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Procès Rwanda: la cour découvre une nouvelle facette de l'accusé

Gratte-papier compilateur de revues de presse ou partisan extrémiste du régime, doublé d'un censeur intimidant les journalistes ? Une nouvelle facette controversée de Pascal Simbikangwa, premier Rwandais jugé en France pour crimes liés au génocide, s'est dessinée devant la cour d'assises de Paris.

"Je faisais des revues de presse, pour signaler ce qui pouvait intéresser la sécurité nationale", explique l'accusé pour définir son travail au Service central de renseignement (SCR), où il a été affecté au département presse après qu'un accident l'a laissé paraplégique en 1986, forçant son départ de la garde présidentielle. "Mon rôle était la lecture des journaux, d'en faire des synthèses et de les transmettre à mon chef, mais ce n'était pas à moi de prendre des décisions".

Certains témoins ont une tout autre version, comme Samuel Nshimiyimana, dit Sam Gody, qui affirme avoir été enlevé en janvier 1992 par des inconnus en civil puis torturé par le capitaine Simbikangwa dans les locaux du SCR après avoir publié un article et une caricature critiques.

Pour lui, l'accusé menait en outre une activité de publiciste, finançant diverses publications favorables au pouvoir. "Il s'investissait beaucoup, surtout dans Kangura ("Réveillez-les", dénoncé comme un des médias de la haine, NDLR), où il écrivait beaucoup d'articles, ou plutôt d'opinions, avec des propos de haine". Non signés, doit-il admettre, mais reconnaissables au "style", assure-t-il.

Inventions, rétorque Pascal Simbikangwa, qui nie les sévices et reconnaît seulement avoir, au premier semestre 1992, fait paraître dix numéros d'un magazine, Umurava ("Détermination"), dont il se serait fait évincer par un collaborateur devenu par la suite un de ses principaux dénonciateurs.

 

- 'On m'avait tout dépouillé' -

 

Venance Munyazaki, employé à l'époque à l'imprimerie nationale à Kigali, affirme, lui, que l'accusé était un visiteur régulier des locaux. Pour y régler les factures d'impression, de Kangura ou Umurava notamment, "lui a-t-on dit", car le témoin n'en a pas connaissance directe, ne travaillant pas à l'encaissement. Ou pour "prendre les journaux avant parution", avant d'exiger parfois le retrait de tel ou tel article.

Ridicule, répond Pascal Simbikangwa. Pour entrer à l'imprimerie nationale, il fallait monter un escalier. Or il est cloué dans son fauteuil roulant. Pour le témoin, on lui descendait factures ou épreuves.

En avril 1992, les choses changent, au moins formellement. Après la formation d'un gouvernement de coalition, un directeur issu de l'opposition est nommé à la tête du SCR. Augustin Iyamuremye indique qu'une de ses premières décisions a été de "retirer la charge de la division presse" à Pascal Simbikangwa, qui "avait dans la presse une réputation de tortionnaire".

Sauf qu'il n'est pas certain que sa décision ait vraiment été suivie d'effet et que "sûrement il était encore en relation avec la présidence".

Pour l'accusé au contraire, avec l'arrivée du nouveau patron il s'est retrouvé "sur la touche, véritablement au chômage". "On m'avait tout dépouillé, par quel moyen j'aurais contrôlé les journaux?"

Venance Munyazaki, lui, assure qu'il a continué à hanter les locaux de l'imprimerie nationale, que "c'était un homme puissant, même s'il n'avait plus de pouvoir au SCR".

Pascal Simbikangwa s'insurge contre ces témoins à charge "qui viennent du Rwanda pour mentir, qui sont endoctrinés".

Mais pour un expert entendu par la cour, l'historien Jean-Pierre Chrétien, auteur du livre "Les médias du génocide", "de par ses fonctions et la logique du régime", Pascal Simbikangwa joue alors "un rôle d'intimidation des journalistes".

 

AFP

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