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Soudan du Sud:

D'innombrables vautours tournoient dans le ciel bas de la ville fantôme de Bor, au Soudan du Sud, où des milliers de cadavres attendent encore une sépulture.

Certains gisent encore là où ils sont tombés, en décembre. 

Leurs membres se sont racornis sous un soleil de plomb, découvrant des os desséchés et tordus comme du bois de chauffage.

Les affrontements ont commencé mi-décembre dans la capitale Juba, à 200 kilomètres au sud de Bor, la capitale de l'Etat du Jonglei (est). Le conflit entre les forces du président Salva Kiir et celles de son rival, l'ancien vice-président Riek Machar, s'est rapidement étendu à Bor, y ravivant de vieilles tensions ethniques et politiques et faisant d'innombrables morts.

Mais un homme est bien décidé compter les victimes, malgré l'odeur pestilentielle et la tâche titanesque que représente l'inhumation de milliers de morts, selon les estimations de responsables locaux et de l'ONU.

"J'ai été malade pendant trois jours, mais je ne pouvais pas m'arrêter. Je ne pouvais pas laisser les corps", raconte Michael Mayen, un avocat spécialisé dans les droits de l'Homme qui a entrepris d'enterrer autant de morts que possible. 

"Nous devons honorer notre peuple. Nous devons les enterrer", dit-il.

Equipé seulement d'un gant en coton blanc et de bottes en caoutchouc, Michael Mayen évacue les cadavres des rues de Bor, les soustrayant aux crocs des chiens et aux becs des rapaces.

"Nous avons commencé à ramasser les corps le 27 janvier et nous en avons jusqu'à présent collecté 2.007", dit-il près d'un endroit où 134 personnes viennent d'être enterrées.

D'autres sacs blancs contenant des corps --certains tout petits-- s'alignent encore le long des rues. 

Lorsqu'on les déplace, ils dégagent une odeur tellement épouvantable qu'un habitant, Joseph Mabyei, avale à la hâte une poignée d'herbes arrachées du sol, crache et emprunte un autre chemin pour se rendre à un point d'eau.

"J'ai senti les corps et j'ai pleuré", dit Joseph, qui a perdu trente proches dans les combats.

 

- La guerre continue, les preuves disparaissent -

 

Selon le gouverneur de l'Etat du Jonglei, Aquilla Lam, "60% peut-être de Bor a été nettoyé". "Nous n'avons pas d'équipement. Nous n'avons pas de voitures", déplore-t-il.

Pour l'instant, il veut avant tout chasser les forces rebelles de Machar qui combattent toujours dans trois des dix Etats du Soudan du Sud, en dépit du cessez-le-feu conclu le 23 janvier et des pourparlers de paix toujours en cours en Ethiopie. 

"Nous devons battre nos ennemis, les enterrer et nettoyer notre ville", affirme-t-il.

Des équipes recherchent les corps, maison par maison, mais pour l'instant, elles n'ont pu inspecter que la ville-même et un endroit situé à cinq kilomètre de Bor, explique Agot Alier, responsable du comté de Bor.

Michael Mayen a photographié les corps susceptibles d'être identifiés par les proches des victimes qui ont fui les attaques successives de la ville par l'armée et les rebelles.

Mais de nombreux cadavres, calcinés, ne sont plus guère qu'un petit tas de cendres abandonné devant des huttes carbonisées où seules les structures métalliques d'un lit rappellent qu'un jour, il y avait une vie dans cet endroit.

L'ONG Human Rights Watch (HRW) a demandé à la mission de maintien de la paix de l'ONU au Soudan du Sud et à l'Union africaine d'ouvrir une enquête sur les massacres commis dans le pays et de publier des informations sur les exactions avant que les preuves ne disparaissent.

"La lenteur des deux institutions envoie un mauvais signal", laissant croire que  les crimes commis vont rester impunis, regrette Skye Wheeler, chercheuse pour HRW au Soudan du Sud.

"Les preuves disparaissent au fur et à mesure que les voisins enterrent leurs morts dans des tombes anonymes et que les douilles sont jetées", déplore-t-elle. 

- Une odeur de la mort persistante -

 

"Ces preuves doivent être rassemblées maintenant, il faut par exemple photographier les morts à Bor et archiver correctement les informations pour aider à établir les faits".

Dans une église où 20 personnes dont six femmes prêtres ont été tuées, le révérend Thomas Kur explique qu'il ne parvient pas à venir à bout de l'odeur de mort persistante, bien que le sol ait été lavé à fond.

"Il y a encore de nombreux morts alentour", souligne-t-il.

Avec quelques autres personnes, il assiste aux enterrements collectifs organisés alors que les habitants reviennent progressivement à Bor.

Mary Aru, une mère de quatre enfants, a quitté la brousse où elle s'est réfugiée pour passer la journée à Bor, dans l'espoir de sauver quelques biens.

"La maison tout entière a été détruite. Ils ont volé les lits, tout. Tout ce que nous avons trouvé, c'est quelques vêtements", raconte-t-elle.

Levant les yeux vers les rapaces qui tournoient dans le ciel, elle s'interroge: "je ne sais pas si ils vont me manger ou pas".

AFP

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