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Zimbabwe: le président Robert Mugabe fête ses 90 ans vendredi

Le président zimbabwéen Robert Mugabe, qui tient le pouvoir d'une main de fer depuis plus de 30 ans, souffle vendredi ses 90 bougies, se moquant des rumeurs qui le disent atteint d'un cancer de la prostate.

"Je ne sais pas comment j'ai vécu aussi longtemps. C'est la volonté de Dieu", dit ce catholique pratiquant, plus vieux chef d'Etat africain. 

Jamais les spéculations sur sa santé n'ont été confirmées. Et lui-même explique ses fréquents bilans médicaux à Singapour par le traitement d'une cataracte.

Dans son pays, ses partisans musèlent et harcèlent l'opposition depuis des années. Et malgré une politique économique qui a ruiné le Zimbabwe, il a été réélu en 2013 pour un nouveau mandat de cinq ans. Ses adversaires, confortés par certains observateurs indépendants, assurent qu'il a triché.

Lui, fermement accroché à son siège, a fait voter après les élections une nouvelle constitution qui pourrait lui permettre de rester au pouvoir jusqu'à... 99 ans.  

Né le 21 février 1924 dans la mission catholique de Kutama, Mugabe a toujours été décrit comme un solitaire. Brillant élève, il a collectionné sept diplômes universitaires, dont un master en droit obtenu en prison.

Marxiste aux premières heures, il a découvert la politique à l'Université de Fort Hare, la seule ouverte aux Noirs dans l'Afrique du Sud de l'apartheid, où il a rencontré nombre des futurs dirigeants de la région.

Son métier, l'enseignement, l'a mené en Rhodésie du Nord (la Zambie actuelle), puis au Ghana fraîchement indépendant, dont le président panafricaniste Kwame Nkrumah a exercé sur lui une profonde influence.

Son aura, le vieux chef la tient encore de son engagement, très jeune, pour les indépendances en Afrique. Et de ses années de prison, entre 1964 et 1974. 

- La déchéance d'un héros africain -

Le Zimbabwe, qui s'appelle alors la Rhodésie du Sud, est une colonie britannique dont la minorité blanche, en rébellion contre Londres, va bientôt, en 1965, proclamer unilatéralement son indépendance, instaurant un système ségrégationniste.

Mugabe a 40 ans. Et un parcours semblable à certains égards à celui de Nelson Mandela, emprisonné, lui, par le régime de l'apartheid.

Libéré au bout de dix ans après avoir passé plusieurs diplômes en prison, le militant trouve refuge au Mozambique d'où il prend la tête d'une guérilla.

En 1980, l'accession à l'indépendance et ses efforts en faveur d'une réconciliation avec les anciens dirigeants rhodésiens blancs lui valent l'acclamation des foules dans son pays, et une admiration sans borne à l'étranger. 

C'est l'heure des accolades et des poignées de mains avec les dirigeants du monde entier. L'Occident fait mine d'oublier que les élections se déroulent dans un climat d'intimidation, sous la menace proférée par M. Mugabe d'une reprise de la guerre civile.

On encense alors ses réussites --réelles--, ses programmes de construction d'écoles, d'établissements de santé et de nouveaux logements pour la majorité noire auparavant marginalisée.

Pourtant, ce héros africain a la main lourde avec ses opposants. Une brutale répression s'abat dès 1982 sur la province du Matabeleland, terre des Ndebele acquise à son adversaire Joshua Nkomo. Le bilan des massacres est de 10.000 à 20.000 morts.

Le rejet occidental éclate avec les dérapages des années 2000. Mortifié par l'échec d'un référendum constitutionnel début 2000, Robert Mugabe décide de passer en force et fait saisir les domaines agricoles des grands propriétaires blancs. La présidentielle de 2002 donne lieu à des violences et des fraudes, les sanctions américaines et européennes tombent.

M. Mugabe rompt l'isolement en se tournant vers l'Asie et va continuer de séduire toute une partie du monde en tenant tête à l'Occident avec ses tirades anti-impérialistes et ses provocations.

On le compare à Hitler. Il s'en moque. On lui reproche sa législation homophobe, il traite les homosexuels de "pires que des chiens ou des cochons".

C'est à cette époque que l'économie du pays s'effondre pan par pan. Et que les relations de Mugabe avec l'Occident tournent au vinaigre.

"Pourquoi imposer des sanctions? Pourquoi punir mon peuple? C'est parce que ces impérialistes veulent l'héritage", lance-t-il un jour, alors que le pays s'enfonce dans une crise sans précédent, accompagnée d'une hyper-inflation qui atteint 231 millions pour cent, d'un taux de chômage à 75%, de la ruine des services sociaux et d'industries autrefois florissantes.

La faute aux sanctions, selon M. Mugabe. La faute à sa mauvaise gestion et la corruption du régime, rétorque l'Occident.

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