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Le président sénégalais Abdoulaye Wade pendant une interview avec Reuters à Dakar, le 8 mars 2008. REUTERS/ Finbarr O'Reilly
Le président sénégalais Abdoulaye Wade pendant une interview avec Reuters à Dakar, le 8 mars 2008. REUTERS/ Finbarr O'Reilly

Après la chute de Ben Ali, l'Afrique noire redoute l'effet domino

Sur le continent africain, où l’on compte de nombreux régimes corrompus et autoritaires, des dirigeants redoutent un effet domino que pourrait entraîner la révolution tunisienne.

La Révolution du jasmin a balayé le régime de Ben Ali, qui s’est effondré comme un château de cartes, à la surprise générale. Cette chute brutale d’un dictateur n’a pas fini de produire des ondes de choc sur le continent africain. Et quand on sait que c’est dans cette partie du monde qu’on rencontre le plus grand nombre d’autocrates au mètre carré, l’on ne peut que s’en réjouir.

Le Maghreb craint la contagion

Les voisins immédiats de la Tunisie, qui se distinguent tous par des systèmes autoritaires et répressifs, redoutent plus que tout un effet domino qui pourraient emporter leurs régimes. Aussi, il n’est pas étonnant que le très ubuesque colonel Kadhafi, qui dirige d’une main de fer la Libye depuis 1969, se soit montré carrément déstabilisé par le coup de semonce tunisien. L’air hagard, le «Guide», dans une allocution télévisée surréaliste, s’est empressé d’apporter son soutien à son ex-collègue dictateur tunisien qu’il continue de reconnaître, sans rire, comme «le seul président légal de la Tunisie». Selon plusieurs sources, les services secrets libyens auraient même joué un grand rôle dans l’exfiltration de Ben Ali.

En Algérie, où des émeutes similaires à celles qui ont conduit à la chute du régime tunisien ont eu lieu, les autorités redoutent grandement une «contagion» qui pourrait emporter un système certes plus ouvert mais non moins corrompu, la clique militaro-affairiste au pouvoir depuis l’indépendance ayant fini de faire main basse sur les immenses richesses de ce pays. Et depuis, on assiste à une sorte d’épidémie d’immolations par le feu, geste désespéré d’un jeune marchand ambulant tunisien qui a servi d’étincelles à la désormais historique Révolution du jasmin.

L’Egypte, plus grand pays arabe du continent, n’est pas épargné par ces soubresauts. Plus que jamais, la question de la succession de Hosni Moubarak, indéfiniment réélu, se pose dans un pays en état d’urgence depuis 1981. Une figure respectée de la société civile égyptienne comme l’ancien chef de l’agence de l’énergie atomique Mohamed El Baradei a appelé ses concitoyens à s’inspirer de l’exemple tunisien pour réclamer plus de démocratie dans un pays où le jeu politique, sous le prétexte fallacieux de contrer «le péril islamiste» incarné par les Frères musulmans, reste hermétiquement verrouillé.

Ce vent de révolte qui souffle sur le Maghreb a produit aussi des conséquences en Afrique noire, où les satrapes ne manquent pas.

Le Sénégal se sent menacé

Au Sénégal, pourtant considéré pendant longtemps comme une démocratie exemplaire, avec l’alternance pacifique qui avait conduit Abdoulaye Wade au pouvoir, le cas Ben Ali a semé une véritable panique. Ayant sombré dans une dérive autoritaire, le président Abdoulaye Wade et ses partisans ont suivi de très près les évènements en cours à Tunis. Ainsi, selon le quotidien dakarois Kotch, en plein conseil des ministres, la situation «au pays de Bourguiba» a été évoquée.

Et la chute de Ben Ali a installé un véritable malaise. La Révolution du jasmin, que personne n’avait vue venir, inquiète les autorités à plus d’un titre. Elles n’en reviennent pas encore qu’un des régimes réputés être l’un des plus stables d’Afrique se soit écroulé aussi rapidement.

De même, le fait qu’un des appareils sécuritaires les plus perfectionnés au monde ne soit pas parvenu à réprimer les émeutes ne rassure pas le président Wade. Il a donné des instructions fermes pour la baisse des prix des denrées de première nécessité et le règlement dans les meilleurs délais du problème de l’électricité, source potentielle d’émeutes.

Toutes proportions gardées, la mainmise de la famille de l’épouse du président Ben Ali, les tristement célèbres Trabelsi, sur l’économie tunisienne, un des effets déclencheurs de la révolution, rappellent aux Sénégalais l’omniprésence de la famille du président Wade sur les affaires de leur pays.

Tout puissant ministre d’Etat aux attributions kilométriques, Karim Wade, le fils du Président, a été attaqué par un journaliste d’investigation sur sa gestion du dossier du sommet de l’Organisation de la conférence islamique, sans jusque là apporter de réponses convaincantes. Sa sœur Sindiély Wade s’est vu confier par son père l’organisation du dernier Festival mondial des arts nègres —une manifestation culturelle qui s’est récemment tenue à Dakar. Sindiély Wade elle aussi vivement décriée, du fait de la gestion opaque des fonds —plusieurs dizaines de millions d’euros— destinés à cette manifestation.

Aissata Diop

Aissata Diop

Journaliste Sénégalaise.

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