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Au Nigeria, le trafic de drogue en pleine expansion

Autrefois pays de transit, le Nigeria est désormais impliqué à tous les niveaux dans le trafic de drogue, une véritable bombe sécuritaire potentielle, prévient son agence anti-narcotiques (NDLEA), dépassée et sous-financée.

"Le Nigeria était un pays de transit de la drogue en 1990. Mais aujourd'hui, c'est un pays de transit, de stockage, de consommation et d'exportation de drogues. Nous exportons toutes les drogues", estime Femi Ajayi, le directeur général de la NDLEA, interrogé par l'AFP dans les locaux de l'agence à Lagos.

Selon le rapport mondial 2013 de l'ONU sur la drogue, l'Afrique occupe une place de plus en plus importante dans le trafic de drogue.

Au Nigeria, la consommation de cannabis dépasse la moyenne de 12,4% en vigueur en Afrique centrale et de l'Ouest, et le pays compte le plus grand nombre de saisies de haschich de la région.

Avec ses facilités de transport vers le reste du monde, le pays a longtemps été une plaque tournante du trafic de cocaïne et d'héroïne en provenance d'Amérique centrale et du Sud et d'Asie, et destinées au reste de l'Afrique et à l'Europe.

Mais selon M. Ajayi, le pays est désormais impliqué "à tous les niveaux dans le trafic de drogue".

La NDLEA communique beaucoup sur ses succès, notamment sur ses saisies dans les aéroports où les trafiquants utilisent des méthodes de plus en plus ingénieuses pour déjouer les contrôles.

Récemment, une grande-mère de 54 ans a été arrêtée à Abuja avec un kilogramme d'héroïne dissimulé dans ses cheveux et une veuve de 48 ans a été interpellée à Lagos après avoir avalé 66 sachets de méthamphétamines.

De la drogue a aussi été retrouvée dans du poulet frit, des boîtes de sardines, des sirops, de l'huile de palme ou des tapis.

Un haut responsable ayant requis l'anonymat a suggéré  que le financement actuel de la NDLEA était "largement insuffisant" pour lutter contre le trafic, au moment où il est nécessaire de former de nouveaux agents et d'investir dans du matériel de détection.

- Coupes budgétaires - 

Or le budget annuel de la NDLEA n'a cessé de baisser ces dernières années.

En 2011, l'agence comptait 3.200 employés et son budget était de 633 millions de naira (3,9 millions de dollars ou 2,8 millions d'euros).

En 2014, elle n'a touché que 441 millions de naira, bien que ses effectifs aient gonflé de 2.000 personnes et que les trafics n'aient cessé d'augmenter.

La culture du cannabis s'est ainsi étendue du Sud-Ouest vers les Etats pétrolifères d'Edo et du Delta (sud), de Kwara, Kogi et Benué (centre), et celui de Kebbi (nord-ouest).

Elle est considérée comme de plus en plus attractive et a conduit au déclin des cultures de cacao, caoutchouc, noix de cola, manioc, dolique ou ignames, précise M. Ajayi.

La NDLEA affirme avoir détruit 2.322 hectares de plantations de cannabis et 360 kg de drogues de toutes sortes en 2011-2012.

Et sur la seule année 2012, elle a saisi pour plus de 33 milliards de naira de drogues diverses (145,5 millions d'euros).

- 70 agents tués - 

Mais alors que leurs moyens diminuent, les agents sont confrontés à des caïds de plus organisés, se plaint l'agence antidrogue.

Au moins 70 agents de la NDLEA ont été tués dans le pays depuis 1990.

Selon un responsable du ministère de la justice ayant requis l'anonymat, si le budget de l'agence diminue, cela signifie que le Nigeria n'est "tout simplement pas sérieux" dans sa lutte contre la drogue. 

Et si les autorités n'y accordent pas plus de moyens, l'explosion du trafic de drogue pourrait devenir un vrai problème de sécurité intérieure dans le pays le plus peuplé d'Afrique, qui peine déjà à faire face à l'insurrection islamiste au Nord et à la criminalité dans le Sud pétrolifère, prévient M.Ajayi.

AFP

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