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Un groupe de danseurs zoulous / AFP
Un groupe de danseurs zoulous / AFP

Afrique du Sud: les peaux de léopard des Zoulous seront désormais synthétiques

L'objectif est de protéger l'environnement et d'éviter la disparition de ces félins.

Qui aurait pensé que les fiers Zoulous pourraient troquer leurs peaux de léopard contre du synthétique? C'est le pari fou d'un groupe d'écologistes qui a entrepris de convertir l'Eglise Shembe, une communauté dont l'appétit pour les fourrures fait le bonheur des braconniers.

Les célébrations de la communauté Shembe —officiellement «Eglise baptiste de Nazareth»—, qui rassemblent des dizaines de milliers de personnes sur une colline sacrée près de Durban, culminent avec des danses rituelles, lentes et saccadées, qui confinent à la transe.

«C'est notre façon d'adorer Dieu», explique Lizwi Ncwane, porte-parole de cette Eglise qui mêle racines bibliques et zouloues, et revendique plus de 5 millions de fidèles.

«Nous l'adorons à travers des prières et des danses.»

Ce sont les hommes qui mènent la danse. Mais pour participer, il faut pouvoir s'offrir la tenue d'apparat, qui se compose notamment d'un pagne en queues de singes ou de genettes, d'une ceinture en léopard, d'un couvre-chef garni de plumes d'autruches (souvent colorées) et surtout d'une sorte de cape portée sur le torse nu, de préférence en peau de léopard.

«La peau de léopard a de l'importance, elle symbolise le pouvoir», souligne Lizwi Ncwane.

«C'est comme être le roi», ajoute Sphiwe Cele, un mineur d'eMalahleni (nord-est), rappelant que ces peaux étaient à l'origine l'apanage de la famille royale et des notables. 

«Bien sûr, nous ne sommes pas le roi des Zoulous, mais (le fondateur de l'Eglise) Shembe a dit que nous étions les rois chez nous. Alors il faut porter ça pour aller aux rassemblements traditionnels.»

Il a acheté sa peau de léopard le mois dernier pour 4.500 rands (300 euros). Elle a été obtenue avec un permis de chasse dans une réserve sud-africaine, affirme-t-il.

Fabriquée en Chine

Pour Guy Balme, qui s'occupe des léopards à l'association américaine de défense des félins Panthera, c'est totalement impossible: les quelques permis délivrés vont à des chasseurs étrangers qui pour rien au monde n'abandonneraient leurs trophées.

«Tout ce que vous voyez ici est totalement illégal», dit-il devant les entêtantes figures des danseurs, au son des tambours et des vuvuzelas. «C'est la plus grande exposition sur terre de contrebande d'animaux sauvages!».

Les peaux sont braconnées en Afrique du Sud, au Mozambique, au Zimbabwe ou au Malawi, selon lui.

«Ce commerce illégal des peaux menace dangereusement les léopards», s'inquiète Tristan Dickerson, un zoologiste travaillant pour l'ONG. D'où l'idée de convertir les fidèles Shembe au synthétique. 

«Ce que j'ai réalisé, c'est que beaucoup de gens portaient déjà de fausses fourrures de léopard qui ne semblent pas très réalistes», raconte-t-il, pointant les plus pauvres des danseurs qui se contentent de peaux de vaches ou d'impalas où ont été peintes les taches caractéristiques du pelage du félin. 

«Alors je me suis dit que si j'arrivais à mettre au point une version réaliste, je pourrais la proposer à l'Eglise.»

Après quatre ans d'efforts, il a enfin réussi à convaincre la hiérarchie de l'Eglise zouloue d'accepter une fausse peau spécialement fabriquée en Chine. 

«Nous voyons qu'il est important de préserver le félin» (le léopard), convient le porte-parole des Shembe Lizwi Ncwane. Montrant désormais l'exemple lui-même, il estime que de 60 à 70% des danseurs auront abandonné les peaux véritables d'ici deux ans.

Panthera doit distribuer 6.000 capes —assemblées à Durban— d'ici la mi-2014. Un tiers d'entre elles ont déjà trouvé preneur, et le synthétique côtoie désormais le vrai léopard, le guépard, le serval ou l'impala sur les épaules des danseurs.

«C'est devenu une sorte de tendance», s'amuse John Smith, un volontaire zoulouphone de l'ONG qui fait la liaison avec les fidèles. Au début pourtant, certains étaient très grossiers, et me disaient qu'ils n'avaient pas besoin de ces couvertures sans intérêt!»

Tristan Dickerson s'intéresse maintenant à l'avenir de ce qui est en train de devenir une petite entreprise. Au-delà de la phase de don actuelle, il souhaite vendre ses fausses peaux. D'abord à prix coûtant, 250 rands (17 euros), à l'Eglise, qui les revendrait le double à ses ouailles.

Le synthétique sera de toute façon bien moins cher que la fourrure véritable. Et le zoologue envisage aussi de fabriquer des pagnes, des bracelets ou des ceintures, la parure complète coûtant actuellement de 10.000 à 15.000 rands (700 à 1.000 euros), une sacrée somme pour la majorité des fidèles.

Et ensuite, sourit-il, pourquoi ne pas vendre aussi ces parures à des touristes en mal d'exotisme?

Slate Afrique avec AFP

Slate Afrique avec AFP

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