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Des habitants de Berbérati, Centrafrique / AFP
Des habitants de Berbérati, Centrafrique / AFP

Centrafrique: À Berbérati, on n'en peut vraiment plus des anti-balaka

La deuxième ville centrafricaine, jusqu'ici paisible, est désormais sous le joug des miliciens.

Ils sont arrivés par vagues successives, d'abord un petit groupe, puis d'autres de plus en plus nombreux, de plus en plus violents: Berbérati, deuxième ville de Centrafrique, se dit aujourd'hui "envahie" par des miliciens anti-balaka, venus du nord-ouest du pays.

Située à plus de 600 km de mauvaise route au sud-est de Bangui, Berbérati est une grosse bourgade assoupie de 50.000 habitants, dont un tiers de musulmans, "jusqu'ici paisible" et "fière de sa tradition hospitalière", selon son maire Albert Nakombo.

Occupée pendant plus d'un an par les combattants de la Séléka, rébellion portée au pouvoir en mars 2013 à Bangui, Berbérati avait échappé aux exactions

Ils sont arrivés par vagues successives, d'abord un petit groupe, puis d'autres de plus en plus nombreux, de plus en plus violents: Berbérati, deuxième ville de Centrafrique, se dit aujourd'hui "envahie" par des miliciens anti-balaka, venus du nord-ouest du pays.

Située à plus de 600 km de mauvaise route au sud-est de Bangui, Berbérati est une grosse bourgade assoupie de 50.000 habitants, dont un tiers de musulmans, "jusqu'ici paisible" et "fière de sa tradition hospitalière", selon son maire Albert Nakombo.

Occupée pendant plus d'un an par les combattants de la Séléka, rébellion portée au pouvoir en mars 2013 à Bangui, Berbérati avait échappé aux exactions qui ont souvent accompagné leur départ fin janvier après la démission de leur chef, le président Michel Djotodia. "Ils étaient nombreux mais ils ont quitté la ville sans faire de dégâts. C'était un ouf pour nous", raconte le maire.

Quelques jours, plus tard, le samedi 8 février, un premier groupe anti-balaka est arrivé en ville. "Le phénomène n'avait jamais existé dans notre région", assure M. Nakombo. Créée au début des années 90 dans le nord-ouest du pays pour lutter contre les coupeurs de route, la milice anti-balaka (machette en langue sango), composée en majorité de chrétiens, a repris les armes l'été dernier se livrant à des représailles contre les civils musulmans, accusés de complicité avec la rébellion.

A Berbérati, ils sont d'abord arrivés par le nord, puis par l'est. "Ils étaient plusieurs centaines", affirme l'abbé Thomas Isaïe, curé de l'église Saint-Basile située dans le principal quartier musulman de la ville, Loumi.

"Le lundi, ont commencé les fouilles des maisons des musulmans. Je les ai empêchés de perquisitionner la mosquée, j'ai dit non, ici c'est sacré. Dans la journée, une autre vague est arrivée, armée, plus menaçante, plus vindicative et ils ont commencé les destructions systématiques". Selon l'abbé, une dizaine de musulmans ont été tués, d'autres habitants parlent de 15 morts.

"Ce qui s'est passé ici était planifié", affirme le maire. Parmi les miliciens, figuraient de nombreux militaires des Forces armées centrafricaines (FACA), défaits en mars par les rebelles, selon les témoignages des habitants.

Venus de la région de Bossangoa (nord-ouest) mais aussi du Cameroun, ils comptent parmi leurs chefs des partisans du président déchu François Bozizé, accuse Mamadou Achirou, un représentant de la communauté musulmane.

Prouver sa foi chrétienne

Dans l'enceinte de l'évêché, protégé par quelques éléments congolais de la force africaine Misca, plus de 500 musulmans sont aujourd'hui réfugiés. Le linge sèche sur l'herbe, les hommes discutent sous le frangipanier, des enfants rient au passage de soldats.

Ils ont été amenés là par l'abbé Isaïe qui dit qu'"il en arrive chaque jour" dans son église. "Il y a aussi beaucoup de chrétiens qui protègent des musulmans, les amènent à la paroisse ou les hébergent".

Mercredi, quelque 150 hussards parachutistes français sont arrivés dans la ville en "éclaireurs" avant le déploiement d'autres unités de la force française Sangaris et de la Misca. 

"La Sangaris est là mais il faut passer à l'acte!, dit le maire. Ces gens qui nous ont envahis se promènent en ville et narguent la population. Il faut stopper ça". "Ils disent maintenant qu'ils veulent collaborer avec les autorités, c'est faux, c'est de la diversion !", affirme l'abbé Isaïe, qui reconnaît toutefois que "le gros des anti-balaka" s'est replié hors de la ville à l'arrivée des soldats français même si, dit-il, "les pillages et les menaces contre les musulmans se poursuivent".

"Des paroissiens me demandent de leur faire des cartes de baptême pour prouver qu'ils sont chrétiens. Est-ce que nous allons tolérer ça ?", a-t-il demandé dimanche lors d'une réunion organisée en présence du commandant de l'opération Sangaris, le général Francisco Soriano.

Quelques minutes avant cette rencontre, une grenade avait explosé à l'entrée de Berbérati, faisant trois blessés graves. "Faites attention, a conseillé la soeur Bénédicte au général Soriano. Dans les quartiers, j'entends des jeunes désoeuvrés, des jeunes en souffrance, beaucoup sont pour les anti-balaka".

"Il faut que les populations comprennent que ces gens-là ne sont pas venus les protéger, ils sont là pour se servir et apporter le désastre, a répondu le commandant de l'opération Sangaris. Il faut qu'on les arrête. Les Séléka sont partis, il ne faut pas que d'autres viennent prendre leur place".

AFP

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