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GEORGES GOBET / AFP
GEORGES GOBET / AFP

Témoignages à cœur ouvert des femmes de Casamance

Le livret pour la paix «Paroles de femmes: au cœur du conflit en Casamance», alerte sur la nécessité de mettre fin au conflit qui tourmente cette région du sud du Sénégal.

On a coutume de qualifier la guerre en Casamance de conflit de basse intensité. Pour les habitants de cette région du sud du Sénégal, coincée entre la Gambie et la Guinée-Bissau, le terme paraît bien oublieux. Car les politesses échangées par le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC) et Dakar depuis maintenant plus de 30 ans, ont peu à voir avec les «opérations de maintien de l’ordre républicain» que le pouvoir sénégalais aime à dépeindre. Afin de lever le voile sur la tragédie qui rythme leur quotidien, des victimes ont décidé de témoigner.

Le 24 janvier à Dakar, 300 femmes venues de Ziguinchor, Kolda et Sédhiou ont réclamé l’ouverture de négociations entre les combattants du MFDC et le gouvernement. En marge de la manifestation, la plateforme des femmes pour la paix en Casamance (PFPC) a présenté un recueil intitulé «Paroles de femmes: au cœur du conflit en Casamance». Ce petit opuscule de 24 pages livre un aperçu de la profondeur des blessures dont souffre la population de la région.

«J’ai subi toutes sortes de vicissitudes. raconte "AD" citée par SudOnline. Un jour mon mari a été capturé et ligoté à un arbre, la tête au-dessus d’un feu pour le faire parler. Il était entre le marteau et l’enclume, puisqu’en tant que conseiller rural les maquisards le considéraient comme un suppôt de l’Etat. On l’avait mis à mal avec les militaires qui l’ont torturé. Après cela, il s’est résigné à abandonner sa famille et à aller s’installer à Ziguinchor. Par la suite, les maquisards sont venus tout piller. Il ne nous restait plus que  nos vêtements. Ce sont mes enfants qui ont porté le butin de leur razzia jusqu’à leur champ. Un jour, les maquisards nous ont trouvé dans notre champ et ont menacé de nous tuer tout simplement parce que mon fils portait une casquette militaire.»

Depuis 1982 et l’entrée dans Ziguinchor de manifestants séparatistes dirigés par l’abbé Diamancoune Senghor, les processus de paix ont été aussi nombreux que stériles. Autrefois financés par la Guinée-Bissau, les groupes de maquisards qui ont mis la Casamance à feu et à sang au cours des années 1990 ont perdu du terrain. Mais ceux qui perpétuent la lutte ou profitent de leurs armes pour rançonner les civils, constituent toujours un levier de puissance que le dictateur gambien Yahya Jammeh actionne en cas de besoin.

Pour autant, les autorités sénégalaises, suspectées de s’être livrées à une course au minage du sol casamançais avec les insurgés, ne sont pas exemptes de tout reproche. Si l’armée contrôle peu ou prou les principaux axes de la région, la guerre continue de faire des victimes, et pas seulement du côté des hommes en armes. Sur les 433 personnes qui ont perdu la vie en sautant sur une mine entre 1988 et 1999, 355 étaient civiles selon Handicap International. Aujourd'hui encore, les armes consomment la Casamance à petit feu.

«J’ai beaucoup de choses dont je ne suis pas particulièrement fière aujourd’hui, tout cela à cause des souffrances que j’ai infligées aux miens, confie une ancienne combattante du MFDC. C’est ma souffrance et celle des miens qui m’ont conduite à rejoindre «ATIKA», la branche armée du MFDC. Vous avez entendu parler de l’histoire de la grande et ravissante jeune fille qui arrêtait les convois sur la route du sud, cette fille, c’était moi […] On parle toujours des souffrances que les combattants du MFDC ont infligé aux autres, mais on ne parle jamais de celles des familles de rebelles qui ne sont en rien  responsables […] En tant que femme, j’ai vécu certaines choses que je ne pourrai jamais raconter. J’ai dû subir une opération à cause d’un goitre, une maladie que je pense causée par le stress et la malnutrition»

Lu sur SudOnline

Slate Afrique

La rédaction de Slate Afrique.

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