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Des habitants de Kuma Garadayat fuient leur village contrôlé par le SLA après un accident. REUTERS/Albert Gonzalez Farran/UNAMID
Des habitants de Kuma Garadayat fuient leur village contrôlé par le SLA après un accident. REUTERS/Albert Gonzalez Farran/UNAMID

Soudans: un conflit peut en cacher un autre

La guerre au Soudan du Sud éclipse les conflits meurtriers qui font rage au Darfour, au Sud-Kordofan et dans l'Etat du Nil Bleu.

Longtemps, il lutta pour préserver l'unité du Soudan. Mais à la fin des années 2000, Omar el-Béchir finit par «respecter le choix des citoyens du Sud.» Avant d’abandonner 70% des richesses pétrolière du pays, le président soudanais prévint toutefois: la partition actée, il ne sera plus temps de «discuter de diversité culturelle et ethnique. [...] L’islam sera la religion officielle et l’arabe la langue officielle.» Ceux qui combattirent son absolutisme religieux et politique étaient maintenant autonomes. Qu’à cela ne tienne, le Soudan serait un et indivisible.

Un mois avant la proclamation de l’indépendance du Soudan du Sud, en juin 2011, c’est pourtant au nord, que la guerre éclata. Les premiers accrochages eurent lieu à Kaguli, capitale du Kordofan méridional, lorsque des soldats en provenance de Karthoum tentèrent de désarmer les frères de lutte de la SPLA, l’armée sudiste. N’en déplaise à Omar el-Béchir, l’opposition subsistait au Soudan. En tentant de lui forcer la main, les Forces armées soudanaises (SAF) allaient entraîner la région dans une guérilla sans fin.

Plongées à leur tour dans l’abîme en décembre 2013, les populations civiles du Soudan du Sud sont venues grossir le rang de leurs camarades d’infortunes du nord, au sein des camps de réfugiés qui se trouvent de chaque côté de la frontière démilitarisée. De l'avis général, tout devait être fait pour que cette guerre prenne fin au plus vite. Le cessez-le-feu, signé le 23 janvier 2014, a permis d'envisager une sortie de crise et donne aux citoyens du sud de bonnes raisons d’espérer regagner leurs habitations. Pour ceux du nord, une telle perspective demeure aujourd’hui encore hors de portée.

Car Khartoum, qui a convié le président du Soudan du Sud, Salva Kiir, et son opposant, Riek Machar, à la table des négociations, fait toujours feu sur le Sud-Kordofan, la région du Nil Bleu et le Darfour. Tous les regards étant désormais pointés vers le sud, Omar el-Béchir, qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale pour crime contre l'humanité et crimes de guerre, peut continuer de bombarder son peuple, en toute impunité. Le secrétaire général adjoint des Nations unies, Hervé Ladsous, l’admet volontiers; les opérations de maintien de la paix au Soudan du Sud compromettent les chances de voir les trois Etats insoumis sortir de la spirale guerrière.

«Je tiens à souligner que cette crise risque d’entraîner l’immixtion de nombreux mouvements rebelles soudanais, et de réduire à néant les efforts de règlement non seulement de la crise au Darfour mais aussi du conflit dans la zone des États du Kordofan méridional et du Nil Bleu et, plus généralement, les efforts de normalisation des relations entre le Soudan et le Soudan du Sud», s'inquiétait M. Ladsous le 23 janvier devant le Conseil de sécurité des Nations unies.

Depuis novembre 2013, les SAF pilonnent continuellement l'est et le sud du pays, pointe l’ONG Enough Project. Citant plusieurs cas d’attaques meurtrières, le rapport rendu par l’association le 30 janvier 2014 intitulé «Guerres oubliées», évalue le nombre de personnes ayant quitté le Sud-Kordofan et le Bleu Nil pour aller se réfugier au Soudan du Sud à 200.000. Au Darfour, où de nombreux civils sont tombés sous les bombes, les déplacés sont deux fois plus nombreux.

Dans cette région de l’ouest du Soudan, la guerre qui fait rage depuis 2003 et le soulèvement de populations locales contre le gouvernement central, a fait 300.000 morts d’après les Nations unies. Enough Project craint que le retour de Moussa Hilal, ancien leader des djandjawids, ces milices d’auto-défense instrumentalisées par Kathoum afin de soumettre les rebelles, ne ravive les tensions. Nommé en 2008 conseiller du ministre des Affaires fédérales soudanais, ce chef de guerre a claqué la porte du gouvernement pour créer le Sudanese Awakening Revolutionary Council qui lutte pour la création d’un nouvel Etat au Darfour et menace de s’allier avec le Sudan Révolutionary Front, un groupe rebelle.

Servan Le Janne

Servan Le Janne

Servan Le Janne est journaliste à Slate Afrique.

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