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Centrafrique:

Ils ne sont plus que quelques centaines, cantonnés de fait dans un camp de fortune où ils manquent de tout et craignent tout le monde. Les quelques musulmans qui vivent encore à Bossangoa n'attendent qu'une chose, la peur au ventre: fuir la Centrafrique.

Coiffé de son chèche noir et blanc, les traits marqués, Mango Jimé paraît plus que ses 58 ans avec sa barbichette grisonnante.

Il a deux femmes et douze enfants dont la plupart ont fui Bossangoa, à 250 km au nord-ouest de Bangui, il y a 15 jours à bord de camions escortés par des soldats tchadiens dépêchés par N'Djamena pour mettre à l'abri ses ressortissants et d'autres musulmans.

Direction un camp du HCR, le Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés, à Gore, au Tchad, à 225 km de là, de l'autre côté de la frontière.

"Les anti-balaka ont tout détruit, ils viennent tous les jours pour nous menacer, ils ont des armes", dit-il. Lui est né à Bossangoa et n'a jamais vécu ailleurs. "Mais s'il y a un camion, je pars", clame-t-il. "Je veux un camion vers le Tchad, vers le Cameroun, vers la sécurité".

Depuis des mois, les violences qui secouent Bossangoa ont coupé cette ville en deux, jetant dans les camps de déplacés des milliers de civils.

En décembre, ils étaient 40.000 chrétiens à camper à l'évêché pour fuir les exactions des Séléka, ces combattants pour la plupart musulmans qui avaient pris le pouvoir à Bangui en mars 2013.

A un kilomètre de là, de l'autre côté de la route, jusqu'à 7.000 musulmans s'étaient réfugiés à l'école Liberté, pour fuir les vengeances des milices anti-balaka majoritairement chrétiennes.

Depuis lors, beaucoup de chrétiens se sont réinstallés en ville. Le camp de l'évêché s'est un peu vidé mais 15.000 personnes y campent encore sous un bout de bâche.

Côté musulman, beaucoup ont fui le pays et on ne compte plus qu'un petit millier de déplacés terrorisés. Entre les deux communautés, la tension est au maximum et la "peur est totale", comme le dit le vicaire général de l'évêché, Frédéric Tonfio.

- Musulmans interdits de marché -

Les musulmans racontent que leurs maisons ont été brûlées et pillées, leur mosquée saccagée. Ils disent que les anti-balaka les empêchent de travailler sur le marché central qui vient de reprendre du service cette semaine après plusieurs mois d'inactivité.

"Nous sommes bloqués et menacés partout. Il n'y a pas un musulman qui peut se déplacer dans les quartiers ou même se rendre à l'hôpital", a expliqué l'imam du camp des musulmans à la patronne des affaires humanitaires de l'ONU, Valerie Amos, venue sur place jeudi.

"La situation est pénible, nous n'avons plus de quoi manger, on ne peut pas travailler, nous vous demandons de nous amener au Tchad", lui a dit le vieil imam.

"Aujourd'hui ils ont même empêché des marchandises d'arriver au camp. Nous n'avons plus de sucre, plus rien à manger", a dit la présidente du camp, Kadjidja, à la responsable onusienne.

En face, le vicaire décrit des chrétiens "sans maison" et pétris de "peurs". Peur des soldats tchadiens réputés proches des musulmans, des anti-balaka censés les protéger, "des (éleveurs musulmans) Peuls armés qui sont dans la brousse", dit-t-il.

- "Nettoyage basé sur la religion" -

"Ces derniers jours, une grande peur s'est installée à Bossangoa", regrette Seydou Camara, le coordinateur de l'Unicef dans la ville.

"Depuis que les camions tchadiens sont venus, les musulmans vivent dans une peur totale. Les chrétiens commencent à rentrer chez eux. C'est comme s'il y avait un nettoyage basé sur la religion, c'est ça la réalité", dit-il.

"Les musulmans ont été terrorisés et menacés. On les a empêchés de se déplacer jusqu'à ce qu'ils comprennent qu'il fallait qu'ils partent", raconte-t-il, ému.

Le 13 février, un pick-up rempli d'anti-balaka lourdement armés est arrivé en ville pour patrouiller. "Ils sont restés là depuis. Ce qu'ils font n'est pas clair mais ils ont des lance-roquettes", commente un humanitaire.

De son côté, Valerie Amos est ressortie de son déplacement à Bossangoa en se disant "choquée" par "les maisons brûlées, les habitants traumatisés, des civils innocents qui subissent de plein fouet les violences".

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