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Procès Rwanda: une semaine consacrée aux années d'avant génocide

Après deux semaines consacrées à dresser un portrait de l'accusé et de l'histoire du Rwanda, le procès de Pascal Simbikangwa, premier Rwandais jugé en France pour le génocide de 1994, va aborder son parcours dans les années précédant le drame.

Pendant cette semaine réduite à quatre jours d'audience, jusqu'à jeudi, la cour d'assises de Paris entendra des témoins pour retracer la vie et les actions du capitaine Simbikangwa après l'accident qui mit fin, en 1986, à sa carrière dans la garde présidentielle rwandaise, le clouant dans un fauteuil roulant.

Déposeront ainsi plusieurs membres ou responsables des services de renseignement militaire et du Service central de renseignement (SCR), où l'accusé fut successivement affecté.

Témoignera notamment Anatole Nsengiyumva, ancien patron du "bureau G2", le renseignement militaire, puis commandant du secteur de Gisenyi (nord-ouest du Rwanda), région d'origine de Pascal Simbikangwa comme des principaux hiérarques du régime du président hutu Juvénal Habyarimana, dont l'assassinat fut l'événement déclencheur du génocide. L'accusé est notamment accusé d'y avoir fait parvenir des armes pour les miliciens qui participaient aux massacres. Le lieutenant-colonel  Nsengiyumva, condamné par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), témoignera par visioconférence depuis Arusha (Tanzanie).

La cour entendra également un journaliste qui affirme avoir été arrêté début 1992, après avoir écrit que le capitaine Simbikangwa faisait partie des escadrons de la mort du régime hutu, et battu sur la plante des pieds par l'accusé dans des locaux dépendant de la présidence. Des accusations de torture contre l'accusé ont été jugées prescrites.

      Un article anti-Tutsi?

Deux employés d'imprimerie déposeront également sur un point très controversé: un article présenté comme violemment anti-Tutsi et attribué à l'accusé, et qui, ayant été jugé trop incendiaire, aurait eu comme conséquence l'envoi au pilon de tous les exemplaires du journal dans lequel il devait être publié. Pascal Simbikangwa nie en bloc cet épisode, comme il dément toutes les accusations contre lui.

Car s'il revendique sa proximité avec le régime du président Habyarimana, qu'il considérait comme son "père de famille", le capitaine Simbikangwa, accusé de complicité de génocide, nie toute implication dans la préparation ou le déroulement des massacres qui firent 800.000 morts en 100 jours, d'avril à juillet 1994, essentiellement parmi les Tutsi.

Attentif et volubile, mais noyant souvent les questions directes sous une foule de détails annexes, il défend les thèses classiques des partisans du régime génocidaire, rejetant la responsabilité politique de la tragédie sur l'opposition hutu et la rébellion tutsi et défendant la thèse d'un "double génocide" - génocide tutsi suivi d'un génocide hutu - considérée comme négationniste par nombre d'historiens.

Arrêté pour trafic de faux papiers dans l'île française de Mayotte, Pascal Simbikangwa est jugé en France au titre de la "compétence universelle" conférée par des accords avec le TPIR, la justice française ayant refusé de l'extrader vers le Rwanda, comme elle l'a jusqu'à présent toujours fait pour les suspects de génocide.

Accusé d'avoir organisé des barrages, où étaient filtrés les Tutsi, et armé les miliciens qui les tenaient, à Kigali et dans la province de Gisenyi, il risque la perpétuité. Le procès est prévu jusqu'à mi-mars et abordera directement les faits qui lui sont reprochés à partir du 24 février.

AFP

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