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Côte d'Ivoire: Emmanuel, 2 ans et demi, sort de prison pour sa première rentrée

Il n'a que 2 ans et demi mais il vit en prison avec sa mère. Emmanuel, petit Ivoirien apeuré, est sorti cette semaine de la grisaille pénitentiaire à l'air libre pour sa première rentrée scolaire.

Il partage son sort avec un petit nombre d'infortunés que leurs mamans, incarcérées aux quatre coins du monde, choisissent d'élever un temps derrière les barreaux avant de les confier à des parents ou à l'assistance publique.

En Afrique du Sud, les enfants peuvent rester aevc leur mère en prison jusqu'à l'âge de 2 ans, en France jusqu'à 18 mois. En Côte d'Ivoire, la limite est fixée à 3 ans.

Cinq détenues, sur les 130 pensionnaires femmes de la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (Maca), la plus grande prison du pays, ont fait ce choix. Pour autant d'enfants.

Lorsqu'Emmanuel sort mardi, le moment rappelle certains standards hollywoodiens: mirador, lourde porte d'entrée verte, militaires en armes et rangées de parents attendant l'heure de la visite.

Un détail tranche pourtant. Emmanuel, petit bout de chou vêtu de bleu, chaussé de minuscules sandales et portant un cartable à l'effigie d'un héro de manga, quitte les lieux blotti dans les bras d'une éducatrice spécialisée.

"Certains enfants, la première fois qu'ils sortent de prison, c'est pour l'accouchement. Ensuite, ils retournent à l'intérieur", observe Philomène Bonis, la vice-présidente de la Fondation Mireille Hanty qui soutient le projet.

Emmanuel, lui, a effectué ses premiers babils en enfant libre. Mais il vit depuis des mois à l'ombre des barbelés. Sa maman, accusée d'incendie involontaire, est en détention préventive à la Maca.

Son comportement s'en ressent. A l'extérieur, ses pleurs sont continus, ses grands yeux noirs baignés de larmes. Sa crainte paraît manifeste lorsqu'on l'assied dans le minibus de transport scolaire ou quand des adultes l'entourent.

Une attitude déjà constatée par Philomène Bonis. "En décembre, on a amené quelques enfants de la prison à un arbre de Noël. Ils étaient terrorisés. Beaucoup n'avaient jamais vu de voiture", raconte-t-elle.

Le quotidien carcéral n'a par définition rien d'épanouissant pour un petit. La Côte d'Ivoire, qui a connu une décennie de conflit close par des violences postélectorales en 2010-2011 ayant fait plus de 3.000 morts, connaît en outre un net surpeuplement de ses prisons.

La Maca, prévue pour 1.500 détenus, en accueille plus de 4.600. Les prisonniers "peuvent se retrouver à 20 par cellule", reconnaît le directeur du centre, Hincleban Koné.

Les 32 autres prisons du pays, qui reçoivent 5.400 prévenus et condamnés, sont moins confortables encore. "La Maca a été construite selon les standards en vigueur", remarque Hervé Yoro, de la direction de l'administration pénitentiaire. "Ailleurs, des entrepôts, des magasins, des maternités ont été transformés en prisons."

A la Maca, un bac à sable a été creusé à Noël dernier pour les tout petits et quelques jouets ont été distribués par des ONG.

"Mais la prison n'est pas un endroit pour faire garder un enfant", constate le directeur de la prison. Certaines mères refusent pourtant de confier leur progéniture à des parents, espérant une liberté provisoire, poursuit-il.

Emmanuel, après une demi-heure de trajet passée la tête dans la poitrine de l'éducatrice l'accompagnant, est entré dans sa nouvelle vie. Des dizaines d'élèves de maternelle lui ont fait ravaler ses larmes en chanson, cris et danses.

- "Emmanuel, il est comment?", lance la maîtresse.

- "Haut niveau! Haut niveau!", hurlent les enfants.

- "Emmanuel, il est comment?"

- "Il est foooort!"

"Pour moi, un enfant qui ne va pas à l'école, il est en prison. C'était une joie pour moi de l'accueillir", observe Marie-Louise Kamagaté, la directrice de l'école internationale Espoir des mamans de Yopougon, qui prend aussi en charge des orphelins.

Signe encourageant, Emmanuel "a commencé à se faire des amis. Il a même partagé son goûter", se réjouit-elle. La resocialisation s'annonce plutôt bien. Même s'il devra chaque jour être de retour à 16H00 à la Maca, pour la fermeture des cellules.

AFP

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