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Une patrouille des anti-balaka, Bangui / AFP
Une patrouille des anti-balaka, Bangui / AFP

Centrafrique: voyage dans la nébuleuse anti-balaka

Qui sont vraiment les anti-balaka? Qui est leur chef? Quelle est leur logique? Eclairages.

Les milices anti-balaka, myriade de groupes formés à l'origine de paysans chrétiens de l'ouest de la Centrafrique pour se défendre contre les exactions des combattants majoritairement musulmans de la Séléka, sont devenues en quelques mois une nébuleuse qui se caractérise par des crimes visant les civils muslulmans.

Mercredi, la nouvelle présidente de transition Catherine Samba Panza a promis de leur "faire la guerre", en dénonçant le dévoiement de leur combat originel, la protection de leurs villages et de leurs familles.

"Les anti-balaka (anti-machettes en langue nationale sango) ont perdu le sens de leur mission. Ce sont eux qui tuent, qui pillent, qui volent, est-ce que c'est normal?", s'est-elle interrogée lors d'une réunion publique, 48 heures après que le commandant de la force française Sangaris, le général Francisco Soriano, les eut qualifiés de "bandits" et de "principaux ennemis de la paix" en Centrafrique.

Les premiers groupes sont apparus fin août début septembre autour de Bossangoa (250 km au nord-ouest de Bangui). C'est la région d'origine de l'ancien président François Bozizé, renversé en mars 2013 par la coalition rebelle Séléka de Michel Djotodia, qui devient le premier président musulman du pays et qui est finalement contraint à démissionner le 10 janvier pour son incapacité à mettre fin aux tueries interreligieuses.

Après avoir subi pendant des mois viols, assassinats, vols, rackets, perpétrés par des combattants Séléka, des paysans et des villageois prennent les armes pour se défendre. Leur armement est sommaire: fusils de chasse artisanaux, arcs et flèches, machettes. Et se parent de gris-gris supposés les protéger. Ils sont également rejoints par d'anciens soldats de François Bozizé, avec leurs armes, fusils d'assaut, lance-roquettes, mortiers.

Cycle infernal

Très rapidement, par le jeu d'un cycle infernal de représailles et de contre-représailles, les civils - chrétiens et musulmans - deviennent les principales victimes des anti-balaka et des Séléka, entraînant des déplacements massifs de populations.

Très rapidement aussi, des groupes d'anti-balaka se créent dans tout l'ouest de la Centrafrique et s'implantent dans la capitale, dans des quartiers qui deviennent leurs fiefs, comme Boy-Rabe.

A Bangui comme en province, leur «combat» change de nature. Plus question d'auto-défense, il s'agit de s'en prendre aux civils musulmans - Centrafricains et étrangers - bien souvent pour des dépouiller.

Des escouades de pillards se mêlent aux anti-balaka.

Leur nombre exact est inconnu. Leur "chef d'état-major" auto-proclamé, Richard Bejouane, a affirmé avoir jeudi "les listes des anti-balaka, qui seraient 52.000 selon leurs dires, dont 12.000 à Bangui. En début de semaine, Patrice Edouard Ngaissona, qui se présente comme leur "coordonnateur politique" évaluait leur nombre à 70.000, dont plus de la moitié à Bangui.

Ces estimations sont jugées "farfelues" par des sources militaires qui mettent en doute l'existence même d'un réel commandement unifié.

"C'est qui les +anti-balaka+ ? Qui est leur chef ? Quel est leur message politique ? Quelle est leur chaîne de commandement?", déclarait lundi le général Soriano: "personne ne sait rien. C'est une nébuleuse, on est incapable de mettre un vrai visage".

Désormais, des chefs anti-balaka demandent à être cantonnés, première étape à l'intégration à un futur programme de Démobilisation, Désarmement, Réinsertion (DDR), avec à la clé une prise en charge financière, très recherchée dans un pays dévasté et parmi les plus pauvres du continent.

L'armée française a fermé la porte à cette éventualité. "Les cantonner, ce serait leur donner une légitimité qu'ils n'ont pas, ce serait leur donner la possibilité de devenir une force qu'ils ne sont pas au service d'un sombre dessein", selon le général Soriano.

AFP

 

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