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Le directeur de l'African Development Bank et le ministre tunisien Triki, à Tunis, le 19 septembre 2011. REUTERS/Zoubeir Souissi
Le directeur de l'African Development Bank et le ministre tunisien Triki, à Tunis, le 19 septembre 2011. REUTERS/Zoubeir Souissi

Je signe, donc je suis (un régime bienveillant)

La Guinée vient de ratifier le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires. Mais les plus puissants continuent à faire comme bon leur semble, et les autres signent pour se faire bien voir.

Dans une actualité riche en événements majeurs, à commencer par ce krach boursier rampant qui risque de précipiter une bonne partie de l’économie planétaire dans une profonde récession —pour ne pas parler de dépression—, une information africaine est pratiquement passée inaperçue. Il s’agit de la ratification par la Guinée du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (Tice). La belle affaire, a-t-on envie d’écrire.

Bien sûr, dans l’absolu, interdire l’usage de l’arme nucléaire est une excellente chose, et l’on peut saluer le fait que l’Afrique s’engage pour cela. A ce jour, seuls deux pays n'ont pas encore signé ce Traité (Maurice et la Somalie), tandis que onze l’ont signé, mais pas encore ratifié (ce qui est tout de même le plus important).

Il s’agit de l’Angola, du Tchad, des Comores, du Congo, de l’Égypte, de la Guinée équatoriale, de la Gambie, de la Guinée-Bissau, de Sao Tomé-et-Principe, du Swaziland et du Zimbabwe. Au total, 155 pays dans le monde ont ratifié le Tice, ce qui n’est pas le cas de nombre de grandes puissances nucléaires, officielles ou officieuses, dont la Chine, la République populaire démocratique de Corée, l'Inde, l'Indonésie, l'Iran, Israël, le Pakistan et les États-Unis.

Mais revenons à la Guinée et à sa ratification. Voilà typiquement le genre d’information qui obstrue les canaux médiatiques et à laquelle les grandes publications n’accorderont aucune attention. Il en va ainsi de milliers d’événements diplomatiques et institutionnels qui mobilisent néanmoins les agences de presse (surtout lorsqu’elles sont officielles) et auxquels sont consacrées de longues dépêches destinées, un jour peut-être, à être exploitées par quelques chercheurs ou thésards.

De façon générale, cette ratification, qui renforce, qu’on le veuille ou non, le camp des anti-essais nucléaires ne fera qu’illustrer le déséquilibre du monde. Que l’Afrique dans sa presque totalité s’engage pour interdire les essais atomiques ne changera pas la donne, pas plus qu’elle ne donnera mauvaise conscience aux non-signataires.

Comme dans tant d’autres domaines —on pense par exemple à l’interdiction des mines antipersonnel ou bien des bombes à sous-munitions— les plus puissants continueront à n’en faire qu’à leur tête et à ne pas tenir compte de ce que veut la majorité des pays membres de l’ONU. Voilà bien la réalité des relations internationales.

L'Egypte, un cas particulier

Dans le cas africain, l’affaire se complique avec l’Égypte. Ce pays a annoncé à plusieurs reprises qu’il ne ratifiera le Traité que le jour où Israël le fera. Ce n’est un secret pour personne que l’état hébreu dispose de l’arme atomique et l’Égypte (qui a renoncé au nucléaire militaire) veut tout de même se donner les moyens de pression sur ce dernier. C’est d’autant plus vrai que la question iranienne complique la donne.

Si, d’aventure, Téhéran se dotait de l’arme nucléaire, l’Égypte, puissance régionale sunnite, ne pourra pas rester les bras croisés. Printemps arabe ou pas, le gouvernement égyptien ne peut accepter de perdre sa prépondérance régionale, même si la Turquie et l’Arabie saoudite lui disputent ouvertement son leadership depuis plusieurs années déjà.

Signer plus pour déplaire moins

Mais il y a une autre manière d’appréhender la ratification guinéenne. Pour exister, pour se concilier les bonnes grâces de la communauté mondiale et notamment celles des grandes institutions, de nombreux pays africains se sentent obligés de signer un nombre incroyable de conventions internationales, qui vont de la protection de telle ou telle espèce animale à l’acception de telle ou telle nouvelle règle environnementale.

L’un des pays passé maître dans ce genre d’agitation diplomatique —laquelle n’est pas sans conséquence sur les budgets des États— a longtemps été la Tunisie.

Désireux de montrer sa bonne volonté et son ambition de participer à la bonne marche de la planète, le régime de Ben Ali a tout signé ou presque. Et c’est ainsi que son pays a reçu en janvier 2000 la «médaille d’or de la Confédération mondiale des activités subaquatiques, en reconnaissance pour ses efforts remarquables en matière de protection de l’environnement et du milieu naturel, ainsi que pour les résultats appréciables réalisés par la Tunisie dans ce domaine», dixit le rapport des droits de l’homme en Tunisie pour la période allant de 1987 (date de la prise de pouvoir de Ben Ali) à 2000. Un document réalisé par le Comité supérieur des droits de l’homme et des libertés fondamentales, dont on se demande ce que sont devenus ses membres, mais ça, c’est une autre histoire…

En réalité, ces engagements internationaux servent trop souvent à deux choses: d’abord, ils font oublier l’essentiel, c'est-à-dire le caractère non démocratique du pays signataire. Parapher un traité, aussi honorable soit-il, permet de se donner une légitimité à l’extérieur et de faire taire les critiques en provenance des organisations de défense des droits de la personne humaine.

Ensuite, c’est un outil essentiel en matière de communication interne, puisque cela représente un message du régime à destination de la population. En effet, cela revient à lui dire «vois comme j’ai un rôle reconnu sur le plan international. Inutile de te faire des illusions en espérant une pression de l’extérieur pour que j’accepte de partager le pouvoir».

Dernière précision qui montre les limites de cette stratégie: entre 2007 et fin 2011, la Libye a signé un nombre important de conventions internationales et autres traités. On connaît pourtant la suite des événements

Akram Belkaïd

Akram Belkaïd

Akram Belkaïd, journaliste indépendant, travaille avec Le Quotidien d'Oran, Afrique Magazine, Géo et Le Monde Diplomatique. Prépare un ouvrage sur le pétrole de l'Alberta (Carnets Nord). Dernier livre paru, Etre arabe aujourd'hui (Ed Carnets Nord), 2011.

Ses derniers articles: Le pays où le mensonge est la règle  Ces mots qui tuent le français  Le monde arabe à l'heure du Web 

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