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© Damien Glez, tous droits réservés.
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Le noir est un blanc comme les autres

La peau noire prend enfin du galon dans tous les domaines. Dans trop de domaines? Texte et dessin inédits de Damien Glez.

Le galbe des femmes noires est magnifié depuis longtemps. Tôt, les podiums de la haute couture internationale ont promu des mannequins «blacks», parfois présumés «mules» à diamants de dictateur libérien.

En mai dernier, une luxueuse suite d’hôtel new-yorkais a placé une femme de chambre guinéenne au rang de fantasme à la mode. Ce mois de septembre 2011 consacre définitivement l’apparente prédominance de la beauté noire: il ne s’agit pas d’un succès continental; ni même mondial; il s’agit d’une distinction à l’échelle du cosmos! Pour un an, l’Angolaise Leila Lopes est officiellement la plus belle femme de l’univers, zone géographique censée inclure les petites femmes vertes de l’imaginaire collectif et les Elohims de tout poil.

Sport

Mais «black» ne devrait pas être que «beautiful». Pour que l’Homme noir (avec un grand H) entre pleinement dans l’Histoire (avec un grand H), encore faudrait-il que la reconnaissance ne se limite pas aux femmes réduites à l’état de silhouettes. Il semble bien, d’ailleurs, que la «marée noire» ait enfin investi les podiums dans tous les domaines, pas seulement ceux des défilés de mode.

Depuis Jesse Owens et Carl Lewis, les dieux du stade sont souvent blacks. Ça en devenait presque embarrassant. Les chasses gardées de la course finissaient par ressembler à des enclos athlétiques pour succès autorisés.

Jusqu’à ce qu’un noir domine un sport traditionnellement réservé aux talents pâles: le golf. Bien sûr, pendant que Tiger Woods chapardait la suprématie Wasp (White Anglo-Saxon Protestant) autour des dix-huit trous, un blondinet devenait le meilleur dans le pré carré «nègre» du hip hop: Eminem.

Musique

Pas grave. La musique de l’impudent rappeur est aujourd’hui bien ceinturée par les dreadlocks crépues de Lil’ Wayne et la bedaine basanée de Rick Ross. Dans chaque chanson de ces nouveaux rappeurs, les lyrics semblent abriter le mot «Nigga». Même en musique électro, les blancs aiment se lover dans l’ombre de Will.I.Am, le chanteur black des… Black Eyed Peas.

En musique comme en sport, le défi consiste à investir des domaines inattendus. Début 2011, Yannick Martin devient le champion de la bombarde, instrument traditionnel breton. Ce jeune noir de 24 ans sera victime des attaques racistes d’un site nationaliste Breton qui présentera son couronnement comme «une souillure de l’âme Bretonne».

La Bretagne avait pourtant déjà eu un «black number one»: Kofi Yamgnane, premier maire noir de France continentale, qui se définissait lui-même comme un «Breton mazouté».

Sport ou musique. Parfois sport et musique. Le Français préféré des Français n’est-il pas le métis Yannick Noah, champion en tennis puis champion en chanson?

Littérature et politique

Pour que l’Homme noir soit socialement pleinement l’égal de l’Homme blanc, encore fallait-il, naturellement, qu’il investisse… «naturellement» toutes les autres sphères de la société. Nanti de son prix Nobel de littérature, Wole Soyinka est d’abord fier de ne pas avoir à proclamer sa «tigritude».

En politique, Koffi Annan a laissé un souvenir relativement sympathique au secrétariat général de l’Organisation des Nations unies. À Washington, le premier afro-locataire de la Maison-Blanche est en situation d’être battu à la présidentielle de 2012. Désormais, la défaite d’un candidat noir fleurerait moins la discrimination qu’une heureuse banalité. Après avoir été élu comme un candidat blanc, Obama pourrait ne pas être réélu… exactement comme son frère blanc Jimmy Carter.

Pour paraphraser le titre d’un film qui explorait la frontière entre les sexes, l’homme noir serait-il enfin un «homme blanc comme les autres»?

La carrière de l’ancien président du comité national républicain, Michael Steele, laisse penser que celle de l’actuel président des États-Unis n’est pas qu’un feu de paille médiatique. Sur le vieux continent, Rama Yade, peut-être prisonnière de son excès de popularité, peine à dépasser le stade de la mascotte politique.

Réalité et fictions

Les médias justement, nombrilisme et mise en abyme obligent, ont toujours été jaugés pour évaluer la possibilité des noirs à être définitivement installés au(x) sommet(s) —même si des émissions satiriques continuent de caricaturer le présentateur français de l’émission 7 à 8 comme un fantasme de «5 à 7».

N’écarte-on pas, aujourd’hui, la journaliste Audrey Pulvar davantage pour ses liens personnels avec un présidentiable (Arnaud Montebourg) que pour sa couleur de peau? Et ne retrouve-t-elle pas rapidement une place de chroniqueuse dans un talk-show du samedi soir?

Dans les tranches fictionnelles des mêmes médias, les comédiens de couleur sont-ils encore trop souvent cantonnés aux «rôles de noirs»? Toujours est-il que Walt Disney a eu Tiana, sa princesse d’ébène. Effet du politiquement correct? Discrimination positive? Elle rejoint, dans le secteur comics, les superhéros blacks John Stewart, Tyroc ou Black Lightning. Même la série Pokemon a associé un «héros noir» au personnage Victini.

Après avoir été cantonné aux rôles de sauvage ou de dictateur cannibale, le noir serait enfin un «number one» comme les autres. Alors pas d’angélisme; il est naturel qu’il soit de tous les podiums, des palmarès les plus valorisants comme des plus tristes box-offices. Depuis ces derniers jours, le peuple noir a son champion parmi les requins imprudents de la finance, son «Jérôme Kerviel». Le trader Kweku Adoboli vient de faire perdre 1,46 milliard d’euros à la banque suisse UBS. «Joli» score.

Et puis…

En politique, le peuple noir a engendré Dieudonné et son idéologie scabreuse mâtinée d’humour grinçant. Dans le hit-parade des faits divers, il a fourni Guy Georges au répertoire des psychopathes et «l’esthète» Youssouf Fofana qui a tenté de redonner son sens premier au mot «barbare».

Les «blacks» sont donc à tous les sommets. Tous? Non, car une hiérarchie résiste encore et encore à la marée noire. Dans le palmarès des noirs sur le toit du monde, il manque encore un pape couleur d’ébène.

Damien Glez


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Damien Glez

Dessinateur burkinabé, il dirige le Journal du Jeudi, le plus connu des hebdomadaires satiriques d'Afrique de l'Ouest.

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