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Procès Rwanda: actionnaire de radio Mille collines? L'accusé minimise encore

Etre actionnaire fondateur de la tristement célèbre Radio-télévision libre des Mille collines (RTLM) vous désigne-t-il comme étant au coeur du pouvoir génocidaire au Rwanda? Non, répondent, bien seuls, Pascal Simbikangwa et sa défense devant la cour d'assises de Paris.

Premier Rwandais jamais jugé par la justice française pour crimes liés au génocide de 1994, le capitaine Pascal Simbikangwa avait investi, en avril 1993, 100.000 francs rwandais (près de 700 dollars de l'époque) au tour de table initial de la RTLM. Celle-ci deviendra le principal "média de la haine". Plusieurs de ses animateurs ont été condamnés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda ou la justice rwandaise.

Il admet une raison politique. Le pays ne comptait alors qu'une radio officielle, Radio Rwanda, selon lui "monopolisée" par le parti du Premier ministre du gouvernement de coalition mis en place à la suite des accords d'Arusha de 1992. Et Radio Muhabura, la station du FPR, la rébellion tutsi de l'époque. Il s'agissait alors de faire entendre la voix des partisans du président hutu Juvénal Habyarimana.

"Je pensais que cette radio pouvait produire des revenus", dit-il.

"Vous auriez pu investir dans des usines de thé", suggère le président Olivier Leurent.

"Je pensais que ça pouvait être lucratif. Et puis je suis démocrate, je voulais favoriser la pluralité des opinions."

De fait, Radio Mille collines connaîtra le succès, grâce notamment à sa programmation musicale. Mais au fil des tensions politiques, elle tournera à l'appel au massacre.

Quelle est sa réaction quand il voit "le virage, la ligne éditoriale haineuse?", s'enquiert le président.

"Il n'y a pas eu d'assemblée générale" des actionnaires, élude l'accusé.

 

"Même les nazis ne l'ont pas fait"

 

Fabrice Epstein, un de ses défenseurs, minimise. Il n'était qu'un parmi 50 actionnaires fondateurs, et sa mise ne représente "que 1% du capital".

Mais l'accusation n'entend pas laisser banaliser cet investissement. "Est-ce un hasard si, quand on épluche les 25 plus gros actionnaires, dont vous êtes, c'est le gratin, des gens de poids?", interroge Bruno Sturlese, énumérant chef de l'Etat, ministres, gros hommes d'affaires. 

"Vous avez dit le mot monsieur l'avocat général, c'est le fait du hasard."

Quant au rôle politique de la radio, sa responsabilité dans la préparation et la réalisation du génocide, en préparant les esprits et en hystérisant les foules, il adopte la même posture que sur le génocide. Relativiser en mettant en avant la responsabilité du camp d'en face. De même qu'il défend la théorie du "double génocide" - un génocide Hutu aurait suivi le génocide Tutsi qui fit 800.000 morts en 100 jours d'avril à juillet 1994, thèse considérée négationniste par nombre d'historiens -, il veut mettre sur le même plan Mille collines et Muhabura du FPR: "les deux radios s'insultaient" et seraient toutes deux devenues des "radios de mort".

Une analyse que ne partagent pas les témoins entendus par la cour, pour qui "la RTLM a tout changé", selon les mots d'André Guichaoua, auteur de "Rwanda, de la guerre au génocide".

"Les gens qui entendaient leur nom sur la RTLM savaient qu'ils étaient en danger de mort, des cibles", souligne Colette Braeckman, journaliste belge qui avait suivi les événements rwandais pour Le Soir.

"C'est la première fois qu'un média de masse appelle au meurtre, même les nazis ne l'ont pas fait", renchérit Jacques Semelin de Sciences Po Paris, auteur de "Purifier et détruire", spécialiste des crimes de masse.

Stéphane Audoin-Rouzeau, de l'Ecole des Hautes études en sciences sociales (EHESS), enfonce le clou: "La RTLM a joué un rôle capital dans l'encadrement idéologique. (...) Croire que la population rwandaise se serait soulevée dans une sorte de gigantesque jacquerie, de pogromes de trois mois, sans intervention des autorités, est absurde."

AFP

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