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Afrique du Sud: la grève des mines de platine continue

La grève dans les mines de platine d'Afrique du Sud, qui paralyse environ la moitié de la production mondiale, est partie pour durer au moins cinq jours de plus, des négociations ouvertes vendredi ayant été reportées à lundi, alors que le spectre de la violence reste présent.

Préambule aux vrais pourparlers, une première réunion s'est tenue vendredi sous l'égide du gouvernement à Johannesburg, à deux heures de route du bassin minier où environ 80.000 mineurs font massivement grève depuis jeudi pour tenter d'arracher de substantielles augmentations de salaires.

Avec la vingtaine de leaders du syndicat Amcu, majoritaire dans le platine, les patrons d'Anglo American Platinum (Amplats), Impala Platinum (Implats) et Lonmin ont seulement déblayé le terrain.

"Ils sont convenus qu'à partir de lundi, ils se réuniront pendant trois jours et tiendront les discussions nécessaires", a indiqué un porte-parole du ministère du Travail, Musa Zondi.

Des incidents violents isolés

Légale et n'ayant occasionné aucun déploiement policier significatif, la grève a donné lieu à quelques incidents violents isolés vendredi, routes barrées et voitures caillassées même si à la mi-journée, "tout allait bien", a indiqué la police provinciale.

Le numéro un mondial, Amplats, perd 100 millions de rands (6,5 millions d'euros) par jour au cours actuel du platine, selon un communiqué. Contrairement à 2012, quand le groupe avait refusé de négocier, il a installé cette fois tente et WC chimiques pour le confort des grévistes devant l'une de ses mines.

Réminiscent des grèves sauvages de 2012 qui avaient tourné au bain de sang, ce nouveau conflit social reste cependant à haut risques, surtout s'il se prolonge. 

Le gouvernement du président Jacob Zuma, accusé d'avoir laisser pourrir la situation dans les jours précédant la tuerie policière d'août 2012 à Marikana (34 morts), fait tout pour abréger la grève.

Amcu réclame un salaire de base de 12.500 rands (environ 840 euros) par mois, soit presque deux fois et demi le niveau actuel, ce que les patrons jugent "irréaliste" car ils emploient des dizaines de milliers de personnes peu qualifiées, disent-ils.

Fondé en 2001, Amcu est devenu majoritaire dans les mines de platine, sauf chez les producteurs plus modestes Royal Bafokeng, Aquarius et Northam. Il s'est imposé à partir de 2012 face aux apparatchiks du syndicat national du Num, proche du pouvoir et accusé de complaisance avec le patronat minier. 

Durant un meeting jeudi, son président Joseph Mathunjwa a déroulé devant les mineurs de Lonmin, stoïques malgré la chaleur écrasante, un long argumentaire justifiant les 12.500 rands minimum demandés pour tous: le cours élevé du platine, la forte inflation (environ 6%), le revenu élevé des membres du conseil d'administration.

"Je leur ai demandé combien ils dépensent en médecin en un mois... j'attends toujours leur réponse!", a-t-il ironisé, faisant rire son auditoire.

Pratiquant une critique sans complexe du "monstre froid du capitalisme", les demandes d'Amcu se teintent aussi, et c'est nouveau, de revendications nationalistes voire anti-colonialistes.

M. Mathunjwa a longuement déploré que les cours du platine soient fixés en Europe tandis que plusieurs mineurs ont confié ne demander que ce qui leur revient car "la terre est à nous, on nous l'a volé", a dit l'un d'eux. 

Paradoxalement, l'intervention annoncée du gouvernement a contribué à asseoir la grève. 

"Le gouvernement a peur pour l'économie, donc nous nous sentons très forts, on aura ce qu'on veut", affirmait jeudi un leader d'Amcu, Oliver Thipe, employé chez Amplats et tenant le piquet de grève de la mine de Bathopele avec ses collègues.

"Si le parlement fait grève, il ne se passe rien mais si nous faisons grève, le gouvernement pleure", a aussi lancé le président Mathunjwa aux mineurs.

Il a assorti son discours d'appels renouvelés à la discipline et au calme des grévistes durant ce mouvement test pour sa propre crédibilité mais qui fragilise l'Afrique du Sud.

L'activité minière, qui a permis au pays de faire sa révolution industrielle au XIXe siècle, phénomène unique sur le continent africain, est la principale source de devises. Le rand s'est enfoncé jeudi pour la première fois depuis 2008 sous la barre des 11 rands pour un dollar et 15 rands pour un euro.

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