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Tunisie: accélération des opérations contre les tueurs présumés de deux opposants

L'enquête sur les assassinats l'an dernier des opposants de gauche tunisiens Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, qui piétinait depuis plusieurs mois, semble avoir connu une brusque accélération cette semaine avec l'arrestation d'un suspect et la mort d'un autre, coïncidant avec la fin du blocage politique dans le pays.

Le ministère tunisien de l'Intérieur a annoncé l'arrestation dans la nuit de samedi à dimanche de l'un des suspects dans l'assassinat par balles le 25 juillet du député Mohamed Brahmi, quelques jours après l'annonce de la mort du tueur présumé de l'opposant Chokri Belaïd, assassiné également par balles le 6 février 2013.

Les forces de sécurité "ont encerclé une maison de l'Ariana (près de Tunis), où était retranché un groupe terroriste. Après un échange de tirs nourris, quatre éléments, dont l'un est dans un état très critique, ont été arrêtés", a déclaré à l'AFP le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Mohamed Ali Aroui.

"Parmi eux figure Hmed el-Melki, alias +Somali+ (le Somalien, ndlr), l'un des éléments impliqués dans l'assassinat du martyr Mohamed Brahmi", a-t-il ajouté, en précisant que l'homme était un voisin du député. 

"Le ministère de l'Intérieur souligne qu'il s'agit d'une opération réussie", ajoutant que des armes ont été saisies.

Et dans un communiqué, le ministère a identifié les trois autres suspects comme Bilel Amdouni, Mounir Jmaaï et Ameur Zdiri.

Le fils de Mohamed Brahmi, Adnane, a dit à l'AFP que l'arrestation de +Somali+ vivant était "un soulagement pour nous parce que cela va permettre de dévoiler toute la vérité sur l'assassinat de mon père, et surtout de connaître les commanditaires de ce crime".

"Le suspect arrêté n'était autre que notre voisin depuis 10 ans", a-t-il affirmé.

Cette opération des forces de l'ordre intervient après celle, mardi, ayant abouti à la mort de Kamel Gadhgadhi, l'assassin présumé de l'avocat et militant de gauche Chokri Belaïd.

Ces meurtres ont été attribués par les autorités au groupe jihadiste Ansar Asharia, accusé d'être lié à Al-Qaïda, mais ce dernier ne les a jamais revendiqués pas plus qu'aucune autre attaque armée, et des zones d'ombre entourent toujours les crimes.

Les autorités - le ministère de l'Intérieur mais aussi les responsables du parti islamiste Ennahda, au pouvoir lorsque les deux assassinats ont été commis- ont été à leur tour pointées du doigt par les proches des deux opposants. 

Samedi, la veuve de Mohamed Brahmi a ainsi accusé, lors d'un des rassemblements commémorant le premier anniversaire de l'assassinat de Chokri Belaïd, les autorités d'avoir "tout fait pour effacer les traces du crime".

La veuve de Belaïd, Basma Khalfaoui, avait elle accusé auparavant les islamistes d'Ennahda d'avoir au moins "caché" des documents essentiels à l'enquête.

"On ne sait rien (de ce qui s'est réellement passé, NDLR). Tous les scénarios sont possibles", avait-elle dit.

La mort de Chokri Belaïd, un farouche opposant aux islamistes, avait choqué la Tunisie. Elle avait été un tournant pour le pays, qui a vu une vingtaine de militaires et de gendarmes mourir dans des heurts avec des groupes jihadistes en 2013, en particulier à la frontière algérienne.

L'assassinat de Mohamed Brahmi a ensuite plongé la Tunisie dans une profonde crise politique qui a paralysé ses institutions et entravé l'économie.

Le pays émerge tout juste de plusieurs mois de blocage, avec l'adoption fin janvier d'une nouvelle Constitution, trois ans après la révolution, et la formation d'un gouvernement apolitique devant mener la Tunisie vers des élections générales.

Arrivé en tête des premières élections après la chute du président Zine el-Abidine Ben Ali, le parti islamiste Ennahda a remis le pouvoir aux termes d'un accord âprement négocié et des mois de pourparlers pénibles.

Le nouveau gouvernement sera aussi confronté à une situation économique qui reste très difficile, des violences nourries par la misère éclatant régulièrement.

AFP

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