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RDC: les repentis de Manono ont pris les armes pour interpeller "Papa" Kabila

Pauvreté et promesses non tenues des autorités: à Manono, dans le sud-est de la République démocratique du Congo (RDC), des rebelles ayant cessé le combat expliquent les raisons qui les ont poussés à prendre les armes.

Le vétuste centre de regroupement de Manono, dans le nord du Katanga, province traversée par des mouvements sécessionnistes depuis l'indépendance du pays en 1960, accueille officiellement 575 ex-combattants maï-maï Bakata Katanga repentis qui se sont rendus il y a trois mois avec leur chef.

"Nous avons élu Kabila à 100% ici chez nous, et à ce jour, nous n'avons ni routes, ni écoles, ni aucun pont", dit ce dernier, en référence au président congolais Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001 et réélu dans des conditions contestées en 2011.

"Nous avons pris les armes pour que notre papa (le chef de l'Etat) puisse nous écouter et résoudre nos problèmes", car "nos enfants sont morts à cause de la pauvreté", ajoute cet homme qui, comme tous ses anciens camarades de combat, souhaite garder l'anonymat.

L'ancien milicien parle kiluba, la langue de l'ethnie de M. Kabila. Il s'adresse au chef de la Mission de l'ONU en RDC (Monusco), Martin Kobler, de passage quelques heures à Manono, ville du district du Tanganyika. 

Manono est l'une des trois localités dessinant le "triangle de la mort", région de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres carrés en proie aux violences des groupes armés, Bakata Katanga ou autres, qui, selon l'ONU et des ONG, sont responsables de nombreuses atrocités et violations graves des droits de l'Homme.

Le Katanga est la région la plus riche de la RDC du fait de ses immenses ressources minières, en particulier le cuivre. Mais avec 400.000 déplacés internes, la situation y tourne à la "catastrophe humanitaire", selon l'ONU.

Si le sud de la province est développé, la situation est dramatique au nord. Le Tanganyika, d'où est originaire M. Kabila, est l'une des zones les plus pauvres du pays, qui se classe dernier à l'indice du développement humain établi par l'ONU.

Retour en brousse

Le centre de regroupement, qui abritait jadis un centre d'action sociale, est en état de délabrement avancé, envahi par les herbes folles. Il n'y a aucune vitre aux ouvertures qui tiennent lieu de fenêtre. Quelques policiers en assurent la garde.

"On ne nous donne pas à manger", se plaint un des résidents. "On nous interdit de sortir", dit un autre.

Le centre de regroupement doit être en théorie la première étape d'un processus de démobilisation et de réinsertion sociale des miliciens.

Mais les repentis n'en ont pas vu la couleur. "Les autorités qui viennent nous visiter dans ce centre ne nous font que des promesses", dit le chef, "nous sommes dépourvus de tout".

Un de ses hommes indique à l'AFP que sur les 575 anciens miliciens enregistrés, 200 environ ont fui et sont "repartis en brousse".

Ecoutant les doléances, M. Kobler "félicite" le groupe "d'avoir déposé les armes et l'encourage à persévérer dans la voie de la paix, tout en avertissant que s'ils décident de reprendre le combat, ils devront afronter un jour les Casques bleus déployés en RDC (environ 20.000 hommes).

Ceux-ci sont autorisés à employer la force contre tous les groupes armés du pays, mais la quasi-totalité de leurs effectifs sont déployés actuellement dans les provinces du Nord- et du Sud-Kivu, dans l'est du pays. Ils ne sont que 400 au Katanga, région grande comme l'Espagne.

Parmi les anciens combattants, la plupart disent vouloir retourner à la vie civile. Quelques-uns parlent de s'engager dans l'armée ou dans la police.

Originaires du nord du Katanga, les maï-maï Bakata Katanga ("Séparer le Katanga", en langue swahili) ont étendu leur emprise en 2013 en descendant progressivement vers le sud et ils déstabilisent désormais la région de Lubumbashi, la capitale provinciale et deuxième ville du pays.

Selon l'ONU, le mouvement manque de coordination entre ses différents chefs de guerre et est régulièrement instrumentalisé par des personnages puissants ayant pignon sur rue à Lubumbashi, qui l'utilisent au gré de leurs intérêts.

 

AFP

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