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Sécurité fragile

Trois mois de traque musclée contre les "kuluna", des jeunes délinquants armés de machettes, ont permis de ramener la sécurité à Kinshasa, même si les habitants et la police craignent une résurgence de la criminalité faute de solution durable.

Le 15 novembre, la police avait lancé pour trois mois l'opération "likofi" (coup de poing, en lingala) pour neutraliser les "kuluna", tristement célèbres pour leurs agressions ciblant les habitants des nombreux quartiers pauvres de la capitale congolaise.

Depuis, les terrasses affichent complet et la musique bat son plein jusque tard la nuit. Dans les rues, on téléphone sans s'inquiéter d'un vol à l'arraché. "Les kuluna, c'est dans les oubliettes!", sourit Walter (les prénoms ont été changés), chauffeur de taxi.

"Les kuluna, c'est fini maintenant! Je peux rentrer tard chez moi sans crainte!" se réjouit Barbara, une assistante de direction qui dormait systématiquement chez une amie après une nuit en boîte, de peur de croiser les bandits de sa rue.

Les exactions des kuluna sont parfois mortelles. Benoît, un étudiant de 23 ans, a survecu. Il a été agressé en mai par un kuluna à qui il n'avait pas pu donner d'argent. "Il a sorti sa machette et m'a coupé au bras", raconte le jeune homme, dont le coude gauche porte la trace d'une longue cicatrice.

Son opération a déjà coûté 2.000 dollars et il en faut encore 350 pour retirer les vis. Astronomique dans un pays où, selon la Banque mondiale, deux tiers des quelque 68 millions d'habitants vivent avec moins de 1,25 dollar par jour.

Dans les rangs des kuluna, se trouvent aussi des fils et filles de militaires ou policiers. Certains ont été instrumentalisés par des hommes politiques pour intimider les partisans de leurs adversaires. 

"Ce phénomène a pris de l'ampleur" car "c'est comme s'il n'y avait pas d'Etat", avait résumé fin novembre le colonel Pierrot Mwanamputu, chef de l'information de la police, justifiant l'opération likofi.

- Exécutions ou légitime défense ? -

Les policiers, le plus souvent armés de kalachnikov, ont interpellé 903 personnes entre le 15 novembre et le 6 février. 474 ont été déférées au parquet et 147 mineurs déférés devant le juge pour mineur, a énuméré le colonel.

Sur ces 903 personnes, a-t-il ajouté, on compte 12 policiers et 5 militaires ayant profité de l'opération likofi pour dépouiller des citoyens. 

"Maintenant, il n'y a plus de kuluna vers chez moi, mais les policiers les ont remplacés!", peste Barbara.

Des procès ont eu lieu en public devant des centaines de curieux. Dans d'autres cas, des témoins affirment que des kulunas ont été sommairement exécutés. L'Unicef, la Mission de l'ONU (Monusco), l'Eglise catholique et des ONG des droits de l'Homme ont vivement protesté et réclamé des enquêtes.

"Des policiers et autres agents de sécurité non identifiés ont été mobilisés (par les autorités) en vue de traquer, arrêter, torturer et parfois exécuter en public" les kuluna, avait accusé fin novembre le Réseau national des ONG des droits de l'Homme, estimant les victimes à "plusieurs dizaines".

Le colonel Mwanamputu a démenti les exécutions et parlé de quatre kuluna tués par des policiers en état de "légitime défense". 

Pourtant, de nombreux Kinois excédés plaident ouvertement pour "la peine capitale" et l'"extermination" des délinquants qui, par le passé, étaient relâchés peu de temps après leur arrestation.

- Des kulunas reprennent leur "sale besogne" -

Mais force est de constater que l'accalmie est "relative" et "volatile", résume Jonas Tshiombela, président de la Nouvelle Société Civile Congolaise, qui rassemble des associations et syndicats. 

La police reconnaît un regain d'insécurité dans l'est de Kinshasa. "Depuis 15 jours, les gens des quartiers nous appellent pour nous signaler que les grands kuluna qui avaient fui sont de retour et qu'ils ont recommencé leur sale besogne", confie le colonel Mwanamputu.

Il l'explique par un "relâchement" des policiers en raison de problèmes logistiques (défaut de carburant, notamment) et de "motivation des hommes" (manque de nourriture...). Ces problèmes réglés, la police a prolongé l'opération jusqu'au 10 mars.

Mais pour en finir une fois pour toutes avec eux, le colonel Mwanamputu espère qu'un budget spécifique sera un jour alloué à la traque des délinquants. Pour résoudre le problème à long terme, plaide M. Tshiombela, "il faut les rééduquer, leur apprendre un métier, leur donner un emploi".

En marge de l'opération likofi, des dizaines de kuluna se sont rendus d'eux-mêmes aux autorités, espérant ne pas finir en prison et bénéficier d'une réinsertion.

Dans le passé, le gouvernement et des associations ont déjà tenté de leur apprendre un métier, mais souvent sans grand succès, faute de moyens, et de volonté des délinquants. 

AFP

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