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Face au massacre des éléphants, les destructions d'ivoire se multiplient

Face aux braconniers et trafiquants qui ne laissent pas de répit aux éléphants africains, au point de menacer à terme la survie de l'espèce emblématique du continent, les destructions d'ivoire, comme celle qui doit avoir lieu jeudi à Paris, se multiplient.

A proximité de la Tour Eiffel, ce sont plus de trois tonnes de cette matière, dont le commerce international est interdit depuis 1989, qui vont être broyées sur place, puis brulées en cimenterie.  

«La France est le premier pays européen à procéder à la destruction de ses stocks depuis l'entrée en vigueur du moratoire», a souligné mercredi le ministère de l'Ecologie.

Jusqu'ici, la France gardait le fruit de ses saisies dans des entrepôts des douanes, des musées ou des réserves de tribunaux.

Les trois tonnes qui seront détruites étaient stockées à Roissy et sont composées de 698 défenses brutes ou travaillées (2,3 tonnes) et de 15.357 pièces d'ivoire pesant 800 kg (bracelets, colliers, statuettes, etc.).

Par cette action, la France "veut envoyer une message de fermeté sans équivoque", indique le ministère de l'Ecologie et "marquer sa solidarité avec les pays africains", dont plusieurs ont récemment renforcé leur arsenal de lutte contre ce trafic.

"Le mouvement international de destruction des stocks a amené la France à réfléchir à une nouvelle politique", se félicite Jacky Bonnemains, président de l'ONG environnementale Robin des Bois.

En 2013, des destructions ont eu lieu aux Philippines, dans l'Etat du Maharastra en Inde, au Gabon et au Kenya. En novembre, les Etats-Unis réduisaient en fumée cinq tonnes d'ivoire confisquées au cours des 25 dernières années, appelant d'autres pays à les imiter.

Début janvier, c'est la Chine, plus gros consommateur mondial d'ivoire illégal, qui en a détruit six tonnes. L'opération, très médiatisée, visait à sensibiliser la population mais aussi à redorer l'image de Pékin, qui a entre ses mains la survie des éléphants africains tant une très grosse partie de l'ivoire braconnée lui est destinée.

Dans la foulée, Hong-Kong s'est engagé fin janvier à détruire 28 tonnes d'ivoire à partir de 2014.

 

Mobilisation des consommateurs

 

"La destruction de stocks ne va pas ralentir à elle seule le massacre des éléphants", souligne Jacky Bonnemains de Robin des Bois, "mais ce doit être un des éléments d'un plan coordonné, qui comprend une réelle application des peines prévues, le renforcement des amendes et de la coopération policière". 

Le salut des éléphants passera aussi par une sensibilisation des consommateurs. Car, explique Stéphane Ringuet, expert du réseau Traffic de surveillance des espèces sauvages, "la source du problème se trouve en Asie, où l'on assiste à une augmentation démesurée de la demande en ivoire" pour la bijouterie ou la décoration. 

Pour Ifaw (Fonds mondial pour la protection des animaux), "la destruction de l'ivoire de contrebande permet d'envoyer un message fort" et cela contribue à "une prise de conscience (...) et donc à réduire la demande". 

Selon cette organisation, "il semblerait que d'autres pays européens envisagent également de telles mesures".

A l'occasion du Nouvel an chinois le 2 février, Ifaw a lancé en Chine une campagne de sensibilisation (affichage public, réseaux sociaux) appelant à ne pas acheter de cadeaux en ivoire. Le Fonds aimerait que le gouvernement s'engage comme il l'a fait contre la soupe aux nids d'hirondelles ou aux ailerons de requins, écartés des repas officiels.

Selon Traffic, entre 1989 et 2011, le plus gros volume de saisies a eu lieu en Chine avec plus de 33.000 tonnes, sachant que près de 17.000 tonnes ont aussi été confisquées à Hong-Kong.  

Si certains pays asiatiques servent surtout au transit, les deux principes marchés sont aujourd'hui en Chine et dans une moindre mesure la Thaïlande, selon le comité de la Cites (convention internationale régissant les espèces protégées), qui s'est alarmé en 2013 de l'escalade de l'abattage d'éléphants, surtout depuis 2009. 

Il ne reste plus que 500.000 éléphants en Afrique, soit moitié moins qu'au début des années 80. Au rythme d'abatage actuel (entre 20 et 25.000 par an), leur survie n'est plus assurée.

AFP

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