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Procès sur le Rwanda: affrontements sur des documents désignant l'accusé

Extrémiste hutu menaçant les opposants ou héros sauvant des Tutsi? Défense et accusation se sont affrontées jeudi autour de documents mettant en cause directement Pascal Simbikangwa, l'ex-officier rwandais jugé dans le tout premier procès en France lié au génocide.

Première pièce: une lettre du président du Conseil constitutionnel rwandais, Joseph Kavaruganda, tué au petit matin du 7 avril 1994, aux premières heures du génocide. Le 23 mars, il écrit au président hutu Juvénal Habyarimana, dont l'assassinat sera l'événement déclencheur des massacres, pour se plaindre d'avoir été menacé de mort par le capitaine Simbikangwa.

La lettre, produite lors d'un procès au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), a été transmise parmi 8.000 documents à la justice française dans le cadre de l'instruction sur l'ex-militaire, qui risque la perpétuité pour complicité de génocide.

"C'est impossible", s'indigne l'accusé, se dressant dans son fauteuil roulant. "Il avait sa garde de gendarmes, une garde de la Minuar (force de l'ONU). Et ils n'auraient pas fait de rapport? Impossible, une telle menace ne serait pas passée inaperçue".

Défense et accusation vont ensuite longuement s'affronter sur l'authenticité, et la recevabilité, de la lettre.

Me Alexandra Bourgeot relève que la veuve du magistrat assassiné n'a pas produit la missive lors d'un premier procès au TPIR et que la lettre n'a ni cachet ni signature.

C'était la copie conservée par le magistrat et quel intérêt aurait eu sa veuve à mentionner à tort Simbikangwa dans un procès où il n'était pas partie, réplique l'accusation.

"Il y a eu des spéculations"

 

On passe ensuite à un appel de la présidence américaine du 22 avril 1994. La Maison Blanche y exhortait les responsables militaires rwandais à "faire cesser immédiatement les violences", citant Simbikangwa aux côtés du colonel Théoneste Bagosora, directeur de cabinet au ministère de la Défense (condamné à 35 ans de prison par le TPIR) ou du chef d'état-major, le colonel Augustin Bizimungu (condamné à 30 ans au TPIR).

"Comment expliquez-vous que votre nom soit arrivé jusqu'à Washington?", interroge le président Olivier Leurent, alors que l'intéressé n'a de cesse de minimiser son importance dans le régime.

"C'est peut-être une extrapolation", commence l'accusé qui explique être tombé, en allant "exfiltrer" une famille tutsi de sa connaissance, "sur deux camions de l'ONU remplis de réfugiés, bloqués par des miliciens. J'ai dû négocier, j'ai dit à ces gars (les miliciens), vous donnez une mauvaise image, j'ai fait l'effort pour ces pauvres gens qui allaient se faire lyncher".

"Et c'est par cette petite action que vous êtes connu de la Maison Blanche?", s'étonne le président.

"Je pense que la Minuar s'est dit, voilà cet homme-là, il a le pouvoir de faire quelque chose, il y a eu des spéculations".

Mais côté accusation, le vice-procureur Aurelia Devos sort de ses dossiers le récit d'interrogatoire d'un témoin de l'incident. "Des Tutsi réfugiés à l'hôtel des Mille Collines essayaient de rejoindre l'aéroport. Ils ont été arrêtés à une barrière (barrage) de la garde présidentielle. Simbikangwa était responsable de cette barrière. C'est lui qui leur a donné l'ordre de repartir à l'hôtel. Etaient-ils accompagnés de la Minuar? Y a-t-il eu une altercation? Ils avaient trop peur, quand Simbikangwa leur a dit de repartir, ils sont repartis".

"Je ne vois pas de différence", dit étrangement l'accusé.

Alors, une partie civile enfonce le clou: "La scène se passe en mai, bien après le communiqué de la Maison Blanche".

AFP

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