar. Journaliste marocain, il a dirigé la rédaction du Journal hebdomadaire. Auteur de "Mohammed VI, le grand malentendu". Calmann-Lévy, 2009. Ouvrage interdit au Maroc.

Ses derniers articles: Patrick Ramaël, ce juge qui agace la Françafrique  Ce que Mohammed VI doit au maréchal Lyautey  Maroc: Le «jour du disparu», une fausse bonne idée 

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