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RDC:

"Dès qu'on entre au Congo, on peut arrêter de faire des projets": bloqué depuis plus d'une semaine à la frontière entre la République démocratique du Congo et la Zambie, Misheck Savamhu prend la situation avec philosophie.

Comme lui, des centaines de chauffeurs routiers attendent à Kasumbalesa sous une chaleur accablante, dans une atmosphère saturée de poussière et de gaz d'échappement. La file ininterrompue des camions à l'arrêt s'étend sur plus de cinq kilomètres.

Le poste-frontière de Kasumbalesa est vital pour la RDC. C'est la première porte de sortie de la production minière du Katanga (province enclavée du Sud-Est du pays), indispensable aux recettes de l'Etat. Mais pour ceux qui doivent le passer, c'est un parcours du combattant, parfois mortel, en dépit des efforts des autorités pour faciliter les choses.

Le 6 février, un chauffeur zambien y a été abattu par un policier congolais qui cherchait à le rançonner. En représailles, de l'autre côté de la frontière, on a commencé à chasser les Congolais. Un homme a été tué. Il était Zimbabwéen.

La frontière a été fermée une journée mais les perturbations se font encore sentir une semaine après les faits. Un policier explique qu'ils ne sont que quatre pour assurer la bonne circulation des semi-remorques et porte-conteneurs en attente.

Nombre de ces véhicules sont entrés avec des équipements ou du ravitaillement venu d'Afrique australe ou d'Asie à destination des compagnies minières, et s'apprêtent à repartir chargés de minerai, du cuivre surtout.

 

- 'Les policiers sont terribles' -

 

M. Savamhu rentre en Afrique du Sud. De sa cabine, il raconte les tracasseries du voyage, documents à l'appui.

Sa cargaison de cobalt a été chargée près de trois semaines plus tôt. Avec les différentes formalités administratives, qui imposent parfois plusieurs jours d'arrêt, il lui a fallu une dizaine de jours pour parcourir les quelque 400 kilomètres qui le séparaient de Kasumbalesa.

D'habitude, il faut compter 24 heures pour passer la frontière, donc une nuit sur place pendant laquelle il convient de ne pas dormir si l'on ne veut pas se faire dérober sa cargaison ou ses effets personnels par des habitants, souvent jeunes et démunis de tout, racontent plusieurs chauffeurs.

Quand on est bloqué depuis plus d'une semaine et qu'on a veillé toutes ces nuits, la fatigue se fait sentir. Et pas question de compter sur les forces de l'ordre. "Les policiers sont terribles", assure Ally Mwachula, conducteur tanzanien, qui les voit plus comme une menace qu'autre chose.

En sens inverse, un vieil homme pousse péniblement une bicyclette usée chargée de tomates, tandis que les haut-parleurs des bars crachent une musique saturée. Comme tant d'autres, il est parti chercher en Zambie les primeurs qui seront vendus dans la ville.

Dans la file d'attente, deux Tanzaniens racontent leur errance kafkaïenne pendant trois semaines à courir d'un organisme de contrôle à une autorité de vérification - avec autant de demandes de bakchich que de bureaux visités - pour obtenir les permis leur permettant de sortir leur cargaison du pays... jusqu'à se retrouver avec un visa expiré.

Ces soucis relativisent l'amélioration qu'a constituée l'instauration du "guichet unique" permettant depuis quelques années de régler en un seul endroit toutes les taxes dues aux différentes agences de l'Etat congolais.

S'étirant des deux côtés de la route, les petites échoppes colorées montent jusqu'au grand bâtiment de la douane, moderne et informatisé, où s'affairent de nombreux commis chargés de régler les dernières formalités de passage.

"Il n'y a pas de boulot, on se débrouille comme ça", explique Diadia Ilunga, 25 ans, qui dit toucher une rémunération au forfait: 20 dollars par véhicule.

Près de lui vaquent de nombreux hommes désoeuvrés. Le passage des camions chargés de minerais renforce la rancoeur à l'idée que le pays - un des plus pauvres au monde en dépit de ses immenses ressources naturelles - est pillé au profit des étrangers et d'une caste de privilégiés congolais, scandale dénoncé depuis des années.

"Ca fait mal au coeur de voir partir le minerai. Combien de Congolais ont un travail face à cette situation ?" dit un homme, "nous risquons un jour de nous révolter".

 

 

 

AFP

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